LA SUPERSTITION DE LA PROPOSITION
un fait quelconque. Dans « fai vu quü arrivait » ie complément d’objet du verbe fai vu est une proposition : quil arrivait, mais n’a-t-on pas un sens analogue dans : j’ai vu son arrivée, dans : je l’ai vu arriver, ou même dans : je l’ai vu qui arrivait’^ N’y a-t-il pas dès lors autant d’intérêt à étudier l’un de ces tours que l’autre, et n’est-il pas indispensable de les rapprocher pour les comparer, et montrer les nuances marquées par ces formes syntaxiques diverses? L’une n’est pas plus que l’autre, elle ne vaut ni plus ni moins : c’est autre chose.
On s’en apercevra quand on se sera émancipé, d’une part de la grammaire logique, et, d’autre part, de l’habitude — héritée de la grammaire latine — de donner la prééminence au chapitre syntaxique où il est question des temps et des modes.
En étudiant le vocabulaire, on rapproche les mots qui ont des significations analogues, sans s’inquiéter s’ils commencent par des lettres diverses ou s’ils ont des radicaux différents. Pourquoi ne pas rechercher et comparer les synonymes syntaxiques? Je veux bien qu’on considère \qs propositio7is suppositives, puisqu’elles comportent des difficultés spéciales, mais à la condition qu’on n’ait pas l’idée de limiter à ces propositions l’expression des suppositions, et que toutes les formes équivalentes soient
examinées en même temps. Or, on sait s’il y en a, et de toutes sortes ^
Évidemment cette méthode va déranger d’anciennes classifications. Il était tellement plus commode de traiter de propositions indépendantes les deux propositions des phrases suivantes :
« Dites-lui une chose aimable, il vous répond par une boutade. »
« S’agit-il d’acheter une terre, le paysan s’empresse. »
Seulement, ce système si commode dans sa simplicité mécanique était tout à fait faux.
De même, il n’est pas blâmable de faire deux ' classes des subordonnées et des coordonnées, et cette division peut être utile en maintes circonstances. Mais c’est à la condition qu’un système de coordination n’apparaisse pas comme une construction essentiellement différente de l’autre, qu’on ne se figure pas, d’une part, des égaux qui sont sur le même rang, et, de l’autre, un maître qui commande à des inférieurs. Sans doute, cela est vrai quelque- ^ fois, mais non toujours, et la réalité a vite fait de f renverser les barrières arbitraires.
Si le maître dit à un élève : « Ton devoir d'aujourd’hui est manqué, mais il a été travaillé, je lui donne
1. Voir la Méthode Brunot-Bony (Cours fuoyen et supérieur), p. 340.