MOTS SAVANTS, MOTS ABSTRAITS
êtres. Un écolier comprend ce que c'est que deux nombres égaux, deux quantités égales ; il s'est même formé déjà une image de l'égalité morale, en remarquant que le maître traite tous ses élèves également.
Le mot fraternité est plus élevé. Toutefois, si l'enfant a des frères et des sœurs auxquels il est attaché, il sait ce que c'est qu'aimer ses frères, que partager en frères, et il peut s'élever de ce sentiment, limité dans la famille, aux sentiments analogues qui lient des camarades entre eux, et, par la suite, des citoyens.
Liberté, au contraire, est un mot presque incompréhensible, éveillant des idées trop complexes de droit limité par des responsabilités, dont l'enfant ne peut prendre, avant d'avancer en âge, aucune idée vraiment exacte.
Tous les termes de ce genre devront être naturellement réservés ; mais, en somme, il n'est aucune route qu'il faille interdire. Le maître doit s'engager >ur toutes, sans s'enfoncer dans aucune; il a, du ^este, pour se guider, un moyen infaillible : qu'il prenne soin de faire employer les mots par l'enfant; hu'il s'assure s'il est compris ou non. Après- une expérience négative, qu'il s'arrête, recule, ou recommence.
II. — LA METHODE. PAS DE MOTS VIDES, PAS DE MOTS VAGUES. LA CHOSE ET LE MOT.
Un grand principe doit dominer tout enseignement systématique du vocabulaire : le mot n'a pas de valeur par lui-même, il n'est quun signe. Il ne saurait donc être séparé de la chose qu'il signifie; la connaissance de la chose doit précéder, oui au moins accompagner, la connaissance du moli correspondant.
C'est un principe admis aujourd'hui par tous lesj pédagogues qu'il convient, dans l'enseignemenl d'une langue vivante, de procéder, au début au moins, par la méthode intuitive. Or le français s'enseigne d'abord et surtout comme une langue vivante; donc, tant que cela sera possible, il sera excellent de faire connaître la chose d'abord, le mm ensuite. Cette méthode donnera à l'écolier la sain* habitude de ne pas se payer de mots, de ne pas surcharger sa mémoire de vocables vides de sens ou même simplement de mots vagues. C'était 1< grand défaut d'autrefois. A un homme qui avai conquis les plus hauts grades universitaires, et qu ne pouvait se résoudre à voir la réforme orthograi phique changer en / le ph d'asphodèle, je m'avisa tout d'un coup de demander : « Mais qu'est-ce qu