‹ La Communauté des boulangers du MansChapitre 10 sur 11 · livre 30' 10s jj^d · texte numérisé non relu

livre 30' 10s jj^d

53 livres de son, à 5 deniers la livide. 1' 2« i^

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luze livres. — Arch. de la Sarthe

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A 16 deniers la livre, le pain michard produisait, (avec

une charge de blé).

61 livres 11 onces de son.

Cendres

Total.

La dépense étant de.

Il restait en bon.

La charge de pain bis, à 11 deniers et demi la livre, produisait 22' 15^ 6^

Plus 40 livres de son — « les deux boisseaux de son pesaient 25 livres et

se vendaient combles 10 sols, 6 deniers, c'est donc cinq deniers la livre de son », ou pour 40 livres.

Cendres

Total.

Dépenses.

Il restait en bon.

Article 3^. — La clientèle.

On aura un autre moyen d'évaluer les profits des maîtres boulangers manceaux si l'on parvient à connaître le nombre, l'importance et la consommation de leurs clients. Mais cette donnée n'est pas absolue.

Peut-être, en effet, cette clientèle n'avait-elle fait que s'accroître avec le temps ; et ce serait, alors, au rebours des maîtres boulangers du Mans. Déjà en 1703, ils affirment que « ceux qui étaient riches et accommodés se sont retirés et ont renoncé à la communauté ». A la fin de janvier 1626, on comptait au moins soixante-quatorze maîtres ; en 1750 ils n'étaient plus que soixante et un et en 1775 leur nombre était réduit à quarante-neuf (1).

(1) V. Les résultats de la communsiuté. V. p. 58.

En 1750, les boulangers fixaient à six le nombre des personnes composant leur ménage, savoir, le père, la mère, trois enfants, un compagnon (1). Essayons de connaître quelle était la clientèle qui faisait vivre ces trois-cent-soixantesix bouches (2).

Dans un mémoire adressé au Parlement pour obtenir son arrêt définitif sur l'essai du pain de 1750, les officiers de ville disaient :

« Un peuple de 30,000 âmes attend cet arrêt ; il y a dans la ville du Mans plus de 20,000 habitants sans compter les communautés religieuses et les hôpitaux qui vont encore à plus de 3,000, et dont moitié se fournit chez les boulangers ; en y réunissant les étrangers et ceux des villages voisins qui se fournissent au Mans, et ne comptant la consommation de chaque habitant du Mans que sur le pied d'une livre et demie de pain par jour — quoique les pauvres qui ne vivent que de pain en mangent beaucoup plus — la consommation va, suivant les observations des notables formellement adoptées par le commissaire de la Cour, à plus de 83 charges par jour en pain fait chez les boulangers, car aucun habitant n'a de four chez soi ».

« Il y a, à la vérité, quelques bourgeois qui font boulanger leur farine par le boulanger en lui donnant 50 sols par charge, mais cela ne va pas, à beaucoup près, au tiers de la consommation ; en sorte que les soixante et un boulangers qui composent la communauté du Mans débitent constamment pour leur compte, l'un portant l'autre, plus d'une charge de blé par jour y) (3).

(1) « Dans les anciennes coi'porations ouvTières, l'atelier était une école de morale, parce que la vie de famille lui servait de base, parce que le compagnon et l'apprenti, logés et nourris chez le patron, participaient aux bienfaits du foyer domestique qu'augmentait l'esprit clu'étien ». Les corporations de métiers, Hip. Blanc.

(2) Mémoire des échevins de la ville du Mans, contre les boulangers, 1751.

(3) Dires des offic. de ville.

D'autres notes sont plus précises encore et nous apprennent que, à cette époque, il y avait, au Mans, 22,000 habitants au-dessus de l'âge de deux ans. Nous en arrivons à conclure que les boulangers manceaux avaient à satisfaire une clientèle représentant 23,500 grandes personnes environ, y compris les faîtissiers, les étrangers de passage, les campagnards, voisins de la ville.

Les quinze cents individus pour qui les boulangers manceaux ne travaillaient pas peuvent se répartir notamment entre les communautés suivantes :

L'abbaye de Saint- Vincent, celle de la Couture, l'Oratoire, l'Hôpital-Général, le séminaire de la Mission, le chapitre de Saint-Julien. Nous avons vu plus haut que ces établissements avaient des fours et des boulangers à eux.

Dans certains quartiers, on ne débitait guère que du pain mollet ; ailleurs que du pain bis : les boulangers se rattrapaient les uns sur la qualité et le prix de vente, d'autres sur la quantité vendue.

Ils fournissaient aux habitants tout le pain mollet ; mais les faîtissiers (1) leur donnaient à cuire, chaque jour, en moyenne, quatre boisseaux « de pain ». « C'est ainsi que les boulangers appellent les habitants qui leur fournissent la farine à boulanger ; ils exigent des faîtissiers cinquante sols par charge de pain michard ou de pain bis ». Ces faîtissiers étaient peu nombreux : « quelques bourgeois ».

Les mieux achalandés des boulangers, on l'a vu, faisaient plus de deux fournées par jour. Il n'y avait au Mans en 1750, comme en 1630, aucun four banal, ni particuUer : voilà pourquoi les boulangers avaient pour chents tous les habitants de la ville, à l'exception des établissements religieux (2).

Les boulanger» manceaux employaient par jour seize bois-

Ci) Faitis, en vieux langage signifie bis. (2) Cf. Bellée, Les corporations, etc.

seaux (le boisseau pesant 31 livres 11 onces) ou 253 kilogrammes et demi de blé, en deux fournées et plus. En 1888, les boulangers manceaux bien achalandés font, par jour, quatre fournées de chacune sacs de 000 kilog. Dans

la banlieue de Paris, à Saint-Denis et à Saint-Ouen, la plupart des boulangeries cuisent par jour 2 sacs et demi, d'autres trois sacs de farine chacun de 157 kilogrammes ; «... dans les boulangeries où l'on cuit deux sacs et demi, soit 400 kilogrammes environ, on fait cinq fournées,... dans les boulangeries à trois sacs on doit faire six fournées ». (Journal Le Temps, La taxe du pain, n° du 18 sept. 1888).

En 1747, les maîtres-boulangers du Mans déclarent que « on ne peut faire une fournée, la première, à moins de sept heures, la deuxième, à moins de six heures tant à pétrir, chauffer le four et cuire ; d'ailleurs, dans chaque fournée, il y a deux tiers de pain des bourgeois et l'autre tiers aux boulangers... le pain mollet tient plus de place que les autres pains, parce qu'on ne le fait que de deux livres et de demi livre et que les autres pains sont de 12 à 6 livres ».

«... Lorsque le pain n'est pas à un prix considérable, il est plus consommé de pain mollet et de pain michard que de pain bis ; beaucoup d'artisans qui ne vivent que de pain, mangent du pain michard lorsqu'il n'est pas trop cher » (1).

Les pauvres étaient donc les meilleurs clients des maîtres boulangers, quand ils payaient ; car ils étaient à la fois les plus nombreux et les plus grands consommateurs de pain. Parmi les clients des boulangers, il faut compter les ouvriers et ouvrières de la fabrique d'étamines. François Véron, né au Mans en 1615, l'avait créée, vers 1640. Vers 1760, cette riche fabrication occupait le sixième de la population et y employait jusqu'à huit cents métiers, livrait au commerce, par an, 25,000 pièces d'étamines employées, pour un tiers,

(1) Dires des offic. de ville.

en France, par le clergé généralement, et pour les deux tiers en Espagne, Portugal, Italie, Amérique, etc.

« ... La manufacture d'étamines — en 1750 — occupe trois ou quatre mille fileuses de laine qui ne gagnent que 5 sols par jour, des cardeurs qui n'en gagnent pas dix, et grand nombre d'ouvriers qui ne gagnent pas 20 sols par jour » (1). Telles étaient les assertions des boulangers. Les députés de la ville les retournaient contre ces artisans (2) :

(( ... Il n'est point vrai que les boulangers perdissent avant la provision (de la fin de 1749) ; s'ils avaient perdu comme ils voudraient le persuader, la plupart d'entre eux seraient ruinés ; car ils font remonter l'époque de leur perte jusqu'en 1745, temps auquel on réforma l'usage abusif de mesurer le boisseau comble et on obligea à le mesurer rais, comme la coutume l'ordonne et comme cela s'était observé lors de l'essai de 1633 et longtemps depuis. Il est facile de croire qu'ils n'auraient pas été en état de soutenir des pertes aussi grosses et aussi longues. Cependant ils ont continué l'exercice de leur métier (3), ils ont vécu et élevé leur famille, un

(1) Annotation des boulang. aux Mém. des échevins.

(2) Voici daprès Maulny (?) quel était le régime habituel des manceaux : Ouvriers. — Leur régime consiste, le matin, à manger une soupe au

pain twir, au beurre ou à la graisse ; à midi, une beurrée, du fromage ou des fruits ; à goûter, du pain sec ; le soir, une soupe ; ils se lèvent de grand matin ; la cherté du pain les plonge dans la plus affreuse misère; ils sont mal vêtus, mal logés, mal nourris ; à peine reconnaitrait-on ces mêmes hommes, les jours de fête : la promenade succède alors au travail et l'entrée dans les cabarets ne fait pas mettre la sauce {sic) dans leurs ménages.

2* classe. — Dans cette classe comprenant les riches artisans, les marchands à boutique, quelques bourgeois, la vie est plus abondante ; ils sont mieux logés et vêtus, usent habituellement de pain de froment, mangent de la viande, souvent du cochon salé, commencent le repas avec le cidre et le finissent avec le vin.

Dans la 5» classe, les tables sont somptueuses, les appartements charmants ; on use aux repas de ragoîits délicats ; les vins de liqueurs, Tabus du café, les veilles tiop longtemps continuées et répétées ne conservent pas longtemps la santé ».

(3) Mémoire-réplique à celui de d'Arcy.

grand nombre a augmenté sa fortune, plusieurs ont fait des acquisitions; il faut donc nécessairement qu'ils gagnassent (sic). Quand on supposerait que leurs profits fussent modiques, combien seront-ils augmentés ? Chaque boulanger gagnera, l'un dans l'autre, 600 livres plus qu'il ne faisait ; cette augmentation de profit se répartira entre eux à proportion du débit qu'ils feront; ce débit croîtra sûrement et augmentera leur bénéfice ; tous y participeront à proportion de leur travail,

« Peuvent-ils, après cela, critiquer par des sophismes, un essai et un avis qui leur procure une condition beaucoup supérieure à la précédente et à celle des boulangers d'Alençon, de Bellème, de Ballon, de Beaumont et d'un grand nombre d'autres villes de la province et du gouvernement du Maine !

» Il est juste que les boulangers gagnent ; les officiers de ville n'ont jamais prétendu le contraire, ni les mettre dans le cas d'abandonner la ville.... (comme les boulangers en faisaient, sans doute, plus ou moins sincèrement la menace) mais il ne faut pas que leurs profits soient trop forts, surtout dans une ville de manufacture comme le Mans, remplie de pauvres artisans qui ne gagnent leur vie que très-difficilement. Cependant quels seront leurs profits si on les compare, on ne dit pas à ceux de ces misérables ouvriers, mais à ceux des meilleurs artisans, tels que les maçons, les charpentiers, les couvreurs et autres dont les salaires ne sont que de 18 sols par jour en été et de 15 sols en hiver ; qui ne peuvent travailler au plus que les deux tiers de l'année, à cause des fêtes et des intempéries, et qui ne peuvent gagner 250 livres par an ? Ces artisans vivent, élèvent leur famille et amassent quelque chose. Les boulangers, au contraire, qui travaillent et gagnent tous les jours, qui, outre le bénéfice marqué sur la table, auront différents avantages... qui grossiront beaucoup leurs profits, — sans parler du commerce de blé des boulangers, dit-on, — dont le moindre gagnera six fois plus que les artisans, seront bien en état d'augmenter considéra-

blement leur fortune, si ils sont laborieux et économe?; encore un coup, il ne faut pas jeter le pauM'e dans la plus affreuse misère pour procurer une grande et prompte fortune aux boulangers » (1).

Parmi les clients temporaires des boulangers manceaux, M. le lieutenant-général de police comptait « les voituriers et étrangers que les affaires, le commerce, les marchés et les foires amènent journellement au Mans » et qui consomment beaucoup. Il déclare, lui aussi, qu'il y a « plus de 20 paroisses circonvoisines à deux lieues de la ville dont les habitants achètent le pain au Mans six mois de l'année » (2). Au XIX*' siècle, les gens de la campagne ont conservé cette habitude d'emporter du Mans, les jours de marché, du pain blanc ; ceux qui ont conservé la bonne habitude de boulanger chez eux et de se nourrir de pain bis achètent alors ce^ pain blanc à titre de régal. En 1750, les boulangers alléguaient que : a. il n'y a point de paroisses circonvoisines où les paysans n'aient des fours > . Que prouvait cette assertion ? Rien, sinon que, la moisson étant faite, le mauvais temps venu et les chemins détrempés par les pluies, les campagnards restaient davantage à la maison et avaient le temps de boulanger : ce dont ils s'abstenaient durant la belle saison, et à l'époque des grands travaux agricoles.

Même avec de l'argent, les chents n'étaient pas toujours servis à souhait (3).

Article 4°. — La consommation du pain ; les bénéfices.

D'après les officiers de ville, les boulangers débitaient, chaque jour, une charge de blé pour leur compte, le fort rapportant au faible ; de cette charge il était employé un

(Ij Voir page 111.

(2) Avis du lieut-g^' à la Cour de Pari.

(3) Voir chap. I, art. \".

boisseau et demi en pain mollet, quatre boisseaux et demi en pain michard, et six en pain bis. Ailleurs, l'Hôtel-de-ville, complète ce détail : « les boulangers, l'un dans l'autre, font cuire, en leurs fours^ par jour, seize boisseaux de blé, tant pour leur compte que pour les habitants ». Ces quatre boisseaux en excédent représentent précisément la farine fournie par les faîtissiers. Ces chiffres concordent, à peu près, avec celui de quatre-vingt-trois charges que les soixante et un boulangers employaient, dit-on, par jour.

« Le Chapitre de l'Église du Mans qui fournit le pain aux chanoines donne à chacun d'eux une livre et demie de pain mollet ; à l'Hôpital-général on en accorde la même quantité aux personnes des deux sexes, sans distinction » (1).

Les officiers de ville admettent cette moyenne pour évaluer la consommation générale du pain, au Mans. Elle est facile à établir.

Les 25,000 habitants du Mans au-dessus de l'âge de deux ans, les étabhssements religieux compris, employaient, par an, 375,000 boisseaux de blé équivalent à 74,300 hectolitres actuels. Les maîtres boulangers employaient, à eux seuls, 363,500 boisseaux de blé dont 89,000 environ pour les faîtissiers.

Les 25,000 habitants de la ville du Mans consommaient 37,500 livres de pain par jour, ou, par an, six millions 843,750 kilogrammes.

Les 89,060 boisseaux de blé que panifiaient les boulangers pour les faîtissiers leur rapportaient, à raison de 50 sols par douze boisseaux ou par charge : . 18,554 15

Dont il fallait déduire pour la dépense, en bois, chandelle et cuisson (2). . 8,967 55

Il restait. . 9,586 60

(1) Mémoire des échevins de la ville du Mans contre les boulangers.

(2) « Il en coûte au boulanger en bois, chandelle et cuisson d'une charge de blé à pain michard 1 livre, 9 sols, 6 deniers et pour celle du pain bis 1 livre, 2 den. (Dires des offi. de ville).

Les boulangers gagnaient sur leurs autres clients pour

11,435 charges de pain bis.

2,858 3/4 — mollet.

8,576 1/4 — michard.

Total.

A déduire, les loyers.

les gages de leurs

37 garçons. .

Il restait en bon. 78,416 »»

aux boulangers pour se vêtir, se nourrir eux, leurs familles et leurs ouvriers, et acquitter leurs impôts, etc.

Soit, en moyenne, par maître. . 1,285 »»

Ces calculs faits sur les données des boulangers concordent assez avec les assertions de l'hôtel de ville. Le Mémoire des échevins dit : « partageant les boulangers en trois classes, à proportion de leur débit, ceux de la dernière gagneraient encore plus de 1,000 livres par an ». Les officiers de ^"1116 avaient précédemment affirmé qu'un boulanger qui fait deux fournées par jour — et c'est le moins bien achalandé — gagne, par jour, 3 livres 16 sols, 6 deniers ; et, par an, 1393 livres, 2 sols, 6 deniers (1).

Sur 22,000 clients des maîtres boulangers de la ville du Mans, 2,758 (soit un huitième) mangeaient du pain mollet, 8,250, soit les trois huitièmes, faisaient usage du michard ot 11,000 ou la moitié d'eux se nourrissaient de pain bis.

Dans le compte des bénéfices des boulangers établi cidessus nous n'avons pas fait entrer, en effet, faute de moyens d'évaluation, les produits de la vente des échaudés, fouaces, galettes, etc.

Au XYII« siècle les boulangers avaient une autre source de bénéfices. Olivier Poussin, fermier de la Prévôté dans le

(l) Dires des offi. de ville.

procès qu'il intente, en 1606, contre les boulangers affirme que la plupart d'eux étaient en même temps taverniers c'est-à-dire aubergistes (1).

Deux siècles auparavant, il en était déjà ainsi, car dans l'article 14 des statuts des boulangers confirmés le 25 août 1425 par le roi Charles VII, « il est défendu à tous hosteliers et taverniers et autres de non cuire pain pour exposer en vente en leur maison siilsnesontdumestier)^ de boulanger.

Enfin, au milieu du XYIII^ siècle, plusieurs maîtres boulangers ont des sous-locataires ou des pensionnaires (2).

Article 5^. — Les vexations.

Plus d'une fois les maîtres boulangers de la ville du Mans eurent à se plaindre de la taxation arbitraire du pain, de la brutalité de langage et de conduite des magistrats de police.

Quelque temps avant les essais du pain qui eurent lieu vers 1750, un certain nombre de ces artisans furent en butte aux mauvais procédés du lieutenant-général de police, Rouxelin d'Arcy et du procureur du roi, de Bordigné. Les boulangers finirent par se fâcher; sous leur dictée on rédigea leurs plaintes et l'on dressa une liste des témoins des violences dont ils avaient été victimes :

« Pierre Meichet, maître boulanger paroisse de Gourdaine doit avoir connaissance qu'en 1740, les boulangers furent obligés de présenter une requête parce que d'Arcy refusait de taxer le pain à cause de la cherté du blé ; Rochereau, Meichet et Faifeu, jurés, la présentèrent à la Sénéchaussée qui la renvoya à d'Arcy. Celui-ci s'écria : « Vous voilà donc — en tendant le poing — MM. les bougres ! Je savais bien que vous reviendriez à moi. » puis à Faifeu : « c'est à toi que j'en veux !... etc. »

(1) Sentence de la prévôté du 20 mai 1606.

(2) Dires des offi. de ville.

Julien Guyard, gaînier, paroisse de Saint-Benoît doit se rappeler qu'il vit entrer de Bordigné, sans robe, chez Foulard, et distribuer le pain de celui-ci aux pauvres.

On trouve d'autres détails sur cette affaire dans une supplique de 1747, adressée à la Cour de parlement : « Vincent Faifeu étant juré de sa communauté se transporta avec les deux autres jurés... en la maison du sieur Darcy pour lui présenter une requête tendant à la fixation du prix du pain laquelle lui avait été renvoyée par ordonnance des officiers de la sénéchaussée. Le sieur Darcy entra en fureur contre le dit Faifeu et lui dit : « tu es bien hardi d'avoir présenté semblable requête à MM. du Présidiat, b.... ; il m'a pris une passion d'aller chez toy jeter tous tes meubles par les fenêtres ».

Il y a environ trois ans que la communauté ayant présenté sa requête pour l'augmentation du prix du pain et le dit sieur d'Arcy, sur les conclusions du dit sieur de Bordigné , ayant rendu son ordonnance contraire aux dites conclusions et portant augmentation de 6 deniers par pain de 12 livres, ledit sieur Bordigné \1nt en lu maison de Jean Foulard et ayant appris qu'il avait vendu du pain sur le pied de la dite augmentation il se mit en colère contre lui et prit plusieurs pains qui étaient sur sa boutique et les distribua à ceux qui se rencontrèrent là » (1).

Le 23 juin 1747, non-contents d'avoir (2), au dire des boulangers, taxé arbitrairement le pain, les officiers de l'hôtel de ville faisaient « faire de prétendus procès-verbaux par un homme à leur dévotion et sans caractère qui a pris la qualité de commissaire de police », contre neuf boulangers : Gh. Guerrault, Etienne Poilpré, Antoine Maignée, Pissot le jeune, Etienne Gillet, la veuve Joseph Poilpré, Moradé, Bardou et Le Biais. Condamnés le même jour, la commu-

(1) Supplique à la Cour de parlement.

(2) Résultat du 9 novembre.

nauté alla en appel ; nous ignorons Tissue de cette affaire.

« En l'année 1746, dans un jour de marché, Jean Legendre, alors juré-garde de la communauté, s'étant présenté sous les Halles pour connaître le prix du blé et être en état, suivant sa charge, d'en faire son rapport avec le commissaire de police, il trouva, sous les dites halles, le sieur de Bordigné. L'ayant abordé et lui ayant représenté un échantillon de blé en lui disant le prix qu'il venait d'être vendu le dit sieur de Bordigné, au lieu de s'informer de la vérité du prix de la vente de ce blé, lui dit ces paroles : « Retire-toi gueux ! » et, sur le champ lui donna un soufflet, à la vue du public, dont il s'en fallut peu qu'il ne fit tomber sa perruque qu'il fit tourner ».

Le samedi 2 septembre dernier (1) Darcy assembla les boulangers, les fit entrer dans sa salle et leur proposa de destituer de sa jurande Jean Trahan par ce seul motif de sa députation à Paris pour soutenir leurs intérêts contre les vexations de la police à propos de la taxe du pain. Pierre Beauclair du nombre des présents et beau-père de Trahan répliqua que celui-ci « se mettait peu en peine de son commerce de boulanger et que s'il trouvait à qui céder sa boutique il la céderait. Le sieur Darcy quitta sa place, vint sur led. Beauclair le prit au collet d'une manière aussi indécente qu'injuste... et le mit entre les mains du nommé Perroche Tun de ses huissiers en lui disant : « mène-moi ce gueux-là en prison ». Beauclair s'échappa dans la rue et Perroche étant rentré les mains vides « Darcy plein de fureur prit le dit Perroche au collet en le secouant et lui dit ces paroles : « Comment gueux, jeté l'ai consigné et tu ne Tas pas mis en prison 1 Va chercher tous les huissiers et les archers pour l'y mettre ; sinon tu iras toi-même. — C'est ainsi que la police du Mans s'exerce par le sieur d'Arcy et le sieur de Bordigné; elle dégénère en une véritable tyrannie ».

(1) Supplique à la Cour, 1747.

« Le vendredi 15 septembre dernier, sur les dix heures dn matin, le dit Trahan, de retour de Paris, d'où il avait rapporté l'arrêt de la Cour dont on a ci-dessus parlé, s'étant rendu, en sa qualité de juré, sous les halles du Mans, pour y savoir le prix du blé et en faire son rapport conjointement avec le commissaire de pohce, le sieur Darcy vint au marché, en habit noir et sans sa rohe, un bâton à la main. Il passa auprès du dit Trahan qui l'ayant aperçu le salua respectueusement ; le sieur Darcy indigné de ce qu'il avait été député de sa communauté à Paris pour obtenir justice de la Cour contre ses vexations lui répondit en ces termes : « Je ne te connais pas, retire toi ». A quoi le dit Trahan lui ayant réparti : « Monsieur, étant à Paris, j'ai ouï dire à un substitut de M. le Procureur-général et à mon procureur que devant donner le prix au pain, vous ne pou\1ez pas vous-même venir savoir au marché le prix du blé et que cette fonction était réservée au commissaire ».

Alors Darcy ayant passé son chemin sous les halles sans lui rien dire appela d'un coup de sifflet ses huissiers. Ceux qui étaient présents voyant que le dessein du dit Darcy était de faire mettre en prison ledit Trahan lui conseillèrent de se retirer en sa maison : ce qu'il fit.

« Environ un quart d'heure après Darcy ayant rassemblé avec son sifflet ses huissiers et ses aides \int dans la maison de Trahan. Il trouva sa femme dans sa boutique à laquelle ayant demandé oti était son mari, elle lui répondit qu'il était dans une chambre haute ; elle appela son mari en lui disant que le dit sieur d'Arcy le demandait ; le dit Trahan qui se disposait à travailler de sa profession descendit son escalier à tête nue. Le sieur Darcy s'avança vers lui et monta trois ou quatre marches de l'escaher et saisit Trahan au collet en criant à Perroche huissier et à ses aides que Darcy avait amenés avec lui^ de le conduire en prison.

(( Trahan lui ayant demandé pour quelle raison il voulait

le constituer prisonnier et lui ayant dit que s'il voulait l'écrouer il se rendrait. Le sieur Darcy lui répliqua qu'il verrait ce qu'il aurait à faire quand il serait en prison; comme le dit sieur Darcy tenait toujours Trahan par son habit qu'il lui déchira en plusieurs endroits, Trahan lui dit de lui permettre au moins de prendre sa perruque et son chapeau. La femme de Trahan se mit entre eux deux et Darcy le lâcha ; mais Trahan étant remonté s'évada par son grenier et par les gouttières et se retira dans une des maisons voisines pour éviter l'affront d'être conduit ignominieusement en prison, à la vue du peuple qui s'était assemblé en foule à sa porte et lui prit même ^Ausieurs pains, sur sa boutique en profitant du trouble que causait tout ce vacarme.

f( Cependant M. Darcy persistait à tout prix à emprisonner Trahan et, voyant qu'il ne redescendait pas, monta et inspecta toutes les chambres et même le grenier, fouilla dans les lits et dessous, renversant et faisant renverser les matelas et les paillasses sur le carreau ; il se saisit même d'une pelle à remuer le blé et en porta de grands coups redoublés sous les lits espérant atteindre Trahan ; il est indéniable qu'il l'eût assassiné s'il s'y fut trouvé.

« La femme de Trahan ayant suivi Darcy lui demandait les raisons pour lesquelles il voulait emprisonner son mari et l'assurait qu'il s'y rendrait de lui-même s'il était coupable et le conjurait de ne point donner de pareils coups de pelle sous les lits dans la crainte qu'il ne tuât son mari s'il s'y était retiré. M. Darcy la prit par le bras droit et la serra avec tant de violence qu'il le meurtrit, lui fit plusieurs égratignures et la poussa hors de son grenier, de manière qu'il s'en fallut peu qu'elle ne tombât du haut en bas de l'escalier ; mais cette femme étant descendue dans sa boutique s'évanouit et M. Darcy sortit enfin, continuant de faire des perquisitions dans les maisons voismes où n'ayant pu découvrir Trahan il fut obligé de se retirer ».

Le lendemain de cet événement, le 16 septembre 1747, la

communauté se réunit. Les boulangers délibérèrent « sur l'entreprise, insultes et ^ivacités excessives faites à Jean Trahan garde et leur député en la ^^lle de Paris pour la défense désintérêts de la dite communauté, par M. Rouxelin d'Arcy lieutenant-général de police de cette \ille du Mans. Ils ont unaniment été d'avis et donné pouvoir aux dits Bréard et Guerrault (1) de rendre plainte contre mondit sieur Rouxelin d'Arcy des insultes par lui faites en la personne du dit Trahan et de son épouse expositive de tous les faits, tant dans la halle du Mans que dans sa maison, pour le faire traîner en prison, sans aucun fondement, raisons ni prétextes » .

La communauté décida qu'elle poursui\Tait, à ses frais, ces affaires, jusqu'en cour de parlement. Celle-ci rendit sa sentence, après trois audiences, le 16 mars 1748.

Les boulangers demandaient que Rouxelin d'Arcy fut condamné à payer 3,000 francs de dommages à Jean Trahan et Marie Doissin, sa femme, et 2,000 francs à Beauclair et Faifeu ; que de Bordigné fut condamné à payer 2,000 francs à Jean Foulard et à Jean Le Gendre ; de plus, que, à ces deux magistrats, on fit (v défense de récidiver, injurier, ni maltraiter, ni s'ingérer à emprisonner ou faire emprisonner les dits » boulangers.

De leur côté, MM. d'Arcy et de Bordigné demandaient à la Cour de rejeter l'appel et de condamner les appelants aux dépens et à une amende pour les pauvres.

Hélas !

Selon que vous serez puissant ou misérable

Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.

Le parlement donna gain de cause aux magistrats man- (1) Résultat de la comm. des boulan., du 16 septembre.

ceaux et condamna les boulangers à 20 livres d'amende et aux dépens.

& Le 16 mai 1754, M. l'intendant vint au Mans à l'occasion de la milice.... Au sujet des blés étrangers, il fxa le prix à 25 sols le boisseau et força les boulangers de les prendre, quoiqu'ils fussent de mauvaise qualité et capables de causer des maladies. Les boulangers eurent beau remontrer le danger où ils seraient de perdre et que les habitants refuseraient le pain fait avec ce blé et se mutineraient contre eux : les menaces leur imposèrent silence. On vit que quelques boulangers qui ne prenaient pas de ces blés furent constitués prisonniers par les ordres du lieutenant-général de police, qui sans doute entra dans les vues de M. l'intendant, obligeant chaque boulanger de prendre au moins par semaine une charge de ces blés ; ces emprisonnements se faisaient sans ordonnance et sans les voies de la Justice... »

« On apprit, à même temps, que les officiers de l'hôtel de ville avaient présenté requête au Conseil pour continuer pendant quatre ou cinq ans les mêmes impositions pour la construction du collège. Il ne fut pas difficile de pénétrer le prétexte et que cette continuation d'impôt sur le peuple regardait la perte certaine sur les blés étrangers et qui aurait bien mérité d'être portée par les entrepreneurs de ce commerce fait secrètement et sans y avoir appelé les compagnies et sans assemblée générale. On continua de blâmer deux ou trois officiers qui composaient l'hôtel-deville, dévoyés et mauvais citoyens, de se déclarer contre les intérêts des habitants et d'entreprendre (1) sans leurs avis. Voilà le danger de placer dans un hôtel-de- ville des sujets

(1) Le manuscrit porte « et de surprendre » ; c'est probablement une faute de copiste.

sans honneur et qui se livrent volontiers et par intérêt aux

injustices » (1).

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