L'ENSEIGNEMKNT DE LA LANGUE FRANÇAISE
de 0 à 10, comme la dictée elle-même. Une réforme semblable a été opérée en 1903 à l'examen du certificat d'études primaires élémentaires. C'est un progrès, un grand progrès!
Mais, jusqu'à présent, la note relative aux questions d'intelligence reste le plus souvent très basse, car les candidats et leurs maîtres continuent à ne pas compter sur ces points-là, ils travaillent à avoir une bonne épreuve d'orthographe, qui assure la réussite à l'examen. La réforme n'a pas produit les bienfaits qu'on pouvait en attendre.
Aussi a-t-on demandé de diminuer encore le coefficient de l'orthographe à l'examen, et de réduire dans les classes le temps qui est consacré à l'enseigner. Mais cela est plus facile à proposer qu'à réaliser. Supposons que le maître ne soit plus jugé sur la dictée de ses élèves, supposons qu'il lui soit prescrit de diminuer les heures attribuées à l'étude spéciale de l'orthographe. Admettons qu'on soit d'accord pour négliger, dans tous les devoirs écrits, la correction matérielle, qu'il s'agisse d'une j rédaction ou d'une composition d'histoire. Yoilà un grand bienfait, sans doute; désormais on ne perdra plus à remettre des lettres inutiles le temps qui doit être consacré à des enseignements de fond. Mais jusqu'où est-on décidé à aller dans cette voie? Quelques-uns ont demandé la suppression de la
l'orthographe peut-elle être libre? 35
dictée d'orthographe aux divers examens. Actuellela dictée est l'épreuve fondamentale de tous les examens élémentaires, la mesure commune à laquelle tous les Français et Françaises sont toisés, pesés et jugés, après quoi des hommes compétents prononcent si les candidats peuvent devenir élèvesjardiniers, ou sages-femmes, ou employés de magasin! Demander la suppression de la dictée, c'est demander la Révolution. Nous n'en sommes pas là!
Accordons tout de même qu'on parvienne à l'obtenir. Il y aura, malgré tout, des épreuves écrites dans les examens. Est-on disposé à laissera l'élève la liberté d'orthographier (si j'ose encore me servir de ce mot) les mots à son gré? Quel gâchis!
Sans indications précises, sans guide qui leur dise comment distinguer, l'instituteur et l'élève auront à voir par eux-mêmes ce qu'il faut rejeter de l'orthographe actuelle et ce qu'il faut en conserver. Un village fera à sa façon, le village voisin à la sienne. Nous voilà retournés à la barbarie dont il a fallu des siècles d'efforts pour sortir, et qui empêchait les mieux disposés d'employer le français dans leurs écrits. 11 faut ignorer les éléments mêmes de l'histoire de notre langue pour émettre de semblables propositions.
Et qu'espère-t-on, du reste, que produirait cette