LA VENTE
On ne peut guère, à l’heure qu’il est, considérer le sucre et le sirop d'érable comme des ‘produits d'usage courant, tels que le sucre ordinaire, le thé, la farine, etc., qui servent à l'alimentation régulière de la famille. On peut en effet affirmer sans crainte que des milliers de familles canadiennes ne connaissent rien de ces produits, auraient-elles même acheté, une fois pour toutes, une mixture ou un sucre parfumé portant un nom ou une Marque rappelant l'emblême du Canada. Les produits d'érable authentiques, de qualité supérieure, sont entrés dans la classe des produits de luxe, de plus en plus demandés à mesure que l’aisance de la population s'accroît. En raison de son goût délicieux, le sucre d'érable est l'objet d’une demande plus où moins vive, surtout au printemps; aussi les confiseurs ont-ils cherché à le remplacer par des composés tirés de sucres bon marché. Ces mixtures sont généralement formées de sucre de canne et de glucose auxquels on ajoute, en quantités variables, du sucre d'érable à goût fort et de qualité inférieure, ou, pis encore, un extrait de goudron de charbon ou d'autres substances destinées à donner au produit un goût d'érable. Malheureusement ces substances remplacent les vrais produits d'érable et comme elles sont mauvaises le consommateur qui s'y laisse prendre finit par s'en dégoûter et repousse même à la longue les produits authentiques qu'on lui offre. Sous ce rapport, les sucres d'imitation font beaucoup plus de tort à l'industrie que les sucres de qualité inférieure qui se vendent toujours au confiseur à des prix qui paraissent satisfaire le fabricant insouciant. Chose assez curieuse, il se vend, même dans les meilleures épiceries, des quantités considérables de sucre très ordinaire. Tant qu'il n’est pas falsifié, les consommateurs en prennent plus où moins comme produit de saison. Cependant tous ne se contentent pas d’un sucre noir et fort, beaucoup réclament une meilleure qualité; aussi peut-on toujours compter sur de meilleurs prix pour les qualités supérieures. Il arrive parfois que les bonnes épiceries mettent à l'étalage des produits de choix pour leurs clients difficiles, qui sont tout disposés à payer le supplément de prix qu’on leur demande. Mais ce n’est pas par les voies ordinaires du commerce que les produits de choix atteignent les plus hauts prix; ils vont en général directement au consommateur, et le fabricant avisé ne peut suffire à satisfaire la demande.
Quand on se donne la peine de fabriquer des produits de choix, on devrait se chercher une clientèle de choix. Nous connaissons un fabricant du comté de Compton, Québec, propriétaire de 1,000 arbres, qui couvre ses chaudières et prend toutes les précautions voulues pour fabriquer des produits de choix: il trouve à vendre jusqu’à la dernière livre de sa production dan: jes villages du comté et dans la ville de Sherbrooke. Dans les débuts il devait faire quelques tournées à pied, mais notre homme fournissait des produits de si bonne qualité et donnait si bonne mesure qu’il ne tarda pas à se faire une réputation.