‹ L'enseignement de la musique par l'éducation méthodique de l'oreilleChapitre 16 sur 114 · TITRE VII · texte numérisé non relu

TITRE VII

QUESTION : Les sons diffèrent par Ja durée — - et par la rapidité avec laquelle ils se succèdent.

39. — Chantons, en marquant le pas sur place d'une façon régulière, comme si nous marchions au pa3 cadencé, la chanson connue : Frère Jacques.

Recherche de la notion de durée du temps par le mouvement régulier du pas cadençant une phrase parlée.

Frè.re Jacques, Frè.re Jacques, Dormez vous? Dormez vous?

Arrêtons-nous là pour l'instant, et, afin de ne pas, dans ce que nous allons faire, être distraits par la mélodie, reprenons, avec la même cadence qu'en chantant, les paroles de cette chanson, en marquant le pas.

40. .— Sur chaque syllabe nous frappons alternativement le pied droit, puis le pied gauche : comme nous faisons ces mouvements de façon égale, chaque syllabe suit la précédente avec la régularité d'un balancier d'horloge.

Cependant, dès que nous arriverons à la syllabe vous, le maître pourra remarquer qu'un certain nombre d'enfants hésiteront, ne garderont plus la cadence du mouvement des pieds. Ils seront surpris par la nécessité soudaine de faire deux mouvements sur la même syllabe, alors qu'auparavant chaque syllabe correspondait exactement au mouvement d'un seul pied.

Pourquoi cette hésitation? Quelle différence y a-t-il donc entre cette syllabe vous et les autres? C'est évidemment qu'elle dure plus longtemps, exactement le double, puisqu'elle dure le temps nécessaire à deux mouvements successifs des pieds.

Après quelques essais, tout le monde exécutera correctement les mouvements voulus et l'on reprendra la chanson — paroles et musique — avec la même cadence des pieds ; puis on fera entendre, toujours avec la même cadence, la mélodie seule, sur la syllabe la comme appui du son musical.

Les élèves se rendront compte que le son musical correspondant à vous (en l'espèce, le son V de la série) est plus long que les autres : comme la syllabe parlée vousf il a une durée double de la durée des autres sons.

41. — D'autre part, si nous refaisons la même épreuve sur la même chanson — chantée avec une vitesse double, sans toutefois changer la cadence du pied, — nous prononcerons deux syllabes, donc aussi deux sons musicaux de durée égale, sur un seul mouvement du pied.

' Syllabes de mkme durée ou de durées différentes.

Deux pas sur une syllabe: durée double de cette syllabe, par rapport aux autres.

Même expérience en doublant la vitesse de la diction. Durée une fois moindre de chaque syllabe: le rapport des durées n'est cependant pas modifié.

Chacun des sons musicaux entendus aura cette fois une durée de moitié moins longue que les mêmes sons entendus dans la version précédente, et le son le plus prolongé durera le même temps que les plus brefs dans Pépreuve précédente, ceux-ci se succédant avec une vitesse double,

Durée ; propriété du son (quantité): peut être mesurée.

Nécessité d'indiquer, par des signes d'écriture* la durée des sons musicaux.

. Choix d'un signe de durée, o, forme de la .bouche dans le son O.

On le suppose égal à deux battements égaux du pied (marche au P<ts).

Son nom : bouche ronde; ronde.

L'échelle des sons chiffrée, avec adjonction du signe de durée o.

Frè.ru Jacques, Frè.re Jacques, Dormez vous? Dormez vous? le rapport des durées n'étant pas modifié par ce doublement de vitesse.

Que conclure de cela, sinon qu'un môme son musical peut être affecté de durées différentes ?

42. — Nous avons donc une nouvelle propriété à ajouter à celles que nous avons reconnues déjà au son musical : LA DURÉE, et nous dirons que les sons musicaux, différant déjà par la hauteur, le timbre, l'intensité, diffèrent aussi par la durée qui est en quelque sorte une quantité; si c'est une quantité, nous verrons qu'elle est mesurable.

C'est d'ailleurs aussi une caractéristique du son parlé. Dans les mots, toutes les syllabes n'ont pas la même durée ; si je dis : je viens ici, il est facile de se rendre compte que la syllabe viens dure plus longtemps que la syllabe je ou que les syllabes i-ci ; et même, dans ici, la syllabe ci est plus longue que la syllabe i, sur laquelle la voix reste moins longtemps ; on la prononce moins vite. Ce sont des faits que l'on pourrait vérifier par comparaison avec le mouvement de l'aiguille à secondes d'une montre.

Mais alors que, dans la voix parlée, il n'est pas nécessaire d'indiquer par des signes les différentes durées des syllabes ou des mots, dans la voix chantée, on est obligé de rendre visible par un signe la durée de chaque son, de la fixer d'une façon rigoureuse, pour les mêmes raisons qu'il est nécessaire de fixeeja hauteur des sons musicaux.

43. — Nous pouvons imaginer un signe qui représentera la durée de deux battements de nos pieds; que fait la bouche quand on émet un son sur A ou plutôt sur O? Elle s'ouvre et figure assez exactement un cercle O. C'est d'ailleurs de cette forme qu'est venue la figure de la lettre O; toutes les lettres dérivent d'images du même genre. Nous ajouterons donc cette image d'une bouche ronde à chacun de nos chiffres', pour simplifier, nous l'appellerons simplement RONDE, en laissant de côté le mot bouche, et nous conviendrons qu'elle représente pour nous la durée de deux battements égaux du pied, de deux pas égaux.

VÏJI O

ovin

vu o

PAR L'ÉDUCATION DE L'OREILLE

Nous chanterons de nouveau la série des sept sons, plus le huitième, réplique du premier, en marquant deux pas sur chaque son.

44. — On observe tout de suite que frapper du pied en chantant fait beaucoup de bruit ; on peut faire avec la main ce qu'on fait avec le pied : il suffit d'abaisser la main et de la relever, en ayant soin de donner à chaque geste — bas — haut — une durée égale. C'est un petit apprentissage à faire ; on peut y arriver très vite avec la chanson de Frère Jacques, en s'exerçant d'abord sur les paroles, puis sur les paroles réunies au chant, enfin avec le chant seul émis sur la syllabe la (une syllabe par geste, puis deux, puis quatre syllabes par geste).

Ce mouvement doit être fait non avec le bras, mais avec la main oscillant autour du poignet. La battue avec le bras manque de précision ; et, ici, il faut être le plus précis possible. Le meilleur moyen d'acquérir ce mouvement est de prendre appui sur l'avant-bras posé à plat sur la table; la main s'abaisse et se relève alors facilement, chaque mouvement d'abaissement amenant l'extrémité des doigts en contact avec la table. Ce contact doit s'effectuer sans bruit.

La main doit frapper la table sur les syllabes Frè, Ja, dor, vous au moment précis où ces syllabes sont articulées ; le geste de relèvement doit coïncider très rigoureusement avec l'articulation des syllabes complémentaires des mots : re — cques — mez. Sur le mot vous et, plus tard, sur le son musical qui l'accompagne ou en tient lieu, le maître veillera à ce que les deux gestes de la main soient absolument égaux.

45. — Cette association du geste à la parole demande un certain entraînement; il est nécessaire qu'elle devienne une sorte de réflexe machinal et elle ne laisse pas d'embarrasser les élèves au début, surtout les petits qui, préoccupés du geste, oublient le son, ou inversement le geste : on s'exercera à la pratique de la battue, en comptant Un — deux très régulièrement et à de nombreuses reprises.

46. — Pour l'instant, il ne sera pas parlé de mesure : on insistera sur les notions de durée, légalité des durées consécutives, égalité assurée par les deux gestes réguliers de la main et représentée par la ronde figurée à côté du chiffre d'ordre de chaque degré sur l'échelle des sons. On fera simplement remarquer qu'on évalue toujours la durée par le mouvement. Les aiguilles d'une montre se déplacent sur un cadran ; on se rend compte du temps par les mouvements égaux en durée qu'elles font pour aller d'un point à un autre ; nous ne prenons connaissance du temps qu'en comparant un espace parcouru de façon égale avec un autre espace pris comme unité de comparaison et que nous appelons unité de temps.

Il est préférable de substituer aux mouvements du pied, trop bruyants, un double mouvement d'abaissement et de relèvement de la main.

Comment il faut exécuter le double mouvement de la main.

Coïncidence du gestt avec l'émission même du son.

Une égalité parfaitt des mouvements successifs est nécessaire

On ne peut évaluer lo durée (le temps) qui par le mouvement d'un objet gui se déplace; let divisions égales de l'espace parcouru nous font connaître le tempt mis à les parcourir, par comparaison avet un autre espace prit comme représentation dt l'unité de temps.

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