DEUX ENSEIGNEMENTS CONCORDENT
que d’exercer l’enfant à faire un emploi judicieux de cette formule, si utile pour mettre en relief une idée importante et rendre à la phrase une souplesse que l’ordre rigide des mots lui a fait perdre.
A propos des propositions, on enseigne en grammaire que tantôt elles se suivent en se coordonnant, que tantôt elles se subordonnent les unes aux autres. Ce sont là les éléments constitutifs de deux styles : le style coupé, le style périodique. N’est-il pas intéressant de montrer ces deux formes chez des écrivains différents, ou chez le même auteur, suivant le caractère des idées qu’il exprime? N’est-il pas utile d’exercer les élèves à mettre en phrases plus courtes ce qui est écrit en périodes, ne serait-ce que pour s’assurer qu’ils comprennent une grande phrase?
Parfois la correspondance est plus difficile à apercevoir, j’en conviens; elle n’en existe pas moins. L’élève apprend à se reconnaître dans tes divers temps du passé ; c’est donc, en somme, la manière de noter l’ordre de succession des faits qu’il étudie. L’application de cette leçon se devine. Il y a des raisonnements qui reposent sur l’ordre chronologique, une conséquence ne pouvant venir avant l’action qui doit la faire naître. Il est donc opportun d’enseigner à mettre des faits du passé dans leur ordre véritable, à faire une chronologie.
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5® De cette façon, on réussit peu à peu, avec quelque ingéniosité (et les maîtres feront en ce genre des trouvailles sans nombre), à établir la corrélation entre deux enseignements.
Il est un peu plus difficile de faire marcher parallèlement tous les enseignements, on y parvient cependant.
Ainsi la leçon de grammaire porte sur la négation. L’élève y voit ce qu’est une proposition négative, et quels sont les termes qui lui donnent ce caractère. Or il y a des préfixes négatifs : non, in, a {non-valeur, intenable, anormal), c’est leur place. Mais il y a plus. Le tour négatif a souvent servi aux écrivains à mettre en relief l’idée positive par des contrastes. Rien de plus facile que de trouver une lecture où cet emploi de la description négative soit frappant, et d’exercer ensuite l’élève à appliquer le procédé à une chose qu’il connaît bien, comme la cour de son école, ou le jardin de l’instituteur ^
Donnons un second exemple. L’étude de l’impératif a muni l’écolier des formes par lesquelles s’exprime ce mode, il a appris à quoi servent ces formes. En regard de ces leçons de grammaire, il trouvera des textes de lecture ou de récitation, où sont exprimés le commandement, le conseil, l’invii. Voir la Méthode Brunot-Bony, III, 60-61.
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dation, la prière. Il aura lui-même à rédiger un ordre, puis une demande, à user de l’impératif avec ses nuances si variées*.
On peut donc réaliser cette union des différents enseignements ; il suffît de se demander ce qu’il y a sous les mots qu’on enseigne, en se préoccupant du sens et de la forme à la fois. La seule condition essentielle, c’est de dominer sa matière.
1. Voir la Méthode Brunot-Bony, II, 112-113, et III, 186-187.