FAUSSE RÈGLF AU SUJET DES PLURIELS
faut entende parler d'une famille quelconque du village, des Cuny, des Dupont, des Démange, pour qu'il ne comprenne plus. Puisqu'on dit « les Cuny » et que les Cuny sont cinq, comment ne serait-ce pas le pluriel? Qu'on mette une s ou non, cela ne fait rien à l'affaire. On confond ici le pluriel et la marque du pluriel.
D'après les manuels, les noms de matières n'ont pas, non plus, de pluriel; et le Journal officiel, qui est affiché à la porte de l'école, donne toutes les semaines le cours des blés, des avoines, des aciers, des fontes.
Pour les noms abstraits, auteurs classiques, romantiques, impressionnistes, en mettant ces noms au pluriel, ont démenti à qui mieux mieux des théories que rien n'a jamais justifiées, et qui sont contraires à l'usage depuis le moyen âge.
L'exposé de l'emploi des formes du verbe n'est pas plus exact : les théories sur la signification et l'usage des temps retardent. Quelquefois on ne dit pas un mot de formes tout à fait usuelles, telles que : sitôt que fai eu compris, et on s'attarde à : feus compris, que personne n'emploie en parlant. Il vient d'arriver, ou il va arriver, n'ont point l'honneur de compter parmi les formes temporelles. La forme arriverait : dans : « je savais qu'il arriverait à dix heures », est considérée toujours comme un
conditionnel, jamais avec sa valeur de futur dans le passé, de sorte que, dans l'analyse, on fait sous-entendre aux enfants un si avec une condition, ce qui, naturellement, fait un gros contre-sens.
A combien de difficultés n'a pas donné lieu la fausse doctrine sur l'emploi des auxiliaires avoir et être! A la prendre à la lettre, un verbe avec être marquerait nécessairement ïétat. Ainsi : Napoléon est mort à Sainte-Hélène, état! V. Hugo est né en 1802, état!
Plus loin, c'est la théorie des verbes impersonnels avec leur sujet logique, et leur sujet grammatical. Or, dans une phrase comme : il est honteux de mentir, on peut, en souvenir du passé, reconnaître mentir pour un vrai sujet du verbe, bien que ce verbe soit précédé d'un autre mot sujet : il. Mais dans : « il faut que vous me préveniez », où le mode du verbe (subjonctif) préveniez est imposé par le verbe principal : il faut, comment accepter que le sujet de faut soit : que vous nie préveniez? Tout montre ici que ce membre de phrase est construit, dans l'esprit de celui qui parle, comme une subordonnée, comme un complément. (Comparez : je veux que vous me préveniez). L'évolution est achevée pour cette forme : faut n'a plus d'autre sujet que il.
Ces remarques, et il serait facile de les multi-
QUELQUES AUTRES ERREURS PARMI BEAUCOUP ili
plier, prouvent surabondamment que la matière grammaticale doit être renouvelée sur bien des points. Pour être enseignée avec fruit, il faut qu'elle se débarrasse de vieilleries, trop longtemps conservées dans des livres qui se recopient les uns les autres, et qu'elle soit mise en harmonie avec la réalité présente.
Le maître, en se plaçant résolument en présence de la langue parlée, devra se demander à chaque affirmation : « Ce que j'enseigne, ce que mon livre enseigne, est-il réel? Est-ce ainsi que je fais en parlant? Ma règle est-elle juste, ou n'est-ce qu'une vaine formule? »
Tant que cet esprit nouveau n'aura pas pénétré,
tant qu'on fera apprendre mécaniquement des règles
artificielles, contredites par l'usag-e, ces règles
; n'auront aucune prise sur l'enfant, aucune influence
sur l'emploi qu'il fera de la langue.
Aujourd'hui, s'il est doué de quelque esprit d'observation, après avoir constaté que l'usage contredit à chaque instant ce qu'on lui apprend, il perd la 1 foi dans l'enseignement qu'on lui donne, et, quelquefois dans le maître qui le lui donne.