POUR DÉGAGER DANS L'ORGANISME LES NOMBRES SUIVANTS DE CALORIES
kilog.
kilog.
kilog.
kilog.
Pain (croûte)
Riz
Œufs
Fromage sec
Beurre
Sucre
D'ailleurs, on a été toujours plus loin dans cette voie de la nutrition, et on a étudié les aliments propres aux différents organes, et, tandis que le muscle consomme surtout de l'albumine, le tissu nerveux consommerait des matières albumineuses, et surtout de la lécithine; vous savez que la lécithine est le corps que l'on a retiré du protagon, protagon qui ne serait que de la lécithine unie à de la nervine ; enfin les os, au contraire, utiliseraient les sels calcaires et en particulier les phosphates.
Tels sont les renseignements que je voulais vous fournir sur la ration journalière; pour les compléter, il vous suffira de jeter les yeux sur le tableau suivant qui nous montre la quantité d'azote et de carbone fournie par la plupart des aliments qui servent à l'alimentation de l'homme :
De
l' alimentation des tissus.
Nom de l'aliment. Azote.
Viande de bœuf 3,00
Bœuf rôti 3,53
Foie de veau 3,09
Foie gras (d'oie) 2,12
Rognons de mouton 2,66
Chair de raie 3,83
— de morue salée. 5,02
— de hareDgs salés 3,11
— de harengs frais 1,83
~ de merlan 2,41
— de maquereau 3,74
— de sole 1,91
— de saumon 2,09
— de carpe 3,49
— de goujon 2,77
— d'anguille 2,00
— démoule , , 1,80
— d'huître 2,13
— de homard cru 2,93
OEufs 1,90
Lait de vache 0,66
— de chèvre 0,69
Fromage de Brie 2,93
— de Gruyère 5,00
— de Roquefort 4,21
Chocolat 1,52
Blé dur du Midi (moyenne variable) 3,00
Blé tendre (moyenne variable) , «... 1,81
Farine blanche (Paris) 1,64
Farine de seigle 1,75
Combustibles
calculés en carbone.
Combustibles calculés Nom de l'aliment. Azote. en carbone.
Orge d'hiver 1,90 40,00
Maïs 1,70 44,00
Sarrasin 2,20 42,50
Riz 1,80 41,00
Gruau d'avoine 1,95 44,00
Pain blanc de Paris (33 pour 100 d'eau)..,... 1,08 29,50
Pain de munition français (ancien) 1,07 28,00
— (actuel) 1,20 30,00
Pain de farine de blé dur 2,20 31,00
Châtaignes fraîches 0,64 35,00
— sèches 1,04 48,00
Pommes de terre . 0,33 11,00
Fèves 4,50 42,00
Haricots secs.. 3,92 43,00
Lentilles sèches 3,87 43,00
Poissées 3,66 44,00
Carottes 0,31 5,50
Champignons de couche 0,60 4,52
Figues fraîches , 0,41 15,50
— sèches 0,92 34,00
Pruneaux 0,75 28,00
Infusion de 100 grammes de café 1,10 9,00
— — de thé 1,00 10,50
Lard 1,28 71,14
Beurre ordinaire frais 0,64 83,00
Huile d'olive traces. 98,00
Bière forte 0,05 4,50
Vin 0,15 4,00
Déjà, dans mes leçons de clinique thérapeutique, j'ai produit un tableau analogue; mais cette fois je le simplifie en ramenant tous les chiffres à la quantité d'azote ou de carbone utilisable par l'économie. Il vous suffira de multiplier les chiffres d'azote par 6,5, pour obtenir le poids de matières protéiques sèches contenues dans 100 grammes d'aliments frais.
Vous pourrez, grâce à ce tableau, établir sur des bases scientifiques la ration alimentaire. Vous n'aurez qu'à connaître le poids de l'individu et à vous rappeler que chez l'adulte, en moyenne, la ration alimentaire doit osciller par jour et par kilogramme vivant entre les chiffres suivants : de 6 à 9 grammes de carbone et de 0,360 à 0,250 d'azote.
Une fois toutes ces données acquises, et maintenant que nous avons passé successivement en revue l'étude des aliments et celle
AZOtÇ / Ces chiffres multiplier pur 6 ,j don.7ie.7it Te, potcls tic la
substa necs proteimie sèche contenu-e dans 100 Grammes d'aliments frais }
Lai* DOUe { Ces chiffres représentent- la quantité d'hi/droqè) et de Czrhone combustibles , calczilcs en Cashon.e )
des bases de leur alimentation, nous pouvons marcher d'un pas ferme dans la voie que je vous ai tracée, et nous allons maintenant, dans des conférences successives, étudier les effets des régimes insuffisants et surabondants et leur application à la thérapeutique. Dans la prochaine conférence, nous commencerons par l'étude du régime insuffisant, ce qui nous permettra d'aborder cette grande question de la cure de l'obésité.
Messieurs,
Dans la précédente conférence, nous avons établi les hases de la ration journalière et la somme d'aliments que l'on doit donner pour suffire aux besoins de la nutrition. Nous avons vu en nous basant sur les chiffres si importants fournis par Hervé- Mangon qu'en France la ration moyenne était par jour et par kilogramme vivant de 5g,1797 de carbone et de 0g,280 d'azote, mais il arrive des circonstances de disette où cette ration s'abaisse considérablement, et on l'a vue descendre à 4^,374 de carbone et à 0s,193 et même à 0g,160 d'azote. La ration alimentaire devient alors insuffisante, l'homme subit une série de phénomènes que l'on décrit sous le nom générique d'inanition, et dont les effets ont été bien étudiés par Chossat et par Bouchardat.
Dans l'inanition, on voit successivement disparaître les graisses De l'inanition, et les muscles, l'homme devient autophage ; il vit de sa propre substance, le chiffre de l'urée sécrétée diminue journellement, la température s'abaisse, et l'individu succombe bientôt à cette déchéance progressive de l'organisme.
Cette inanition peut tenir à bien des causes : tantôt elle résulte de l'insuffisance du régime alimentaire, tantôt, au contraire, ce régime est suffisant, mais des conditions spéciales de l'économie s'opposent à la bonne nutrition des tissus. Dans la voie que je me suis tracée, je n'ai pas à vous parler du mécanisme et de l'étiologïe de l'inanition, je n'ai qu'à vous signaler les applications que l'on a pu faire de ce régime insuffisant au traitement des maladies.
Applications Le régime insuffisant ou diète négative, comme on l'a dit, a été appliqué à la cure de plusieurs affections. Valsalva l'avait
conseillé dans le traitement des anévrysmes de l'aorte ; il employait dans la cure de ces affections une méthode des plus Cure des rigoureuses, qui était basée sur la diète et la saignée. Le malade anévrysmes, ne prenajt qUe 950 grammes de soupe le matin, un peu moins le soir et ne buvait que de l'eau additionnée d'une gelée de coing. On y ajoutait des saignées fréquemment répétées, et on prolongeait ce traitement jusqu'à ce que le malade en fût assez amaigri ou assez affaibli pour ne pouvoir soulever sa main du lit. Si Stancario (de Bologne), Luc (de London Hospital), Pelletan, en France, etc., ont cité des exemples de guérison par ce moyen, il faut reconnaître que les insuccès sont assez nombreux pour l'avoir fait repousser entièrement de la thérapeutique, et bien hardi serait celui qui oserait l'appliquer de nos jours. Cure De l'anévrysme des vaisseaux la méthode est passée au traite-
des maladies . , , ,, . , ,, 7
du cœur, ment de ce qu on décrivait sous le nom d anevrysme au cœur, et qui n'était autre que l'hypertrophie de cet organe, et nous voyons Corvisart et même Laennec vanter les avantages de cette méthode dans le traitement des affections du cœur. Je n'ai pas besoin d'insister ici sur la valeur négative de ce traitement, qui, s'il était appliqué, ne ferait qu'aggraver les troubles circulatoires chez les cardiaques.
Cure On a aussi appliqué la diète négative au traitement des affec-
tions diathésiques, et c'est surtout dans la cure de la syphilis qu'on a utilisé ce que l'on a décrit sous le nom de cura famis. Ulrich de Hutten, dès 1677, puis Astruc traitaient par le gaïac et la diète les malades atteints de syphilis. Pendant près de deux mois le patient était enfermé dans une chambre où on ne lui donnait qu'un peu de pain, du raisin, du bouillon de poulet, et on augmentait son affaiblissement par des suées successives. Dans ce traitement végétal, si vanté par les antimercurialistes, le gaïac et les autres médicaments sudorifiques ne jouaient qu'un rôle secondaire, et c'était surtout la diète sévère à laquelle étaient soumis les malades qui était l'élément le plus important de cette cure. Cette méthode de traitement a été reprise de nos jours en Suède, en 1811, à l'hôpital Saint-Séraphin de Stockholm, par Osbeck, qui a soutenu que par ce moyen on combattait très activement les manifestations de la syphilis rebelle.
de la syphilis
de l'hygiène alimentaire dans l'obésité. 133
Enfin, les chirurgiens et même les accoucheurs ont aussi uti- Applications lise la cura famis, les premiers pour faire disparaître certaines a obstetn(iuetumeurs, dont l'élément graisseux forme surtout la base, comme les lipomes; les autres voulant par ce procédé réduire le volume du fœtus pour lui permettre de franchir les bassins rétrécis. Quoique Merriman, Baudelocque, Moreau et même Depaul aient cité des faits cliniques où l'application de ce moyen a donné de bons résultats, j'avoue que c'est là une méthode bien dangereuse qui, tout en ayant une action hypothétique sur le volume de la tête de l'enfant, affaiblit considérablement la mère et la met dans les conditions les plus fâcheuses pour mener à bien sa délivrance et ses suites.
Je pourrais encore ajouter à toutes mes citations, les avantages qu'on prétend tirer de l'abstinence dans la résorption de certains produits inflammatoires. J'ai vu ainsi mon maître Nonat employer les saignées souvent répétées et la diète rigoureuse à la résorption des phlegmons périutérins ; mais toutes ces méthodes sont aujourd'hui abandonnées, et j'ai hâte d'arriver à la partie la plus intéressante de cette conférence, je veux parler de l'application de ce régime insuffisant au traite- Traitement ment de l'obésité. Rien de plus logique a priori que l'appli- delobesitecation de ce principe au traitement de la polysarcie, puisque l'un des premiers effets de l'inanition est de faire brûler la graisse accumulée dans nos tissus.
L'étiologie de l'obésité est des plus complexes, et je ne puis Étioiogie entrer ici dans tous les détails que soulève une pareille question de lobesitede pathogénie ; je ne vous en dirai que quelques mots, vous renvoyant pour le surplus à l'importante leçon que Bouchard a consacrée à cette pathogénie dans ses conférences sur le ralentissement de la nutrition (1).
L'alimentation est l'un des facteurs importants de l'obésité, et influence nous devons tout d'abord noter le rôle primordial des aliments de rhérédlté gras dans la production de la polysarcie. A cet égard, tous les physiologistes sont d'accord pour reconnaître que si chaque espèce d'animal fait sa graisse spéciale, elle la puise surtout dans les substances grasses administrées, et les récentes expériences deDebove confirment entièrement cette manière de voir.
lî) Bouchard, Maladies par ralentissement de la nutrition, 2e édition, 4885, p. 107.
de l'obésité.
Cette graisse provient aussi des hydrocarbures, et ici les expériences zootechniques sont absolument démonstratives, le plus grand nombre des animaux constituant leur graisse aux dépens de l'amidon et des fécules. Enfin, cette graisse peut provenir des matières azotées, et Henneberg nous a montré que jOQ grammes d'albumine pouvaient fournir jusqu'à 52 grammes de graisse.
Mais l'alimentation n'est pas la seule cause de l'obésité, et si Etmuller a pu dire avec raison, il y a bien des années : In stomqçho prima rudimenta obesilatis, il faut y joindre l'hérédité. Il y a des familles d'obèses, et, de même qu'en zootechnie nous recherchons pour l'engraissement des espèces spéciales favorables à la rapide production de la graisse, de même aussi il y a des variétés de l'espèce humaine qui sont aptes à l'engraissement.
Degrés Cette graisse s'accumule peu à peu dans le tissu cellulaire,
gêne la respiration et la circulation, empêche l'exercice musculaire, de telle sorte que pour l'obèse, parcourant ainsi un cercle vicieux, plus le tissu adipeux se développe, moins il prend d'exercice, et plus il favorise le développement de son obésité. Mais je suis prêt, avec Ebstein, à reconnaître qu'il faut établir une différence entre l'obésité proprement dite, c'est-à-dire le simple dépôt graisseux dans les tissus, et la transformation ou dégénérescence graisseuse des organes.
Ebstein (1) divise en trois périodes la progression graduelle que subissent les obèses. Il caractérise ces trois périodes par des appellations originales : « Dans la première, dit-il, l'individu est envié, on admire sa corpulence; dans la seconde, il devient un personnage comique, et il cite à l'appui de son dire Silène, Falstaff et différents types de nos comédies; dans la troisième période, l'obèse devient digne de commisération, c'est un malade que tout le monde doit plaindre. »
On peut multiplier à l'infini les différentes formes de l'obésité, mais il en est une sur laquelle, à mon sens, on a passé trop rapidement^ je veux parler des individus qui ne sont obèses que par le ventre et qui, tout en conservant une certaine gracilité des membres et du thorax, ont le ventre proéminent. Ce développement abdominal dépend surtout de trois causes : de l'accumu-
(1) W. Ebstein, l'Obésité et son traitement, traduction de Culmann, Paris, 1888, p. 13.
de l'hygiène alimentaire dans l'obésité. 13S>
lalion de graisse dans l'épiploon et dans les parois abdominales, et surtout de la distension de l'intestin et de l'estomac, et enfin de la faiblesse des muscles abdominaux qui cèdent h la pression résultant de ces deux causes.
Brillât-Savarin, qui nous a donné un si curieux chapitre sur l'obésité et son traitement, ne manque pas d'insister sur cette sorte d'obésité qui se borne au ventre, à laquelle il donne le nom de gastrophorie, et il appelle gastrophores ceux qui en sont atteints. Brillât-Savarin se rangeait lui-même dans le groupe des gastrophores, car, quoique porteur d'un ventre proéminent, il avait, comme il le dit lui-même, « le bas de la jambe sec et le nerf détaché comme un cheval arabe » (J).
Pour combattre cette obésité, on a conseillé trois ordres de cure
, , , . , ,, . , , de l'obésité.
moyens, des moyens pharmaceutiques, de 1 exercice et une hygiène alimentaire spéciale. C'est ce dernier point qui nous occupera d'abord.
De toute antiquité on s'est efforcé de combattre l'obésité, les Traitement Grecs surtout, qui attachaient à la beauté du corps une si grande ysiem(iueimportance, avaient multiplié les moyens de diminuer l'embonpoint, et Hippocrate, dans ses nombreux livres, revient mainte fois sur ce sujet. Permettez-moi de vous signaler ce passage d'Hippocrate qui présente ce grand intérêt qu'il signale comme favorable à la cure de l'obésité le procédé que Ebstein a remis en honneur il y a peu d'années, je veux parler de l'usage des aliments gras dans la diététique de l'obèse. Voici comment s'exprime le Père de la médecine : « Les gens gras et tous ceux qui veulent devenir plus minces, doivent faire à jeun toute chose laborieuse et se mettre à manger encore essoufflés par la fatigue, sans se rafraîchir, et après avoir bu du vin trempé et non très froid ; leurs mets seront apprêtés avec du sésame, des douceurs et autres substances semblables, et ces plats seront gras y iip cette façon on se rassasiera en mangeant le moins, mais en outre on ne fera qu'un repas, on ne prendra pas de bain, on couchera sur un lit dur, on se promènera autant qu'on le pourra (2). »
Vous trouverez d'ailleurs dans l'intéressante et curieuse thèse
(1) Brillât-Savarin, Physiologie du goût, méditation XXI, de l'Obésité.
(2) Hippocrate, t, VI, p. 77, trad. Littré, Du régime à suivre pour perdre ou gagne?' de l'embonpoint.
Régime de Dancel.
Régime de Banting.
de Sédam Worthington (1), travail qui, je le reconnais, manque un peu d'ordre et de méthode, d'innombrables documents qui montrent combien cette question de l'obésité a intéressé les médecins depuis la plus haute antiquité. Cependant, ce n'est que depuis ces derniers temps que le traitement de l'obésité a pris une formule scientifique, et c'est à un médecin militaire français, à Dancel (2), que l'on doit, il y a plus de quarante ans, les premiers éléments de cette nouvelle cure de l'obésité.
Dancel, qui était attaché à un régiment de cavalerie, avait remarqué l'influence de l'eau et des aliments aqueux sur le développement de l'abdomen des chevaux, et il en avait fait une des bases fondamentales de son traitement hygiénique, qui consiste à réduire le plus possible l'eau des boissons et des aliments. Il ne permettait qu'un verre ou deux, tout au plus, à chaque repas, c'est-à-dire de 200 à 400 grammes de boisson. Il repoussait les soupes et les aliments contenant une grande quantité d'eau; il supprimait aussi de l'alimentation les corps gras et les fécules, puis il purgeait fréquemment les malades et leur faisait faire de grandes courses à pied.
Dans une intéressante communication faite par mon ami Constantin Paul (3) à la Société des hôpitaux, où j'ai puisé un grand nombre des indications qui m'ont servi pour cette leçon, on peut voir la courbe d'une malade qu'il suit depuis 1876, et chez laquelle la méthode de Dancel a amené une diminution de poids des plus considérables, mais à condition de suivre ce traitement avec une rigueur mathématique.
Après Dancel, la méthode de réduction de l'obésité passe en Angleterre et prend le nom de méthode de Banting, et cela non pas à cause du médecin qui l'a instituée, mais à cause du malade qui a supporté ce traitement et qui a publié sa propre observation; c'était un nommé Banting, âgé de soixante-six ans, ayant lm,65 de hauteur, et qui pesait, en août 1862, 91k,500. Ce malade se soumit au régime institué par son médecin Harvey, et avec un tel succès qu'en mai 1863, son poids s'était abaissé à 71k,750.
(1) Sédam Worthington, De l'obésité (thèse de Paris, 1878).
(2) Dancel, De l'influence qu'exerce l'abondance des boissons sur l'engraissement et Vobésité (Bull, de thérap., 1864, t. LXVII, p. 44).
(3) Constantin Paul, Du traitement de l'obésité (Bull. etMém. de la Société des hôpilaux, séance du 24 mai 1886, p. 230).
de l'hygiène alimentaire dans l'obésité. 437
Je traduis textuellement le régime suivi par Banting sur l'édition qui a paru à Londres en 1874 (1 ) :
« Déjeuner : neuf heures du matin, avec 5 ou 6 onces (155 à 186 grammes) de bœuf, mouton, rognons, poisson grillé, lard fumé [bacon) ou de viande froide quelconque, sauf porc ou veau; une grande tasse de thé ou de café, sans sucre, sans lait, un peu de biscuit ou 1 once (31 grammes) de pain grillé (dry toast); en tout 6 onces (186 grammes) de nourriture solide, 9 onces (279 grammes) de liquide.
« Dîner : deux heures du soir, avec 5 ou 6 onces (de 155 à 186 grammes) de poisson quelconque, excepté saumon, hareng ou anguille, ou un même poids de viande quelconque, excepté porc et veau, un légume quelconque, excepté pommes de terre, panais, betterave, navet et carotte; 1 once (31 grammes) de pain grillé, du fruit, d'un pudding non sucré, de la volaille ou du gibier, et deux ou trois verres de bon vin rouge : Xérès ou Madère (Champagne, Oporto et bière sont défendus) ; en tout 10 à 12 onces (310 à 372 grammes) de nourriture solide et 10 onces (310 grammes) de liquide.
« Thé : six heures du soir, avec 2 ou 3 onces (62 à 63 grammes) de fruit cuit, un échaudé (rask) ou deux et une tasse de thé sans lait, sans sucre; en tout, de 2 à 4 onces (62 à 124 grammes) de nourriture solide et 9 onces (279 grammes) de liquide.
a Souper : neuf heures du soir, avec 3 ou 4 onces (93 à 424 grammes) de viande ou de poisson, comme à dîner, un verre ou deux de vin rouge ou de xérès coupé avec de l'eau : en tout 4 onces (124 grammes) de nourriture solide et 7 onces (2 17 grammes) de liquide.
« A l'heure du coucher, au besoin, un grog de genièvre, de whisky ou d'eau-de-vie sans sucre ou un verre ou deux de vin rouge ou de xérès. »
Comme vous le voyez, Harvey suivait la méthode de Dancel, en y ajoutant cependant une diminution considérable dans l'alimentation. Il ne donnait que 170 grammes de matières albuminoïdes, 10 grammes de matières grasses et 80 grammes de matières hydrocarbonées, tandis que Dancel, au contraire, permettait au malade de manger à son appétit les aliments qui ne lui étaient pas défendus.
(1) A letter on corpulence addressed to thepubtic, by William Banting, fourth édition, London, 1874, p. 8, 11.
Régime d'Kbstcin.
Régime da Demuth.
De l'Angleterre la méthode passe ensuite en Allemagne, où elle se perfectionne, et nous voyons Ebstein (1) modifier dans un sens nouveau la méthode de Dancel et de Banting. Frappé de ce fait que les substances grasses sont difficilement assimilées, que, d'autre part, elles calment la faim et diminuent la soif, il les permit aux obèses. Cela ne veut pas dire, comme il le dit avec juste raison dans son travail, qu'il traite l'obésité par la graisse, mais il restitue simplement à la graisse les droits qui lui reviennent à titre d'aliment.
Voici la base du régime suivi par Ebstein, régime qui a amené chez un homme de quarante-quatre ans une diminution très notable dans son obésité. Il accorde trois repas, le déjeuner, le dîner et le souper. Le déjeuner a lieu à sept heures et demie en hiver et à six heures en été; il doit se composer d'une grande tasse de thé de 250 centimètres cubes, sans lait ni beurre, et de 50 grammes de pain blanc fortement grillé, chargé de beurre. Le dîner est le repas le plus important; il a lieu à deux heures; il se compose d'une soupe à la moelle de bœuf, de 420 grammes de viande grasse, associée avec une sauce grasse ; de légumes en quantité modérée; Ebstein défend les féculents et les légumes contenant du sucre. Comme boisson, deux à trois verres de vin blanc léger, et après le repas, une grande tasse de thé noir sans lait ni sucre. Le souper a lieu à sept heures et demie; il se compose d'une grande tasse de thé sans sucre ni lait, d'un œuf ou d'un rôti garni de graisse, avec 30 grammes de pain recouvert de beaucoup de beurre.
Demuth (2) a repoussé en partie la pratique d'Ebstein et il est revenu au régime de Dancel, c'est-à-dire qu'il insiste surtout sur la défense absolue des aliments hydrocarbonés dans l'alimentation de l'obèse ; son régime se résume ainsi, d'après W. Scjilcicher (3) : point de diminution des matières azotées, point de diminution de la graisse au-dessous dp la ration physiologique minima de 50 grammes, mais réduction la plus grande mais non illimitée des hydrocarbures.
OErtel a établi une diététique de l'obésité qui a joui et jouit
(1) Ebstein, l'Obésité et son traitement, trad. deCulmann, 1883.
(2) Demuth, Zur Kur cler Fettleibtheit. (Bair arztl. i?itelligensblatt, 1881).
(3) W. gchleicher, l'Obésité et son traitement (Annales de la Société de médecine d'Anvers, juillet et août 1885, p. 355).
encore d'une grande vogue en Allemagne. Elle s'adresse aux Réfrime obèses atteints de troubles circulatoires. OErtel insiste surtout sur le régime alimentaire et sur les exercices. Ces derniers consistent en des ascensions graduées aux forces du malade. Quant au régime alimentaire, voici quel serait le menu d'OErtel d'après Mass (1) :
Au matin : -150 grammes de thé ou café avec un peu de lait; 75 grammes de pain.
A midi : 100 à 200 grammes de bouilli ou de rosbif, de veau, de gibier ou de volaille peu grasse; salade et légume léger ad libitum; des poissons préparés sans trop de graisse ; 25 grammes de pain, quelquefois des farineux jusqu'à 100 grammes au maximum. Comme dessert, 100 à 200 grammes de fruits, surtout des fruits frais, quelquefois un peu de confitures. Pas de boisson du tout. Dans la saison chaude et à défaut de fruit, de 17 à 25 centilitres de vin léger.
Dans l'après-dîner : une tasse de café ou de thé comme au déjeuner, avec tout au plus 17 centilitres d'eau, exceptionnellement 25 grammes de pain.
Comme souper : un ou deux œufs à la coque, 150 grammes de viande, 25 grammes de pain, un peu de fromage, de la saladq ou des fruits. Comme boisson, 17 à 25 centilitres de vin, coupé avec un huitième d'eau.
Ceux qui ont souffert de l'obésité sans avoir présenté des symptômes morbides du côté de la circulation peuvent prendre plus de liquides ; par exemple, à midi, un ou deux verres de vin ; le soir, une demi-bouteille de vin et un quart de litre d'eau.
Schwenninger, en appliquant la méthode d'OErtel au fils du Régime de grand Chancelier, lui donna un grand retentissement; mais, c wenmnser tout en adoptant comme base les préceptes de Dancel, il modifia considérablement la méthode par la suppression absolue des boissons aux repas. Le malade ne doit boire que deux heures après le repas; mais alors il peut le faire abondamment. Cette exclusion des boissons aux repas ne serait pas cependant absolue, car, d'après Schleicher, voici quel serait le régime type que Schwenninger aurait prescrit avec succès à un malade d'Anvers :
Sept heures du matin : une côtelette de mouton ou de veau,
(1) Mass/Dze Schwenninger-Kur, 6e édition, 1885.
ou un morceau de sole, grand comme la paume de la main, avec une même quantité de pain sans beurre.
Huit heures : une tasse de thé avec sucre.
Dix heures et demie : un demi petit pain fourré de viande ou de saucisse.
Midi : pas de potages, ni de pommes de terre. Deux verres de vin blanc, légumes verts, viande, œufs, fromage, orange.
Quatre heures du soir : thé avec sucre.
Sept heures : petit pain avec fromage.
Neuf heures: viande froide, œufs, salade, etc., ad libitum deux verres de vin et même plus.
Dans deux importantes communications faites l'année dernière à l'Académie de médecine, le professeur G. Sée (1) a repris de nouveau cette question du traitement physiologique de l'obésité, et, comme OErtel, il s'efforce de distinguer les obèses des individus atteints de transformation graisseuse du cœur. Récrime Le. professeur Sée, tout en admettant la réduction des graisses
de g. sée. e^ surtout des féculents dans le régime des obèses, se sépare de tous les auteurs précédents en ce qu'il autorise les boissons, et en particulier les boissons aromatiques, telles que le café et le thé. Il considère, en effet, l'eau comme un dénutritif, et pense que cette eau est favorable aux combustions de l'économie. Aussi, voici comment il résume le traitement de l'obésité :
g 1° Le régime physiologique comprend 120 à 130 grammes de principes azotés, provenant de 250 à 300 grammes de chair musculaire ou d'albuminates, de 100 à 120 grammes de graisses neutres, plus 250 grammes d'hydrocarbures fournis par 300 à 400 grammes de fécule ou de sucre ; ces proportions doivent être modifiées de façon que les substances musculo-albumineuses ne dépassent pas sensiblement la ration normale, car la viande en excès, en se dédoublant, formerait elle-même la graisse; les corps gras faciles à digérer peuvent sans inconvénient être utilisés à la dose de 60 à 90 grammes ; les hydrocarbures seront réduits au minimum ; quant aux aliments herbacés, ils ne contiennent rien de nutritif.
« 2° Les boissons, loin d'être supprimées, seront augmentées
(1) Germain Sée, Traitement physiologique de l'obésité et des transformations graisseuses du cœur (Académie de médecine, séance du 29 septembre et du 6 octobre 1S85).
DE L'HYGIÈNE ALIMENTAIRE DANS l'OBÛSITÉ. 141
pour faciliter la digestion stomacale et activer la nutrition générale; mais il faut supprimer les liquides alcooliques, la bière surtout, ainsi que les eaux minérales, comme usage habituel. Elles seront toutes remplacées par des liquides caféiques, et surtout par les infusions (chaudes autant que possible) de thé.
« 3° Les exercices musculaires, quels qu'ils soient, s'imposent à l'obèse ; je fais abstraction de l'équitation, qui n'est qu'un exercice passif.
« 4° Les sudations, les bains de vapeur, les bains chauds, et surtout l'hydrothérapie, peuvent présenter quelques avantages.
« 5° Parmi les médications, les plus utiles sont les iodures à très petites doses; les eaux chlorurées sodiques, qui n'agissent que temporairement. Les eaux et les préparations alcalines, si puissantes surtout contre les diabétiques gras, n'ont pas d'action précise dans l'obésité vulgaire. Toute autre médication est au moins inutile. »
Enfin, dans une communication faite à la Société des hôpitaux, mon collègue A. Robin s'est efforcé de fixer les règles qui devaient diriger le régime des boissons chez les obèses. Vous venez de voir, en effet, combien sont grandes les divergences à cet égard. Tandis que presque tous les médecins qui se sont occupés de cette question de l'obésité ont suivi l'exemple de Dancel, et ont réduit jusqu'au minimum l'eau que l'on prend aux repas, jusqu'à la proscrire entièrement, comme le fait Schwenninger, d'autres, comme le professeur G. Sée, conseillent les boissons.
A. Robin, après avoir vérifié sur lui-même les expériences de Genth et avoir constaté l'augmentation de l'urée sous l'influence de l'accroissement des boissons, divise les obèses en deux catégories : ceux par excès et ceux par défaut, et cela en se basant sur la quantité d'urée sécrétée journellement. Si le chiffre dépasse la moyenne, l'obésité sera par excès; s'il est au-dessous, l'obésité sera dite par défaut.
Dans le cas où le chiffre d'urée sera moyen, on se guidera sur ce que A. Robin appelle le coefficient d'oxydation, qui est le rapport qui existe entre les matériaux solides de l'urine et l'urée. Si ce coefficient est plus élevé que la normale, l'obésité rentrera dans le groupe de celles produites par excès ; elle sera considérée par défaut, si cette proportion est plus faible que la normale.
Dans tous les cas ù il y aura obésité par excès, l'on doit
Régime de A. Robin.
permettre les boissons et même en augmenter la dose; dans tous lès cas, au contraire, où il s'agit d'obésité par défaut, on doit les restreindre. A l'appui de cette manière de voir, A. R,obin (1) a cité plusieurs observations intéressantes où l'application de ces données a amené une diminution notable du poids. Mais il faut noter que tous ces malades, obèses par excès ou obèses par défaut, étaient soumis à un régime alimentaire insuffisant, qui consistait à leur donner de 300 à 400 grammes de viande, 100 grammes de légumes verts, et de 100 à 150 grammes de pain.
Des régimes Une fois toutes ces données acquises, nous pourrons examida^rrobésité. ner l'ensemble de tous ces régimes. Constatons tout d'abord ce point capital et dominant, c'est que, quelle que soit la méthode adoptée, le régime des obèses est toujours un régime insuffisant. Jetez un coup d'œil sur le tableau suivant, que j'emprunte à la communication de G. Paul, et comparez-le au régime normal, dont nous venons d'établir les bases, et vous verrez cette conclusion s'imposer à vos yeux.