SUFFIXES ET PRÉFIXES
cet outil de généralisation qu’il trouve, par luimême, ce que veulent dire découdre ou déranger, d’après défaire, ou 'pommier, groseillier, d’après poirier. C’est en appliquant la même méthode qu’il fabrique remolir en face de démolir, déprocher en face à' approcher.
Ce serait une pédagogie à courte vue que celle qui négligerait pareilles ressources naturelles, alors qu’il n’y a qu’à cultiver l’instinct analogique pour donner à l’enfant la clef de toute une partie du vocabulaire. Il s’agit d’abord de le garder ici, comme en grammaire, de certaines erreurs. Il faut lui apprendre que ce suffixe, qu’il ajoute à tort et à travers, l’usage ne l’ajoute pas partout et toujours : cpxenfantin existe, mais non vieillardin. Il faut surtout le prémunir contre les erreurs auxquelles l’instinct, abandonné à lui seul, le conduirait dans l’interprétation des mots existants. Il faut qu’il apprenne qu’un même élément, ainsi le suffixe ière, n’a pas toujours et partout la même valeur. Une couturière est une personne qui travaille dans la couture, une épicière, une personne qui vend des épices. Une souricière n’est ni une marchande, ni une éleveuse de souris.
Téléphoner, c’est user du téléphone, mais rayer, écouter, ce n’est pas user d’une raie ou d’une écoute. De même, dans s'entre-déchirer, le préfixe
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entre éveille une idée de réciprocité; mais, dans entr' ouvrir, il marque que l’action n’est que partiellement exécutée.
Apprendre à l’enfant à se servir des préfixes et des suffixes est malgré cela assez facile, si l'on ne considère que les éléments vivants de la langue, et il ne peut être question que de ceux-là, dans les premières classes au moins. En somme, le problème du vocabulaire se présente comme celui de la grammaire, il se résout aussi de façon semblable : il s'agit de s'appuyer sur les connaissances acquises pour les corriger et les développer.
Par quels exercices y procéder? Ici encore les indications sortent d’elles-mêmes des principes.
1° D’après un mode de formation observé sur un mot donné, on fera trouver des mots obtenus de la même manière.
D’après chantewr, l’élève formera : fauchewr, dansewr; d’après mdocile : impoli, inutile; sur le type garde- fou : pèse-lettres, attrape-nigaud, en allant des procédés les plus simples aux procédés les plus complexes.
Naturellement, les mots ainsi formés seront toujours employés, comme les autres, dans une proposition qui en fera ressortir le sens.
2° On pourra étudier l’application à un même /iiot de divers moyens de formation : par exemple.
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il s’agira de faire, sur le primitif main, un nombre quelconque de mots dérivés. On voit tout de suite que ce deuxième procédé conviendra surtout pour les révisions, après qu’une partie ou la totalité des modes de formation aura été étudiée.
Il n’y a pas à dissimuler que ce deuxième exercice présente une très grosse difficulté, car rarement la famille d’un mot est homogène. Si nous considérons celle du mot homme, par exemple, nous y trouvons une série de mots populaires depuis longtemps employés : hommage, bonhomme, mais aussi une série de mots plus récents : humain, humanité, formés sur un type latin. Le mot chaleur forme chaleureux, mais dans la famille il y a aussi calorique et calorifère.
On ne saurait assurément écarter du programme primaire tous les « mots savants », empruntés au latin ou au grec, j’ai dit pourquoi. Mais il est clair que les élèves ne pourront les découvrir qu’à une condition, c’est que le maître leur fournisse le radical savant que ces mots renferment. Pareille étude ne saurait donc se faire dès le début, en même temps que celle des « mots populaires » usuels. Si l’on prend pour exercice la famille du mot « école », on s’en tiendra d’abord à écolier, pour aborder seulement plus tard scolaire et scolarité. De la famille du mot règle, on prendra les dérivés
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régler, règlement, on ajournera régulier, régulariser, régularité.
A plus forte raison, faudra-t-il se garder pendant longtemps des mots dont toute la famille est étrangère. Les maîtres qui enseignent le système métrique se rendent assez compte, par l’exemple de cette nomenclature toute savante, des difficultés que présente pour l’enfant une famille comme celle de mètre.
Ce n’est pas là cependant ce que l’étude du vocabulaire présente de plus délicat. Les mots dont il est le plus difficile d’expliquer la valeur à un enfant, ce sont surtout les mots composés, ceux mêmes dont tous les éléments sont français, parce qu’il y a souvent entre leur forme et leur sens une contradiction absolue. Pomme de terre a l’air de faire trois mots, comme motte de terre, et il ne désigne en réalité qu'une seule chose. Va-et-vient a l’air de deux verbes réunis par une conjonction, et ce sont là, en effet, ses éléments composants, mais le sens est : sorte de fermeture, ou mouvement alternatif et incessant. Or, il est, dans certains cas, extrêmement difficile de faire comprendre à l’enfant que le mot composé a un sens unique, car, s’il ne le connaît pas, il ne saisira presque janîais ce sens, à moins qu’un objet ne soit là pour le lui enseigner. C’est en lui montrant un tire-houchon, ou un porte-