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L'ÉRABLIÈRE

L'érablière n’est, sur beaucoup de fermes, que la parcelle de bois conservée pour des fins diverses, soit pour fournir le combustible à la ferme, pour en rehausser l’aspect, la protéger contre les vents dominants, ou pour fournir urte récolte annuelle de sucre et de sirop, consommés par la famille, ou vendus cher 2 des clients réguliers. Ces bois sont généralement formés de plusieurs essences; on ne coupe les érables qu’en dernier lieu. Malheureusement, les érables occupent généralement des terres arables de haute valeur et que leur propriétaire, règle générale, dispute avec âpreté aux arbres; s’il épargne ceux-ci, c’est bien souvent en considération de la récolte qu'ils lui donnent au printemps.

Ce n’est pas de ces petits bosquets à essences variées que l'on extrait la masse des produits destinés à la vente, mais plutôt des terrains plus

F1G. 3. Les RAMASSEURS EN TOURNÉE.

La sève est conduite à la cabane par des tuyaux métalliques.

accidentés, où la charrue et la moissonneuse passeraient moins facilement. Les bosquets des principaux comtés à sucre sont surtout formés d’érables, les autres essences ayant servi de combustible ou de bois de construction. C'est notamment le cas dans beaucoup des comtés anciennement colonisés de l’est de l'Ontario et de Québec, où les même bosquets et très souvent les mêmes arbres servent depuis plusieurs générations. Plus au nord sont de vastes étendues de forêts d’érables, spécialement d’érables durs, à l’état vierge, qui attendent le fabricant de sucre avec son outillage moderne.

Au cours d’une tournée chez les fabricants de sucre des cantons de l’est de Québec, j'ai observé que les érablières contenaient en moyenne de 50 à 100 arbres entaillés par acre. Une sucrerie idéale, rendant un maximum de sève à l’acre, en — peut-être un peu plus.

Le rendement de la sève dépend de l'abondance du feuillage. Il s'ensuit que les arbres ne doivent pas être serrés au point que le développement de leurs branches puisse en souffrir. L’érable est une essence forestière, et quand il pousse en forêt, il allonge son fût, ce qui est nécessaire pour un bon rendement de sève, car ce fût sert de réservoir, pour l'année suivante, au sucre sécrété. L'érable à sucre typique est l’arbre à racines bien développées, qui puisent dans la terre une provision abondante de sève brute, à cime large et étalée, couverte d’un feuillage abondant, pour distiller la sève, et enfin à fût gros et long pour l’emmagasiner.

Pour obtenir un feuillage abondant et qui remplisse bien sa fonction, il faut chercher à conserver au sol une humidité suffisante, pendant l'été. Il faut que le sol reste constamment frais et humide. L’érable étend ses racines à une faible profondeur; les plus petites viennent en grand nombre

Fi. 4 La SÈVE COULE PAR DES CONDUITES MÉTALLIQUES DE L'ÉRABLIÈRE À LA CABANE.

eMleurer presque la surface pour en absorber l'humidité. Si elles sont abimées par la gelée ou la sécheresse, par la dent ou le pied des animaux, les arbres souffrent. Pour cette raison, il ne faut pas laisser paître indéfiniment les bestiaux dans l’érablière. Les fabricants de sucre admettent généralement la vérité de cette assertion, mais beaucoup prétendent qu'il est bon de faire paître le bosquet une fois tous les cinq ou six ans, afin d'empêcher une végétation trop abondante sous les arbres, On peut aussi éclaircir à la main (effardocher). Sans ces précautions la végétation devient si dense et si vigoureuse qu'il est difficile de cireuler dans la forêt pour ramasser la sève dont une grande quantité se perd. On ne doit pas oublier cependant que l’érablière ne restera vigoureuse et ne rendra un maximum de sève que si l’on y maintient des conditions de forêt, c'est-à-dire, si on permet aux jeunes arbres de pousser et si on laisse au sol un tapis épais de feuilles et d'humus.

Un verger d’érables, comme tout autre verger, demande des soins. On doit y entretenir les chemins pour faciliter le ramassage de la sève ; et il peut même être nécessaire d’éclaircir les arbres de temps à autre. Dans une plantation mélangée ordinaire, on peut graduellement faire disparaître les autres essences et encourager la reproduction de l’érable. Cette opération doit se faire graduellement; on commence par dégager les meilleurs érables, en ayant soin de ne le faire que progressivement, de façon à ne pas exposer subitement les gros arbres aux tempêtes. Si les érables eux-mêmes sont trop serrés, on enlève ceux dont la couronne est réduite ou qui ne sont pas sains, de façon à favoriser le plus possible le développement des arbres sains.

FiG. 5. UN JOUR DE GALA DANS UNE SUCRERIE DU PARC ALGONQUIN.

Les vieilles sucreries, exploitées depuis plusieurs générations, contiennent souvent quelques arbres trop vieux, qui ne donnent plus guère de sève, Il faut les remplacer, sinon l'érablière perd du terrain, surtout si le sol est en gazon et qu'on y laisse paître les animaux. Le renouvellement de ces érablières se fait mieux en favorisant la reproduction spontanée des arbres, qu'en en plantant de nouv ‘aux. Pour y arriver, on doit empêcher le bétail d'y pénétrer. Des milliers de jeunes plants ne tarderont pas alors à apparaître. On ménagera des chemins pour le ramassage de la sève et on nivellera le sol pendant que les arbres sont tout jeunes. Ceux qui ne sont pas sains doivent être enlevés, ainsi que les plants de semis et les jeunes arbres d’autres essences, Au bout de quelques années, les pousses les plus vigoureuses se révèleront d'elles-mêmes: on les favorisera en étêtant les plus faibles. Une fois que les jeunes plants ont atteint 9 à 10 pieds de hauteur, on peut laisser le bétail pâturer dans les taillis pour

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empêcher la pousse des arbrisseaux plus jeunes, qui, si on les laissait, ne tarderaïent pas à gêner les ramasseurs.

Toutes ces opérations demandent du jugement; dans l’aménagement de l’érablière on doit avoir en vue à la fois le rendement en sucre et la production du bois. Le bois d'érable est, depuis longtemps, un article recherché qui a doublé de prix depuis dix ans ou à peu près et l’on peut raisonnablement s'attendre à voir sa valeur augmenter encore beaucoup. Il semble done que le reboisement en érables soit des plus avantageux, puisque, au bout de quelques années, le propriétaire peut faire de belles récoltes de sucre, sans préjudice de la valeur marchande importante qu’acquièrent ses arbres.

Malheureusement on a déboisé sans jugement, même nos terres rocail'euses. Un érable qui donnera deux cordes de bois vaut, sur pied, dix dollars, au prix actuel du bois de chauffage et de construction. Cette somme rapporte de 60 à 70 cents d'intérêt annuel. Si on laisse l’arbre atteindre un bon développement qui augmente considérablement sa valeur, il donnera tous les ans, dans l'intervalle, une moyenne de trois livres de sucre qui vaudront partout 50 cents à $1.00, suivant le savoirfaire du fabricant. Déboiser de ses érables un terrain rocailleux, impropre à la culture, c’est tuer la poule aux œufs d’or. Ce n’est pas le fait de couper de vieux arbres qui est un crime; c’est le fait d'empêcher les autres de pousser. Il est tout aussi important de reboiser en érables qu’en pins ou épinettes. Si l’on considère les bénéfices à retirer de l'exploitation de ces diverses essences, on ne peut douter qu'il y ait une réelle économie à ne pas déboiser les terres accidentées et même à reboiser ces régions rocailleuses que le déboisement a rendues tout à fait stériles.

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