OBSERVATIONS GÉNÉRALES
Cet ouvrage est divisé en deux livres : le premier renferme f exposé des principes sur lesquels se base l'enseignement, des procédés à employer, avec de nombreux exemples à l'appui; le second est un livre d'exercices destinés à être pratiqués collectivement au tableau. On y trouvera la marche à suivre pour les différents exercices, avec le rappel des notions essentielles qui découlent de chacun d'eux.
L'expérience que j'ai acquise au cours de cet enseignement m'a démontré que, pour être bien comprises, les notions données exigent des enfants la connaissance de la lecture, de l'écriture et des premiers éléments du calcul. C'est dire qu'on ne peut guère donner valablement un semblable enseignement à des enfants âgés de moins de six à sept ans ; d'ailleurs, avant cet âge, les enfants ont de la peine à émettre des sons réellement musicaux, les exceptions mises à part, plus fréquentes chez les petites filles que chez les petits garçons. Au début, la plupart des enfants sont limités, par leur voix, à l'étendue d'une quinte ; il faut donc s'armei* de patience et aussi de prudence ; par l'exercice, l'étendue de la voix s'accroît et parvient assez rapidement à embrasser un intervalle de dixième ou de onzième, qu'il ne faut point dépasser.
Pour les tout jeunes enfants, on peut s'essayer à former leur oreille, en les habituant, à l'école maternelle, à envisager déjà les relations des sons comme étant d'ordre numérique, mais en ne .leur faisant chanter que les sons qu'ils peuvent réellement émettre d'une façon précise. L'étude spéciale de ces questions entraînerait à des considérations qui sortent du cadre de cet ouvrage. L'éducation musicale, telle que je la préconise ici, se fait avec assez de rapidité pour qu'on n'ait pas à se préoccuper de la commencer plus tôt qu'à son heure.
Les leçons doivent être courtes : un quart d'heure d'étude suffit pour épuiser chez l'enfant l'attention très soutenue qua lui demande un enseignement réellement musical ; cette attention, je l'ai déjà dit, est donnée avec plaisir ; la classe ainsi faite est très vivante, très animée, chaque enfant prenant une part active aux recherches faites et s'efforçant à devancer ses camarades dans les résultats obtenus.
Cependant ce caractère même donné à la leçon est tel que, tout en constituant un réel travail, on peut la considérer comme un délassement, une récréation. Il me paraît donc possible d'occuper par cet enseignement les instants de repos prévus, à l'École primaire,, au cours
des classes. Ces courtes leçons, répétées tous les jours et consacrées, non â apprendre péniblement un chant scolaire, mais à acquérir des connaissances musicales réelles, portent très rapidement leurs fruits, comme j'en ai eu la preuve par moi-même. L'éducation proprement dite de l'oreille est complète au bout d'une quinzaine d'heures ; à ce moment, l'enfant entend ce qu'il lit, et la conscience qu'il a de ce qu'il a appris l'excite à vouloir apprendre davantage.
En dehors de ces courtes leçons, il sera bon de consacrer au chant proprement dit une heure au moins par semaine, en une ou, ce qui est préférable, en deux séances. On y étudiera des chœurs, dès la seconde année d'études.
JJai été amené à reconnaître que, musicalement, on peut demander beaucoup aux enfants, à la condition qu'ils comprennent ce qu'on leur dit \ tel est le but de ce manuel : faire comprendre aux enfants ce qu'on leur dit quand on leur parle des choses de la musique ; les enfants du village de Chessy — milieu assurément peu propice en apparence à la musique — m'ont prouvé qu'en deux ans de temps, les petits campagnards pouvaient devenir de très bons musiciens, prendre un vif plaisir à la musique, la goûter parce qu'ils ont appris à la comprendre et même apprécier justement ce qui, en elle, est d'ordre artistique ou non.
Chaque leçon est précédée d'un sommaire-résumé, qui présente brièvement les points sur lesquels le maître doit insister et lui permet en même temps de récapituler rapidement les éléments essentiels de l'enseignement.
Des indications placées en marge du livre, rappelant les points principaux des sommaires, aideront les maîtres à s'orienter et leur mettront constamment sous les yeux les notions essentielles contenues dans chaque chapitre.
Sommaire- Résamé de la lre Leçon
(TITRES I à IV)
La première leçon comporte une grande part d'explications. En aucun cas, ces explications ne seront données « a} priori », l'enfant ne comprenant que ce qu'il voit, peut toucher ou sentir d'une façon précise. Les faits qui motiveront ces explications, ou bien seront connus de façon évidente, ou bien devront être recherchés, analysés et constatés par les élèves.
Le maître prévient les enfants que l'enseignement de la musique, tel qu'il va être donné iei, met en jeu :
1° L'attention. — Bien des pratiques usuelles se font machinalement. H faut apprendre à reconnaître de quelle façon, pour de certains actes, on procède, comment on s'y prend pour accomplir certains gestes, comment on parle, comment on chante ; de quoi se composent le geste, la parole, le son chanté ; il faut analyser, séparer tous les éléments constitutifs de ces actes, les comparer entre eux et, avec ces éléments séparés, reconstituer l'ensemble primitif.
2° La mémoire. — H faut répéter et retenir ce qu'on entend, ce qu'on voit, la façon dont on accomplit un geste ; retenir les sons (mémoire de l'oreille), savoir les reconnaître dans leurs signes écrits (mémoire de l'œil).
3° La réflexion* — Associer la mémoire de l'oreille à celle de l'œil ; comparer, entre elles les différentes notions reconnues par l'attention et retenues par la mémoire.
1° Le jugement. — Tirer des conclusions des comparaisons ainsi' faites et Les appliquer à propos à des cas semblables et bien déterminés.
Différenciation du son parlé — point de départ — et du son chanté.
L'appui du son musical proféré sur A.