TITRE X
QUESTION : La portée. — La gamme, la seconde, V octave I-VIII sur la portée.
— Première audition de sons simultanés.
— Les octaves entre deux séries.
60. — Pour écrire les signes représentant les sons d'un air (mélodie), sons La portée, se succédant à des hauteurs différentes et s'étendant souvent sur un espace
•plus grand que Vociave, le procédé de Véchelle, que nous avons employé jusqu'à présent, serait singulièrement compliqué.
Sans cependant renoncer à l'échelle, nous pouvons en présenter l'image sous une forme telle que la succession des sons y soit figurée rigoureusement en assignant à chacun, de façon très apparente, sa hauteur par rapport au son I (1er degré).
61. — Conservant la figure que nous avons adoptée déjà pour Construction de la représenter la durée d'un son quelconque, la ronde, nous allons Pins- tP0Tiée-
crire sur le tableau et la soutenir sur un premier barreau de noire
échelle, trait horizontal que nous pouvons prolonger d'une extrémité à l'autre du tableau. Ce trait représentera donc l'échelon d'une échelle très large et notre ronde se trouvera AU-DESSUS de la ligne : le maître aura soin de bien employer l'expression AU-DESSUS, l'expression sur la ligne désignant le signe traversé par la ligne.
Espace entre deux §2. — Comme un échelon ne fait pas une échelle, nous pouvons " inscrire une seconde ligne tangente à notre ronde (c'est-à-dire qui là touche) et ainsi cette ronde qui, par rapport à la première ligne tracée, * se trouve être au-dessus de cette ligne, sera en même temps située entre deux lignes, ou comme on dit, dans un INTERLIGNE.
Ecrivons une seconde ronde au-dessus de notre nouvelle ligne, surmontons-la d'une troisième ligne horizontale :
Recommençons deux fois encore la même opération et nous aurons une échelle formée de cinq échelons:
Entre ces cinq échelons, c'est-à-dire dans les interlignes, nous avons inscrit quatre rondes^ or il y a sept sons dans la gamme et l'on doit répéter* le premier son à l'octave pour donner une conclusion à la série ; nous pouvons poser une ronde au-dessus de la ligne supérieure et en accrocher une après la ligne inférieure ; cette dernière sera AU-DESSOUS de la première ligne :
63. — Comme nous n'avons, par cette façon de faire, que la représentation de six sons, pour ne pas allonger notre échelle, nous pouvons clouer sur chaque barreau une ronde intermédiaire aux rondes figurées dans nos INTERLIGNES. Ce procédé nous donnera la représentation, par onze rondes superposées, de onze sons successifs et conjoints, puisqu'ils seront placés dans des positions aussi rapprochées que possible :
Onze sons conjoints, c'est à peu près l'étendue des sons que peut émettre une voix moyenne.
64. — Mais il y a des instruments de musique qui ont une étendue sonore plus considérable ; comme ce sont des sons exceptionnels à notre point de vue, il est inutile d'augmenter le nombre de nos échelons; cela d'ailleurs créerait delà confusion pour l'œil.
La portée peut contenir onze sons conjoints.
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Pour figurer ces sons supplémentaires, il suffira d'ajouter des frag- Figuration de lignes
ments de lignes au-dessus ou au-dessous des cinq lignes, fragments f^J^^^s aVus
que Ton fera disparaître chaque fois qu'ils ne seront plus néces- ^ i*°8 p* us graves saires :
65. —On les nommera lignes supplémentaires inférieures ou supérieures, suivant qu'elles seront inscrites au-dessous ou au-dessus des cinq lignes fixes, et on aura soin de les séparer, les unes et les autres, par la même distance que les cinq lignes fixes qui sont tracées à des distances toujours égales entre elles.
66. — Les cinq lignes fixes portent les signes de durée et en fixent la hauteur : on appelle leur réunion la PORTÉE. On les compte de bas en haut : lre ligne, 2 e ligne, etc.
On définit la PORTÉE : ensemble de cinq lignes horizontales (et par conséquent parallèles) tracées à des distances égales et suffisamment rapprochées pour que Vœil puisse les embrasser dun seul regard.
67. — On se rend compte, en regardant ces cinq lignes garnies de rondes, qu'elles figurent exactement des sons successifs placés à des hauteurs différant d'un intervalle de seconde, dont le mouvement ascendant est aussi exactement représenté.
Si, ayant tracé cette même portée avec les rondes sur une feuille de papier, on la regarde par transparence, on a l'image symétrique d'une série de secondes descendantes.
68. — On n'oubliera pas que les signes notés sur la portée sont dits : placés SUR la ligne, quand ils sont traversés par une ligne; et placés AU-DESSUS (ou au-dessous) de la ligne, quand ils sont soit dans un interligne, soit au-dessus ou au-dessous des lignes extrêmes delà portée ou des lignes supplémentaires. C'est chose 1 importante de ne pas confondre les expressions sur et au-dessus.
69. — Etant donné que le nombre des rondes inscrites sur la portée et sur les lignes supplémentaires est bien supérieur h huit, nous avons la liberté de placer le son I à tel endroit qu'il nous plaira de le faire ; ce déplacement a pour but de maintenir la représentation des sons de la voix dans l'intérieur de la portée, si l'on veut faire entendre en plus grand nombre tantôt des sons graves, tantôt des sons aigus ; changements amenés par l'intonation plus ou moins élevée du son I, intonation qui peut être prise sur l'un quelconque des sept sons de la série, comme nous le verrons plus tard, et comme, d'ailleurs, nous l'avons pratiqué jusqu'à présent.
Terminologie exacte des emplacements des signes sur la portée.
Utilité d'une tonique 70. — Le maître reprendra, sur la portée, avec des rondes, tous les exercices %i^^lectweHaavec dé'à lus sur réchelle chiffrée, en plaçant le son I successivement à toutes intonations chiffrées. les nauteurs, et toujours en utilisant comme toniques Tune ou l'autre des
notes suivantes
W ter -e-'1"" T
Ce procédé, outre qu'il permet de faire entendre des sons de chiffre plus ou moins élevé, a le grand avantage de ne pas habituer l'enfant à attribuer s au son I une hauteur immuable, et de le préparer ainsi à mieux comprendre
la valeur absolue attachée à la hauteur des sons rapportés, par leurs dénominations, au LA du diapàson, notion qu'ils devront acquérir en même temps que ces dénominations leur seront enseignées.
Les sons pairs et 71. — Avant de commencer les exercices de lecture et de chant des p^r^^^çu^ieni secondes, le maître fera observer que, dans l'étendue d'une octave, sur la portée. lorsque le son I est SUR LA LIGNE, les sons III, V, VII sont
également S UR LES LIGNES. Les sons II, I V, VI, VIII, sont alors
entre les lignes (interlignes) .
Inversement, lorsque le son I est dans un INTERLIGNE (entre les lignes), les sons III, V, VII sont également dans les interlignes. Les sons II, IV, VI, VIII, sont alors sur les lignes .
Cela revient à dire que : dans V étendue d'une octave les sons de chiffre impair sont placés de même façon, occupent des emplacements identiques ; lès sons de chiffre pair sont également placés de même façon.
De même :
Tout intervalle qui s'exprime par un chiffre impair, tierce (3), quinte (5), septième (7), neuvième (9), est toujours écrit avec des notes placées symétriquement ; c'est-à-dire que les deux notes qui le composent sont toutes deux soit sur des lignes, soit dans des interlignes.
Tout intervalle qui s'exprime par un chiffre pair, seconde (2), quarte (4), sixte (6), octave (8), dixième (10), est toujours écrit avec des notes placées de façon opposée, l'une occupant une ligne et Vautre un interligne.
Emplacement des 72- ~ Si les intervalles redoublés étaient indiqués par le chiffre qui intervalles redoublés. indique le redoublement, la symétrie se continuerait en franchissant l'intervalle d'octave; c'est ainsi qu'on aurait, sur les lignes ou dans les interlignes, suivant la place de I, les sons portant les nombres impairs I, III, V, VII IX, XI, etc.
Mais comme le chiffrage de la série recommence au huitièmè son, qui redevient I, il est nécessaire que l'élève comprenne bien que l'ordre est interverti quand on dépasse l'octave et qu'on recommence à chiffrer les* sons de la seconde octave avec les sept premiers nombres. Si I est dans un interligne, VIII est sur la ligne : c'est donc une nouvelle série qui recommence à VIII redevenu I, et cette fois sur la ligne : les sons supérieurs III (dixième) V (douzième), VII (quatorzième) sont alors sur la ligne; en réalité il n'y a de
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changé que le point de comparaison qui a été remonté d'une octave ; les
Jj lll' il!' ■15e> sont toujours respectivement sur un point de la portée II IV VI VIII J
analogue à celui qu'occupe le son I qui a servi de point de départ.
Cette observation n'a plus d'objet quand on fait la lecture on employant le nom des notes.
Exercices de lecture sur la portée.
73. — Au tableau noir, on inscrit sur la portée supérieure la série générale des sons ; cette série devant servir, pour un grand nombre de leçons, on peut la fixer en la dessinant avec de la couleur blanche.
5? Urne.
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Le maître choisit comme premier son la ronde placée sur la première ligne et inscrit au-dessus des notes les chiffres consécutifs de I à VIII; la portée présente donc la figure suivante :
i il m 'v v
vi vu VIII
Lecture tous les degrés chi ffrés (ïectttreiparlée) .
Le chiffrage montre que deux sons qui se suivent de ligne a interligne, et réciproquement, forment une seconde. Sans chanter, les élèves, à l'indication de la baguette, énoncent les nombres représentés par les chiffres romains, en montant, puis en redescendant de VIII à I ; ensuite ils disent : de I à II, une seconde ascendante; de II à III, une seconde ascendante; de VIII à VII, une seconde descendante, etc.
74. — Le maître rappelle que les sons pairs sont symétriquement placés; qu'il en est de même des sons impairs. Il fait lire, successivement et à plusieurs reprises, les sons I, III, V, VII, placés sur les lignes, et les sons II, IV, VI, VIII, placés dans les interlignes, en montant et en redescendant.
a) Effagant alors les chiffres impairs, il fait lire les sons pairs ; réinscrivant Sons pairs ou imles chiffres impairs et effaçant les chiffres pairs, il fait lire les sons impairs pairs seuls chiffrés en montant et en descendant. L'exercice se figure ainsi : " * *
alternativement.
Lisez les sons .pairs:
Lisez les sons impairs:
vin
Cet exercice et les suivants seront faits en déplaçant le son I, dès que la lecture aura été assurée le son I étant à une place donnée. *
b) Le maître efface progressivement un certain nombre de chiffres et fait nommer les degrés intermédiaires par leur chiffre, d'abord dans Tordre de la série, puis dans un ordre de plus en plus disjoint. Ces exercices
Lecture, certains sons arbitrairement choisis seuls chiffrés, de moins en moins nombreux.
peuvent se figurer ainsi (on suppose que le son I est déplacé d'un exercice à l'autre) :
vin
Quelques chiffres étant inscrits I, V, VIII, par exemple, la baguette indiquera les autres dans Tordre suivant, les enfants nommant les degrés non chiffrés par leur chiffre : la quarte sera repérée par la tierce, la sixte par Ja quinte (deux tierces superposées), l'octave par la septième (trois tierces superposées), c'est-à-dire que chaque intervalle- formé asymétriquement sera rapproché de la seconde conjointe, supérieure ou inférieure, suivant les cas.
vu - o ■
vin
Nécessité de déplacer fréquemment le son I sur la portée.
Lecture chantée: intervalles de seconde.
Interrogations.
On procédera plus tard de même façon pour la lecture des notes avec leurs noms.
75. — Le déplacement du son I est nécessaire pour que l'enfant ne s'habitue pas à le situer à un endroit immuable sur la portée, et il faut reconnaître que cette habitude visuelle s'acquiert vite et qu'elle est difficile à déraciner. Chaque fois que l'on déplacera le son I, il sera nécessaire de chiffrer toute la série et de la faire lire en montant et en descendant. Après quelques lectures, cette nécessité n'existera plus, les enfants discernant très vite l'emplacement d'un chiffre quelconque sur la portée, par rapport à un son I indiqué comme repère.
76. — Ces exercices de lecture parlée terminés, et ils peuvent l'être rapidement, le maître passera à l'étude de l'intonation des intervalles de seconde.
Ces nouveaux exercices se feront également à la baguette, sur la portée fixe et d'après un plan identique à celui qui vient d'être exposé pour la lecture parlée, en ce qui regarde les indications chiffrées ; au début les huit sons seront chiffrés ; progressivement on supprimera un certain nombre de chiffres pour ne plus laisser subsister que le chiffre I, qui sera inscrit chaque fois que le son I sera déplacé sur la portée. On aura soin également de changer assez fréquemment la hauteur sonore de la tonique.
Il faudra prendre garde toutefois de n'opérer ces divers changements {emplacement du son I, hauteur sonore de la tonique) que si l'on est assuré que la lecture de la série, dans une position donnée de I, est bien assimilée visuellement.
( Les tableaux d'exercices figurent Pordre dans lequel les sons doivent être présentés A VEC LA BAGUETTE sur la série inscrite à demeure au tableau noir. Il n'y aura donc pas luu, pour le maître, de lestranscrire, mais il devra s'en assimiler la progression, telle qu'elle est indiquée J
77. — Tous les exercices seront entrecoupés de questions portant sur les notions déjà connues et que le maître rattachera autant que possible à l'exercice actuellement en cours. C'est ainsi que ces interrogations pourront affecter la forme suivante :
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— Que faites-vous en ce moment? — Je chante.
— Que chantez-vous? — Des sons. N
— Quel rapport y a-t-il- entre ces sons? — Un rapport d'intervalle.
— Que signifie le terme intervalle? — La différence de hauteur entre deux sons.
— Gomment évaluez-vous cette différence? — En comptant les sons.
— Comment les comptez-vous? — Par unités successives.
— A quoi rapportez-vous ces unités? — Au son I.
— Comment s'appelle ce son I? — Tonique .
— Quelle place occupe la tonique dans la gamme? — Le premier degré.
— Vous chantiez (IV-V, par exemple) : comment se nomment les degrés qu'ils occupent? — Sous- dominante et dominante.
— Comment se nomme l'intervalle qui les sépare? — Une seconde.
— Comment reconnaît-on une seconde sur la portée? — A ce que les signes qui représentent les deux sons se suivent d'une ligne à l'interligne immédiatement supérieur ou inférieur, ou d'un interligne à la ligne immédiatement supérieure ou inférieure.
— Pourquoi dites-vous « supérieur et inférieur » en désignant les sons? — Parce que l'un des deux est plus haut que l'autre. -
— S'ils étaient à la même hauteur, y aurait-il un intervalle? — Non, il n'y aurait qu'un son répété deux fois à la même hauteur.
— Comment qualifle-t-on cette répétition du même son? — Unisson.
— Mais ne peut-on répéter deux sons semblables sans faire un unisson? — On peut répéter le son I plus haut.
— A quel intervalle? — A l'octave.
— Qu'est-ce donc que l'octave? — C'est le huitième son conjoint après le premier.
— Chantez donc les huit sons.
— Comment nommez-vous ce que vous venez de chanter? — La gamme.
— Qu'est-ce donc que la gamme? — C'est la réunion des sept sons de l'échelle musicale.
— Quand onchante la gamme en comptant de I à VIII, comment qualiflet-on ce mouvement de la voix? — On dit qu'il est ascendant.
— Quand vous la chantez en comptant de VIII à I? — Descendant.
— Que représentent ces chiffres? — Das degrés de la gamme.
— Vous m'avez dit qu'entre les degrés, il y a des intervalles : comment nomme-t-on l'intervalle composé de deux degrés conjoints? — Seconde. — De trois degrés? — Tierce, etc.
— Est-ce que j'ai la même voix que vous? — Non.
- Le son de votre voix est-il semblable au son de l'harmonium? — Non.
— Par quoi diffèrent-ils? — Par le timbre, etc., etc.
78. — On peut ainsi, en enchaînant étroitement les questions, s'assurer que les élèves ont retenu les définitions qui leur ont été données et qu'ils se rendent un compte bien exact de l'objet de ces définitions et des faits dont elles sont l'expression. Cette façon de procéder est bien préférable aux questionnaires habituels qui n'établissent pas de relations entre des faits connexes, chaque question n'envisageant qu'un point limité d'un objet ou d'un fait et ne permettant pas de se rendre compte si l'élève a réellement saisi les rapports de dépendance qui s'établissent entre ces points limités .