LE MOT ET LES IDEES ABSTRAITES
que c’est que la science : il est bien difficile de lui interpréter ce simple mot « un savant » si on ne veut pas se borner à lui dire : c'est un homme qui sait beaucoup.
Quoi qu’il en soit, quand il y aura lieu d’aborder les mots abstraits, il faudra toujours, autant que possible, partir de la notion concrète correspondante ; c’est du pauvre, qui existe malheureusement partout, qu’on passera àl’idéeet au motdejoawwe^e. Pour une foule de qualités ou de défauts, on pourra procéder ainsi : en partant des êtres et de leurs actes, ou des choses et de leur manière d'être. Les adjectifs : sincère, menteur, heureux, malheureux, bon, fort, docile, rapide, lent, gai, triste, etc. . . conduiront à : sincérité, mensonge, bonheur, malheur, bonté, force, docilité, rapidité, lenteur, gaieté, tristesse, etc.
Les faits historiques offrent à chaque instant l’occasion de caractériser des personnes, des situations, des faits, et de préciser ainsi des mots : l'enthousiasme révolutionnaire, l'héroïsme de certaines armées, l'égoïsme de tels ou tels politiques, etc., etc.
Quand la leçon d’histoire sera bien faite, qu’elle aura produit impression sur l’enfant, les mots viendront traduire d’eux-mêmes le jugement porté sur les hommes et sur les choses, et c’est encore une des applications du principe que nous avons posé dès le début, à savoir ; q%ie le mot ne doit jamais
être séparé de ce quil représente. Si des portions de vocabulaire peuvent et doivent être introduites à propos d’autres leçons que les leçons de français, quel inconvénient y a-t-il à cela? Une nécessité supérieure impose, sans doute, de diviser les enseignements; mais, en réalité, l’éducation est un tout, dont les diverses parties doivent se rejoindre et se fortifier mutuellement.
Une autre question se pose : Le vocabulaire doitil donner lieu à un enseignement théorique, oii Von montrera comment se forment les mots? En principe je réponds, sans hésiter : Oui.
D’abord, pourquoi analyserait-on, d’une part, avec tant de soin, les formes grammaticales, et renoncerait-on, d’autre part, à une étude correspondante sur les mots? Mais il y a d’autres raisons, plus pédagogiques.
La principale, c’est qu’on a là un moyen très simple de décupler la portée de l’enseignement. L’enfant n’apprend pas les mots un à un, il possède, très peu de temps après avoir appris à parler, un instinct merveilleux de ce qu’on appelle en science Vanalogie, qui le pousse d’abord à faire des mots sur le modèle de ceux qu’il connaît, qui lui permet aussi de comprendre, sans les avoir apprises, des séries entières, semblables à une ou deux unités qu’il possède déjà. C’est en utilisant