LES TEXTES L 'AUTEURS
l’enfant pour faire chaque soir le répertoire distinct, par matières, des choses qu’il aura apprises, pour tenir à jour à la fois ses cahiers de grammaire, de vocabulaire, de leçons de choses, de morale, de littérature, etc., résumés qui seront ses seuls livres! Il faut avouer qu’il y a peu de savants, habitués à dépouiller scientifiquement des textes, qui soient arrivés à tant d’ordre et de méthode.
Si, au lieu de procéder ainsi, le maître, de peur de se perdre, tire successivement, de son texte d’abord une leçon de grammaire, par exemple, puis une de vocabulaire, qu’une troisième d’une autre nature suivra, ne craint-on pas que ce texte ressassé, tourné en rengaine, ne lasse tout le monde? Au lieu de pouvoir servir de modèle de composition, ne risque-t-il pas de fatiguer l’attention, et de ne plus même laisser à l’esprit le profit qu’il lui apportait, alors qu’il servait de simple lecture?
Je ne voudrais pas qu’on pût se méprendre sur ma pensée : je le répète encore, tout enseignement de la langue doit se faire sur un texte, 'partout et toujours. Mais autre chose est de prendre un texte spécial pour thème d’une leçon de grammaire, autre chose d’adapter à une leçon de grammaire un texte choisi pour la lecture.
Dans la seconde hypothèse, le texte présentera accidentellement un pluriel en aux, par exemple,
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puis d’autres faits grammaticaux. Le tout fournira la matière d’observations diverses, auxquelles se mêleront ou succéderont d’autres remarques inspirées par le morceau.
Dans la première, qui a ma préférence, le texte sera spécifiquement choisi et adapté en vue de l’enseignement d’un fait grammatical bien déterminé. Il contiendra, je suppose, des pluriels en aux, sur lesquels se concentrera l’attention. L’observation du jour sera celle-là, exclusivement. Elle formera une leçon, avec ses explications et sa conclusion, et à cette leçon rien ne s’ajoutera de ce qui pourrait distraire la pensée et l’entraîner dans d’autres directions.
Si pareils textes peuvent être extraits des auteurs de valeur, sans aucun des inconvénients que nous avons dits, tant mieux! Aussi souvent que cela est possible, mieux vaut trouver des textes qu’en faire. Il n’y a pas à se dissiniuler toutefois que, pendant longtemps, si on veut être compris, il faut 'prendre, à Venfant lui-même ses exemples, de façon à lui faire analyser son propre usage, et non le nôtre. Or, il n’existe pas de littérature française vraiment enfantine, écrite avec la pensée et les phrases des enfants. De toute façon, la lecture des écrivains ne convient pas au début, elle ne peut commencer que plus tard.