‹ L'hygiène alimentaireChapitre 20 sur 22 · RÉGIME MOYEN DES OBÉSF.S · texte numérisé non relu

RÉGIME MOYEN DES OBÉSF.S

Matières Matières Matières

albuminoïdes. grasses, hydrocarbonées.

Voit 118 40 150

Harvey 170 10 80

Ebstein ....... 100 85 50

OErtel... ; 155-179 25-40 70-110

Ration normale. ; . ... 124 55 435

Cette ration insuffisante fait que chez l'obèse il y a toujours de l'autophagisme ; c'est cet autophagisme qui amène la réduction de l'obésité, et lorsque l'on examine attentivement chacun de ces régimes, on voit que par des artifices variables ils arrivent tous au même but : réduire la ration journalière.

Si Ebstein conseille les graisses, c'est parce qu'elles diminuent la sensation de faim, et que par le dégoût qu'elles produisent, comme l'avait dit Hippocrate, elles empêchent l'obèse de trop manger. Si Dancel repousse les sauces et tous les condiments, c'est que les mets bien préparés excitent le désir de manger. Si

(1) Ai Robin, De l'influence des boissons sur la nutrition et dans le traitement de l'obésité [Bull, et Mém. de la Société médicale des hôpitaux, séance du 21 janvier 1886, p. 21).

d'autres, comme Bouchard, ordonnent un régime exclusif d'oeufs et de lait, c'est parce que l'uniformité môme du régime amène une certaine fatigue et un certain dégoût. Si Schwenningcr défend de boire aux repas, c'est parce qu'il sait bien qu'il est difficile de manger sans prendre de boisson.

En un mot, il s'agit, par des moyens usuels, de diminuer l'alimentation de l'obèse, et surtout d'abaisser à son minimum les quantités d'aliments féculents et hydrocarbures qu'il doitprendre. C'est à vous, messieurs, de choisir le régime qui vous paraîtra le plus applicable aux différents cas que vous avez à soigner.

Les obèses, en effet, se divisent en deux groupes : les uns sont forts et vigoureux, grands mangeurs; les autres, au contraire, sont faibles et débiles, à chair molle et flasque. II est impossible d'attribuer le même régime alimentaire à ces deux groupes, et, dans son excellent article sur le régime dans les maladies, Smith (1) a insisté depuis bien des années sur ce point. Les premiers pourront subir toutes les rigueurs du traitement de la réduction ; les autres, au contraire, n'en obtiendront que de tristes effets. Il faudra donc, comme Vous le voyez, approprier votre régime alimentaire aux différents cas.

Pour les boissons, vous pourrez vous guider sur les indications fournies par A. Robin ; mais, si vous pouvez modifier, selon les circonstances, la quantité d'eau ingérée journellement, vous devez proscrire entièrement les alcools, et le plus souvent ne donner que de l'eau; c'est là l'opinion de notre excellent ami et collègue Saint-Germain (2), qui a montré, par une expérience faite sur lui-même, l'heureuse influence du régime et de l'exercice dans le traitement de l'obésité. Saint-Germain rie veut ni pain ni vin.

Les exercices, bien entendu, doivent marcher de pair avec la Des i diminution de l'alimentation. Ici, l'accord est unanime ; manger peu et fatiguer beaucoup, ce sont là les points essentiels du traitement hygiénique. Quand je m'occuperai de la gymnastique, du massage, des sudations, de l'hydrothérapie, je vous montrerai les heureux effets de ces agents dans la cure de la polysarcie ; parmi ses exercices, j'insiste surtout sur celui du mur.

(1) Smith, Du régime dans le traitement des maladies (the Lancet, 14, 21 mai 1864 ; Bull, de thér., 1864, t. LXVI, p. 481).

(2) Saint-Germain, Chirurgie orthopédique, Paris, 1883, troisième lêjjbn : l'Obésité et son traitement, p. 40.

Traitement pharmaceutique.

Résumé du traitement

Cet exercice consiste à appliquer aussi exactement que possible toute la partie postérieure du corps sur une surface verticale de manière à bien mettre en contact les deux parties, puis le malade élève ses bras au-dessus de sa tête en les maintenant étendus et en leur faisant décrire une demi-circonférence d'avant en arrière. Cet exercice développe d'une façon toute spéciale les muscles abdominaux et permet de maintenir d'une façon plus rigide les parois abdominales.

Enfin, il existe un traitement médical de la polysarcie, et l'on a vanté les acides, le vinaigre en particulier, le Fucus vesiculosus, l'iode et les iodures. Tous ces moyens n'occupent qu'un rang très secondaire dans le traitement de l'obésité ; mais il n'en est pas de même des purgatifs et des alcalins.

Les purgatifs, quels qu'ils soient, et en particulier les eaux purgatives et les purgatifs drastiques, sont tous applicables au traitement de Fobésité. En effet, chez l'obèse, le développement de l'intestin joue un certain rôle, et par ces purgatifs non seulement on fait une saignée blanche à l'individu, mais on diminue le tympanisme intestinal.

Quant aux eaux alcalines, elles ont une réelle influence sur la cure de l'obésité, surtout lorsqu'elles sont légèrement purgatives. Des cures de réduction etd'émaciation se pratiquent à Driburg, à Ems, à Kissingen, et surtout à Carlsbad et à Marienbad. Notons que dans toutes ces stations, outre l'administration des eaux et un régime alimentaire rigoureux, joint à des exercices prolongés, les médecins font prendre à leurs malades des pilules ou des poudres de réduction qui sont toutes composées de purgatifs drastiques.

En France, Phlibert (1), qui avait pu juger sur lui-même les bons effets de la cure de réduction de Marienbad, a établi à Brides, en Savoie, un ensemble de médications analogue à celles qui sont suivies en Allemagne.

En résumé, voici comment je procède : Je commence par examiner avec grand soin le malade qui réclame mes soins pour la cure de l'obésité; je constate s'il n'existe pas chez lui aucun vice organique qui explique ou complique cette obésité, car, comme l'a fort bien fait remarquer Bouchard, dans un très

(1) Phlibert, Du traitement de l'obésité et de la polysarcie (Thèse de Paris, 1874, n° 345).

grand nombre de cas, la polysarcie constitue une maladie secondaire. J'examine avec une grande attention le cœur et la circulation ; la dégénérescence graisseuse du cœur est, en effet, une complication qu'on retrouve souvent chez les obèses, et cette dégénérescence doit modifier dans une certaine mesure la rigueur de nos prescriptions. Une fois tous ces points acquis et après avoir vérifié l'intégrité des organes, je prescris le régime suivant :

Pour les boissons, ou le malade boit à ses repas, ou il s'engage à ne prendre aucune boisson pendant ces mêmes repas. Dans le premier cas, je limite la quantité de liquide à un verre et demi, c'est-à-dire à 300 grammes. Getteboisson se composera de vin rouge ou blanc coupé avec une eau alcaline (eau de Vais, eau de Vichy). Dans le second cas, le malade peut boire plus abondamment, mais comme le veut Schwenninger, deux heures après avoir mangé ; la boisson se compose alors de thé léger sans sucre. Je proscris absolument les vins liquoreux, les liqueurs et les eaux-de-vie et la bière. J'autorise dans certains cas le malade à prendre un peu de café noir à la fin du déjeuner.

Pour les aliments, je repousse les aliments trop aqueux, tels que la soupe, j'autorise les œufs, le poisson, les viandes, les légumes verts et les fruits, mais je réduis à leur minimum les féculents.

Pour le pain, j'ordonne surtout un pain léger et dont la croûte forme la plus grande partie, de manière à avoir un pain volumineux sous un poids réel très léger, la forme de pain dont je veux parler constitue ce pain en flûte que l'on décrit sous le nom de flûte de Peters. Défense absolue de la pâtisserie.

J'exige que le malade pèse avec grand soin tous ses aliments et qu'il se tienne rigoureusement dans les poids que je vais fixer.

Premier déjeuner, à huit heures : 25 grammes de pain; 50 grammes de viande froide (jambon ou autre) ; 200 grammes de thé léger sans sucre. Deuxième déjeuner, à midi : 50 grammes de pain; 100 grammes de viande ou de ragoût ou deux œufs (l'œuf privé de sa coque pèse 45 à 50 grammes) ; 100 grammes de légumes verts; 15 grammes de fromage; fruits à discrétion.

Dîner, à 7 heures : pas de soupe ; 50 grammes de pain ; 100 grammes de viande ou de ragoût; 100 grammes de légumes verts; salade 5 15 grammes de fromage; fruits à discrétion.

du traitement.

Je joins à ce traitement l'emploi des purgatifs, soit sous forme d'eaux purgatives, soit sous forme de pilules ou de poudre laxative. J'ordonne les exercices corporels appropriés au sujet, et enfin je fais pratiquer Je massage.

Résultats J'ai obtenu par ce régime des résultats fort remarquables ; il y a peu de temps encore, je voyais avec le docteur Franco, à Ivry, un homme de trente-cinq ans, de petite taille, et pesant 125 kilogrammes. Ce malade était arrivé à un tel développement d'obésité que cet état paraissait incompatible avec la vie, il était pris d'une torpeur que rien ne pouvait vaincre; toutes les fonctions de l'économie paraissaient être entravées et l'asphyxie était imminente ; aujourd'hui cet homme, en suivant son régime, a perdu en trois mois 30 kilogrammes de son poids et il perd encore chaque semaine quelques livres. Vous trouverez ce fait intéressant signalé dans tous ses détails avec plusieurs autres puisés dans ma pratique, dans la thèse que mon élève, le docteur Geoffroy (1 ), a consacré à cette étude du traitement de l'obésité. Est-on toujours aussi heureux?

Malheureusement non. L'âge, en effet, joue un rôle considérable dans le pronostic du traitement, et autant vous pouvez promettre une cure pour ainsi dire complète aux malades qui ne dépassent pas trente ans, autant vos efforts seront infructueux lorsque vous approcherez de l'âge de quarante-cinq à cinquante ans. Les résultats du traitement de'pendent aussi de la cause de l'obésité, maladie le plus souvent secondaire, la pathogénie de l'obésité n'est pas unique, et par cela même elle résiste plus ou moins au traitement dirigé contre elle. L'état d'intégrité des organes a un grand rôle dans le pronostic, et lorsque par exemple il y a dégénérescence du cœur, vous ne pouvez rien tenter, car ce traitement de réduction est un traitement d'inanition, et son plus sérieux inconvénient est d'affaiblir le cœur, de telle sorte qu'un obèse à cœur gras doit rester obèse plutôt que de se soumettre à un traitement qui doit abréger ses jours. Enfin le résultat du traitement dépend surtout de la volonté que le malade mettra à suivre ces prescriptions.

N'oubliez jamais, en effet, que dans un pareil traitement il ne suffit pas d'ordonner des règles précises et rigoureuses ; il faut qu'elles soient exécutées, et toute votre autorité sera sou-

(1) Geoffroy, Du traitement de l'obésité (Thèse de Paris, 1886).

de l'hygiène alimentaire dans l'obésité. 147

vent nécessaire pour maintenir près des malades la rigueur de vos ordonnances. L'obèse, en effet, malgré son grand désir de maigrir, se fatigue facilement du régime auquel vous le condamnez, et, dès qu'il aura obtenu une légère amélioration, il abandonnera vos prescriptions ; il reprendra son régime habituel, et, en peu de jours, tous vos efforts, si cbèrement achetés, seront perdus.

Telles sont, messieurs, les indications que je tenais à vous fournir sur le traitement de l'obésité. Dans la prochaine leçon, nous étudierons un sujet qui est l'opposé du régime insuffisant, je veux parler du régime surabondant.

Messieurs,

Dans la conférence précédente, nous nous sommes occupés du régime alimentaire insuffisant et de ses conséquences, et nous avons appliqué ce régime insuffisant au traitement de l'obésité. Aujourd'hui, je me propose de vous présenter la face inverse de ce tableau, c'est-à-dire les effets du régime surabondant et les conséquences que l'on peut en tirer au point de vue de l'hygiène thérapeutique.

Le régime surabondant peut porter sur les différents ali- Des régimes ments dont je vous ai entretenus et tantôt ce seront les aliments sura on ans' azotés, tantôt les aliments amylacés, tantôt les matières grasses, tantôt enfin les boissons, qui seront pris en trop grande quantité, constituant ainsi des régimes surabondants spéciaux. Je consacrerai surtout cette leçon au régime azoté surabondant, à ses applications à la thérapeutique et je terminerai par des consi~ dérations générales sur la transformation des matières azotées dans l'économie.

La suralimentation a été appliquée à la cure de certains états Traitement do pathologiques, d'abord à la maigreur, puis au traitement des lamaisreuraffections consomptives. L'engraissement chez l'homme est soumis aux mêmes lois que celles qui ont été fixées par la zootechnie. Pour pratiquer chez les animaux l'engraissement intensif, trois conditions sont nécessaires, la race d'animaux, la stabulation, et enfin une alimentation spéciale. Ces trois conditions sont-elles applicables à l'homme? Oui, dans une mesure très restreinte.

De même qu'il existe des espèces ou des variétés d'animaux variétés de qui s'engraissent plus ou moins difficilement, il existe aussi lamaisieur-

des espèces humaines ou des variétés individuelles qui se montrent plus ou moins résistantes à l'engraissement. Nous connaissons tous des hommes très obèses qui mangent très peu, tandis qu'au contraire il en est de très maigres qui s'alimentent d'une façon exagérée, et ici, comme pour l'obésité, l'hérédité joue un rôle spécial. 11 y aura donc des individus qui ne pourront jamais engraisser, ou qui ne le feront que dans une mesure très restreinte.

Mais ce qui vient rendre difficiles les applications des lois de la zootechnie à l'homme, c'est que. comme je vous l'ai dit dans ma conférence sur la ration humaine, le travail intellectuel est une cause de dénutrition plus grande même que celle produite par le travail musculaire. Il en résulte donc que si nous pouvons condamner l'homme à un repos forcé analogue à la stabulation des animaux, nous ne pourrons pas cependant empêcher son cerveau de fonctionner, et par cela même nous ne pouvons nous opposer à l'activité de ces combustions ; le travail cérébral détruit ici les effets du repos physique. Je ne puis donc accepter la maxime générale posée par Brillât-Savarin : «Tout ce qui mange peut engraisser pourvu que les aliments soient bien et convenablement choisis (1). »

D'ailleurs la pathogénie de la maigreur est des plus complexes ; Gubler (2) distinguait à cet égard trois grandes variétés de maigreur. La première résultait de l'insuffisance de l'alimentation, c'était la maigreur famélique, la seconde de l'usure excessive des tissus par les combustions exagérées de l'économie, c'était la maigreur consomptive, enfin le troisième résultait d'une disposition héréditaire, c'était la maigreur constitutionnelle. On comprend facilement que les résultats thérapeutiques que vous obtiendrez dépendent de la cause même de la maigreur, aussi votre premier soin doit-il être de bien établir, dans les cas que vous aurez à traiter, les causes de l'amaigrissement. Traitement Le traitement de la maigreur comprend comme celui de P tique?"" l'obésité un traitement pharmaceutique et un traitement hygiénique. Je vous dirai peu de chose du traitement pharmaceutique. On a signalé bien des remèdes; on a soutenu que le mercure, le

(1) Brillât-Savarin, Physiologie du goût, méditation XXIII. De la maigreur.

(2) Leçons de Gubler; Sédam Worthington, De l'obésité, Paris, 1878, p. 226.

cuivre, jouissaient de propriétés eutrophiantes. Wyman a prétendu que le fusel-oil (huile de grain contenant de l'alcool amylique) avait la propriété d'engraisser les sujets à la dose de S à iO gouttes. Aucun de ces faits n'est démontré, et il n'y a qu'un seul médicament qui, a cet égard, ait fait ses preuves, c'est l'arsenic. L'usage populaire qu'en font les habitants de la basse Autriche, de la Styrie, de la Garinthie, est bien en rapport avec les effets physiologiques des préparations arsenicales qui stimulent la nutrition en général et augmentent l'appétit. Dans ce traitement comme dans celui de l'obésité c'est l'hygiène qui joue ici le rôle le plus important; cette hygiène comprend deux parties, les exercices et l'alimentation.

Pour les exercices, sans parler ici de l'étrange procédé vanté par Meibomius, qui veut que la flagellation soit un procédé d'engraissement parce qu'elle produit, dit-il, le gonflement de la chair et y amène les sucs nutritifs, il faut reconnaître que c'est surtout leur exclusion qui est une condition favorable à l'engraissement. Si dans certains pays, comme la Turquie, par exemple, les femmes prennent de bonne heure un notable degré d'embonpoint, elles le doivent surtout à la réclusion à laquelle elles sont condamnées.

C'est l'alimentation qui en somme constitue la part la plus importante dans la cure de la maigreur et votre rôle consistera à ordonner les aliments les plus riches en graisse et en hydrocarbures. Vous placerez en première ligne les huiles de morue, puis vous ordonnerez les aliments les plus riches en graisse et en hydrocarbures en vous guidant sur les tableaux empruntés à de Nédats, que je vous ai déjà donnés, où les aliments sont classés selon leur richesse en amidon ou en matières grasses, tableaux que je mets de nouveau sous vos yeux.

Exercices.

Hygiène alimentaire.

Page 1