‹ L'enseignement de la langue franaise: ce qu'il est, ce qu'il devrait tre dans l'enseignement primaire - Cours de MthodologieChapitre 52 sur 89 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

De la grammaire choisie.

La langue française, comme toute autre, offre une telle quantité de faits que force est bien à l’école primaire de faire un choix, et de n’enseigner que les notions les plus importantes. Tant que la grammaire a eu pour objet, à peu près exclusif, l’orthographe, il semblait qu’il fallût tout savoir pour arriver à ce résultat suprême : une dictée impeccable! Dès lors, les règles, les exceptions, les sousexceptions, tout était d’égale valeur; on n’était jamais sûr d’en avoir assez mis. Peu à peu, malgré tout, les plus fanatiques reviennent de cette superstition de l’orthographe. On n’est plus déshonoré parce qu’on écrit charette avec une seule r, comme chariot, innommé avec deux m comme nommé, ou qu’on oublie une s à un participe passé.

Déjà l’arrêté du 26 février 1901, sur les simplifications de la syntaxe française, a énuméré les choses peu utiles que l’école primaire doit laisser cîe coté, les subtilités qui encombraient l’esprit

Ot^FICULTÉS SUPERFLUES

sans aucun résultat éducatif. Les prescriptions de cet arrêté, il est vrai, sont souvent méconnues dans les classes, parfois même dans les examens, ce qui est très fâcheux. Le texte de la liste annexée devrait être affiché dans les salles, à côté de la Déclaration des Droits; car, pour modestes que soient les réformes dont il s’agit, elles sont de nature à apporter à des milliers d’enfants un véritable soulagement.

Mais, dans ce qu’on laisse debout, il est possible de retrancher encore, et de consacrer le temps ainsi gagné à des questions nécessaires à traiter, si l’on veut résolument enseigner la langue et non l'orthographe.

On va cesser de subtiliser sur le genre de orge, et l’arrêté permet d’écrire « de V orge perlée », ou « de Vorge perlé ». Pourquoi ne pas étendre à d’autres mots cette tolérance? C’est d’hier epi énigme, épigramme, épithète, sont féminins, tandis que effluve est resté masculin. Faut-il gaspiller son temps à enseigner dogmatiquement le genre de ces mots, si peu employés, ou attendre qu’il se présentent dans des lectures? Ne peut-on pas couper utilement dans les listes des grammaires?

Le nom ail a deux pluriels, dit-on : l’un usuel, des aulx, où il ne faut pas manquer d’écrire une l comme au xvi® siècle, sans quoi on le confondrait

l’enseign. de la langue franç. 8

H 4 L’ENSE[GNEMENT DE LA LANGEE FRANÇAISE

avec l’article aux, l’autre réservé à la botanique : des ails. Ces distinctions valent- elles la peine d’être apprises, pour n’être point sues, du reste*?

Quelle perte serait-ce si on rayait de la liste des conjugaisons férir, gésir, ouïr, frire, confire, et dix autres verbes qui ne se conjuguent plus en réalité? A l’occasion, ci-gît, gisait, sans coup férir, ou des ouï-dire, seraient expliqués, comme le sont des mots quelconques du vocabulaire. On peut donc, et on doit, faire des sacrifices — ils ne seront souvent guère pénibles — pour alléger le fardeau grammatical.

Seulement, quel critère adopter pour distinguer ce qui mérite d’être conservé? Jusqu’ici on n’eût guère hésité. Ce à quoi on devait s’attacher par ordre, sous peine d’échec, c’étaient les règles de forme. Je suis d’avis tout contraire : ce à quoi il faut s’attacher, c’est à ce qui intéresse le sens et la pensée.

S’agit-il du pluriel dans les noms propres, dont j’ai déjà parlé? Au lieu de montrer dans quels cas ils prennent une s, que le maître, puisque l’arrêté de 1901 l’y autorise, laisse mettre cette s partout, et écrire les Cunys aussi bien que les Bourbons.

Mais qu’il tâche de faire comprendre comment le

Page 1