CHAPITRE \^. — LES ESSAIS DU PAIN
Article premier. — Les essais de i555 et de i633.
L'essai du pain n'était pas une petite affaire. Tandis que le rapport hebdomadaire du prix du blé servait ordinairement à fixer la taxe du pain^ l'essai du pain était le moyen extraordinaire et compliqué d'établir cette taxe d'une façon plus précise et moins discutable. Aussi intéressait-il tout le monde, les pauvres gens surtout et les boulangers. Mais cette expérience était fort coûteuse et le nombre de personnes qu'on y employait était assez considérable. Les essais étaient provoqués par le renchérissement des denrées, par les plaintes tantôt du consommateur et tantôt du boulanger.
Les premiers essais qui eurent lieu au Mans sont, à notre
(1) Cauvin. A7tn. du dép. de la Sarthe, 1842.
(2) Statuts confirmés en 1425. Cf. Les ordon. de Philippe de Valois.
connaissance, ceux de 1555 et de 1633. Voici ce que nous en savons. Les maîtres boulangers eurent, au commencement de l'année 1626, un grand sujet de mécontentement : le bailli de la prévôté avait taxé le pain au-dessous de sa valeur. Ils appelèrent de son jugement devant le lieutenant-général de la Sénéchaussée auquel les trois jurés de la communauté, Maurice Couret, Pierre Guéraud et Guillaume Grouas, adressèrent une supplique le 7 février. Sans doute ces jurés ne voulurent pas lancer la communauté dans les frais d'un procès sans obtenir d'elle un consentement en bonne et due forme. Le lundi 26 janvier 1626, tous les trois comparurent devant Pierre Pouillot notaire pour le requérir de se transporter avec eux chez les boulangers maîtres pour recueillir leur avis sur l'opportunité de l'appel. La communauté persista à aller en appel et le 11 février, Julien Guittet, son avocat, fut entendu par René Levayer, lieutenant-général (1).
(1) Voici les noms des boulangers qui persistèrent à vouloir l'appel. Christophe Girard, Geoffroy Cormier, Gervais Foreau, François Liger, Pierre LamoureuX; Pierre Jarry, Julien Chevrier, et Jacques Cherbonnel (tous du quartier Saint-Vincent), Richard Lemore, Michel Ysambardt Michel Broussin, Anthoine Lasne, Pierre Desforges (tous de la paroisse du Crucifix), Jehan Caillou, et Denys Durfort (parr. du G^ S'-Pierre), Guillaume Boislandon, (S'-Pierre-l'Enterré), Pierre Gasnot et Rolland Landouillette (du G^ Saint-Pierre) Pierre Gasnot, Louis Trahan, Jehan Rouillet, Louis Gruau, Jacques Cormeilles, Rolland Terpereau et Pierre So/iier (tous de la parr. S«-Nicolas), Jehan Cosson, Joan Gelé, Etienne Morice, Jean Cormier, Julien Loriot, Mathieu Lemounier, François Lemounier, François Geurault, Pierre Saullet(?) Jehan Chevreau, Charles Orry, Pierre Mabon, Macé Cosnuau, (tous de la parr. de la Couture), André Goupil, Julien Cheval, François Pioger, Henry (?) Senault, François Chasseray, Nicolas Maulendier (?) (tous de S*-Benoît) François Perot, Pierre Lespinay, Jehan Adet, Louis Levrays (?), Jacq. Lenoir (?), Michel Péan, Morice Leprou, Ctous de la parr.de S'-Jean;, Guillaume Mautouschet, Jehan Resfay (tous deux de S*-Gilles), Jehan Levray (de S'-Jean), Jehan Moradé et Pierre Fournigault (de S'-Germain), Marc Pasteau, Salomon Pdsteau, Robert Gasse, (du Pré) Mathurin Rochereau, Gilles Boussicault, Brice Poullain (de S'-Benoit), Etienne Papia, Louis Papin (de S*-Hilaire), Jehan Baussen , François Lemarchand , Diëuxivois , Jacques Pissot, Mathurin Levacher (tous de Gourdaine).
Les noms en italiques sont de ceux qui savaient signer.
La sentence du juge en second ressort ne satisfit non plus les maîtres boulangers. Car, au cours de la même année, Maurice Couret, Pierre Guéraud et Guillaume Grois ou Grouas font requête au parlement, disans que, par les essais autrefois faits au Mans par l'autorité de la cour de Parlement, qui avait commis pour la confection du dernier défunt M. Thomas, conseiller en la dite cour, en 1555, il avait été trouvé que la charge de blé seigle valant 10 livres, le pain bis de 8 livres devait être vendu 5 sols, 4 deniers et le pain de 12 livres 8 sols ; se trouvant en la charge 300 livres de poids qui ferait à raison de 339 livres de pain, que la charge de blé seigle se serait trouvé rendre, 7 sols, 9 deniers ou environ ; le blé valant comme dit est 10 livres la charge.
Et en regard du pain blanc, le blé froment valant 18 (?) livres, 10 sols, la charge, le juste prix du pain d'une livre devait être de 12 deniers et ainsi la raison selon l'augmentation du prix du blé en chacune année. Serait arrivé que l'année présente les suppliants, proposés pour faire la visite à la halle et marché et le rapport du prix du blé, tous les vendredis de chaque semaine, auraient, le 2^ jour de janvier dernier passé et tous les autres vendredis subséquents, fait leur raport du prix du blé et présenté 3 requêtes au bailli prévôt... à effet qu'il eût à donner le prix du pain selon le dit essai et mesure, conformément à l'ordonnance de la sénéchaussée, l'an 1557, par défunt le lieutenant-général Taron ; par laquelle, le blé se trouvant au prix de 18 livres la charge et 30 sols le boisseau, avait été ordonné que le pain de froment d'une livre serait vendu 18 deniers et celui de 1/2 livre 9 deniers ; et le seigle étant à 10 hvres la charge, le pain bis de 8 livres serait vendu 6 sols.
A quoi le juge n'aurait voulu entendre. Les supphants auraient présenté le 5 février dernier autre requête et remontré que, depuis six semaines, y avait que la charge de blé froment avait été vendue 20 livres et celle du seigle 15 livres, et qu'ainsi il n'était juste de les contraindre de
bailler le pain blanc de l/'i livre à 12 deniers, la miche de pur froment à 15 deniers, et le pain bis de 12 livres à 8 sols 6 deniers, prix imposé par ses dernières ordonnances.
A cette deuxième requête le juge prévôt, sur la réquisition du substitut de M. le procureur général du roy, avait seulement réglé le prix du pain bis de 12 livres à 8 sols, 9 deniers, le pain blanc de 1/2 livre à 13 deniers et la miche de froment du poids de 2 livres à 2 sols et 8 deniers : d'où nécessité pour les boulangers d'en appeler. Depuis le dernier rapport le froment avait encore augmenté de prix ainsi que le seigle. Le premier s'était vendu 21 livres et le second 15 livres 5 sols.
Le prévôt avait ordonné un nouvel essai du pain sans dire qui en ferait les frais de la ville ou des boulangers. Naturellement, les boulangers proposaient de le faire aux frais de la ville. En attendant il avait ordonné que le pain blanc d'une demi-livre serait vendu 12 deniers et la miche d'une livre 15 deniers. C'était déjà à un prix moindre que le juge prévôt ne l'avait réglé lui-même. Il avait laissé le pain bis de 12 livres à 8 sols 9 deniers. Il avait ordonné de garnir de ces pains leurs boutiques à peine de 100 livres d'amende une première fois, et, la deuxième fois de peine corporelle. Ce qui « a ruiné la plus grande partie des particuliers de leur corps, presque réduits à la mendicité ». Les suppliants prient la Cour de leur donner acte de leur appel de la sentence de la sénéchaussée, du 11 février, et « de les en tenir pour bien relevés. S'ils étaient contraints d'exécuter par provision cette ordonnance, ils seraient entièrement ruinés avant le jugement de la Cour de parlement ». Dès ce temps-là, paraît-il, dame Justice était boiteuse et lente ; l'affaire sans doute traîna en longueur pour aboutir à l'essai de 1633.
Article 2". — Le personnel et le coût de l'essai de i63S.
Le brouillon d'un « Mémoire contenant les frais, coiits, mises et dépenses des. essais de blé » en 1633, fournit une
longue liste de ceux dont le recours fut alors requis. D'abord les travailleurs.
Les blatiers fournirent les blés (1);
Le mesureur Bourgneuf les mesura;
Les cribleurs les passèrent au crible (2);
Les meuniers eurent à les moudre (3);
Les boulangers à les bluter et à convertir les farines en pain (4).
Mais toutes ces opérations ne s'effectuaient pas sans argent, ni sans manger un morceau et boire un coup. Ici interviennent donc si l'on veut :
"Les bailleurs de fonds ;
Les hôteliers ou restaurateurs de l'époque ;
Le pâtissier ;
Voire le couturier, mais c'est pour réparer les dommages causés par les rats qui se sont permis, pendant que nos gens se régalaient, de grignoter des sacs de farine.
A la suite, au-dessus plutôt des travailleurs et des fournisseurs, se placent les témoins et les juges de l'essai, les représentants en un mot de tous les intérêts en jeu :
M, le lieutenant-général de police ;
M. le bailli de la pré voté ;
MM. les commissaires députés à l'essai et choisis parmi les notables ;
(1) Le Moine, marchand, fournit le froment pour l'essai du pain blanc, au prix de 22 livres ; Cuillerier fournit une demi charge de froment valant 9 livres pour l'essai du pain noir ; Jehan Gasse et Gilles Seigneur fournirent aussi, au prix de 20 livres, 21 boisseaux de seigle.
(2) Après le criblage, le blé fut enfermé dans des «poches» que l'on cacheta avec de la cire.
(3) Le blé du 3« essai ou du pain noir fut moulu chez le meunier Barilletcelui du l*'' essai ou du pain blanc le fut au moulin du Gué-de-Maulny. Probablement le blé de chaque essai fut moulu par un meunier différent, car on voit figurer dans le Mémoire le nom de deux autres meuniers : Sohier et Bougreau. — Barillet reçut 26 sols pour son « émouturage » tant du froment que du seigle.
(4) La location du bluteau « à bluter la farine de l'essai » coûta 18 sols.
MM. du Chapitre de Saint-Julien ;
MM. les échevins de la ville ;
Les gardes-jurés des boulangers ;
L'avocat de cette communauté, M^ Amyot ;
Les avocats des meuniers et des boulangers forains.
On ne peut faire un pas, durant l'essai de 1633, sans voir aussi surgir de partout des hommes de loi, notaires et clercs de notaire, avocats et clercs d'avocat, procureurs, greffiers et huissiers.
Personne ne se tiendrait pour satisfait si l'afifaire de l'essai n'était portée en appel devant le Parlement de Paris. Et l'on noircit d'autres feuilles de papier et les robins se fi^ottent les mains. On parlait même d'aller devant lé conseil d'État.
Par qui l'essai du pain fut-il provoqué, en 1633? Certain passage du Mémoire des boulangers semble indiquer qu'on leur proposa cette expérience, il nous dit que les maîtres boulangers se réunirent au lieu habituel de leurs assemblées, au couvent des Jacobins, pour donner leur « avis » sur l'essai, et sans doute sur son opportunité. M« Davoust, notaire, attesta acte de cet avis.
Quelques maîtres boulangers n'étaient sans doute pas partisans d'un essai du pain. Ils n'assistèrent pas à la réunion de leur corporation. L'absence de ces dissidents occasionna le transport chez eux de Jacques Cherbonnet, juré boulanger, et de M® Davoust notaire, pour constater leur refus de prendre part aux délibérations de la communauté. Plus tard Bourgoing, huissier, dut se transporter à son tour au domicile de plusieurs de ces récalcitrants pour les contraindre à payer leur quote-part des frais de l'essai.
« Le général », c'est-à-dire la majorité des maîtresboulangers avait, avant le nouvel essai, chargé M® Amiot, avocat de leur communauté, de dresser <des mémoires et \'ues des anciens essais et de poursuivre cette affaire de l'essai.
L'essai une fois décidé par le lieutenant-général, il s'agis-
sait de se mettre en mesure d'y travailler. Le sieur du Plessis du Courtoux prêta 300 livres ; Paindebourg fournit égale somme et Mathurin Besnard -400 livres ; l'emprunt fut conclu au denier seize, c'est-à-dire au taux de 6 fr. 25 O/q, et ne fut complètement amorti que le 10 septembre 1636.
Un jugement nomma les quatre commissaires ou députés de l'essai. Ces quatre notables furent MM. de la Groie, des Étrichés, Mouchetiers et de Fontay ; « et iceux sommés de se trouver pour voir moudre le blé de l'essai ». Il fallut une autre assignation pour les inviter à voir boulanger ; et le sergent Le Meignan alla (c en chaque lieu, pour les assembler » les jours de convocation.
Le lieutenant-particulier de police avait aussi réuni chez lui les avocats des meuniers et ceux des boulangers forains, ces deux corps d'état étant intéressés à l'essai. Les jurés de la communauté des maîtres boulangers de la ville du Mans obtinrent une ordonnance de ce magistrat pour assigner députés, meuniers et boulangers forains et les obliger à faire acte de présence aux diverses opérations de l'essai.
Le mercredi 14 juillet 1633, commença dans la boulangerie de l'abbaye de la Couture, la fabrication du pain blanc d'essai. Les autres essais eurent lieu chez les boulangers Couret et Jarry. Le premier reçut 3 sous pour avoir prêté son four.
On nous dit que le pain d'essai fut porté, sans doute avec une certaine solennité, chez « Messieurs ». Qui étaient ces personnages ? Les magistrats, les commissaires de l'essai et les échevins : c'est là notre supposition.
L'un de ces députés, M. de Fontay, s'était fait remettre « un mémoire contenant les coûts et mises qu'il convient faire pour exercer le métier de boulanger ». Il faut croire qu'il s'endormit sur ce document, car les maîtres-boulangers dépêchèrent le sergent Ory pour signifier cinq copies de requêtes « aux députés pour leur faire commandement de faire le calcul du dit essai, attendu qu'ils n'y travaillaient » pas avec beaucoup d'ardeur.
Enfin, ceux-ci se décidèrent à remettre le procès-verbal du triple essai « entre les mains de M. le lieutenant-général pour le clore ». Cette clôture fut l'occasion d'une dépense de 45 sols, non spécifiée, ce le jour que l'assemblée se fit chez M. le lieutenant-général pour arrêter le procès-verbal d'essai, en présence des quatre députés de la communauté ».
L'Hôtel-de-ville fit certaines objections à ce procès-verbal et les boulangers répondirent par un mémoire aux articulations de MM. de ville. Néanmoins les ordonnances prises en conséquence de l'essai ne satisfirent point la communauté des maîtres boulangers de la ville du Mans. Ils dépensèrent même 11 sols « pour une consultation pour savoir si les boulangers seraient bien fondés d'aller au grand Conseil ».
Ils portèrent du moins l'affaire devant le Parlement et retirèrent, à cet effet, du greffier Cherreau, le procès-verbal d'essai qui fut mis dans un sac et envoyé à Paris, à M. Bizet avocat. Ce document contenait six mains de papier.
Deux boulangers furent députés à Paris afin de poursuivre cette affaire ; ils dépensèrent, en deux voyages, 250 livres.
Le juré Rolland Landouillette fut l'un de ces députés. Pendant son absence, tandis que sa femme restait seule au logis, MM. les commissaires de l'essai s'avisèrent de faire saisir son mobilier. Pour quel motif? Nous ne le savons ; peut-être obéissaient-ils à un sentiment de vengeance ? Afin d'éviter une saisie effective, la femme de Landouillette versa de l'argent aux sergents « pour la rescousse de ses meubles qui avaient été exécutés à la requête des dits commissaires ». Elle donna en outre 33 sols aux sergents et 10 sols à leurs recors. La communauté des boulangers supporta les frais de cette saisie.
Article 3". — Les festins et les cadeaux.
Ne pas festiner à l'occasion d'une opération aussi importante que l'essai du pain eût été déroger à l'usage de ce
temps-là. On ne se fit pas faute de se régaler. Voici l'énumération de ces régals :
« Pour le mercredi 14 juillet 1633, jour que l'on commença à faire le pain d'essai dans l'abbaye de la Couture, payé, tant pour le dîner que souper à l'huissier qui assistait les jurés, que au contrôleur..., pour les deux repas : 45 sols.
« ... Le lendemain, à Saint-Vincent, jour de l'essai du pain blanc, payé chez un nommé Cherbonnet — pour le dîner du dit Le Maignen (sergent) des boulangers et meuniers, — qui a fait le dit dîner : 20 sols » .
« ... A Nicolas Morice, hôte de la Galère, pour dépense faite en sa maison par MM. les députés : 15 livres, 7 sols ». (Quittance du 19 septembre 1633).
«... Pour le vin porté chez Jarry boulanger où l'essai du pain blanc se faisait et pour le souper du meunier dit Bougreau, de Maignen et du boulanger qui fit l'essai et autres qui ont aidé à porter le pain chez MM. : 48 sols.
»... Pour autre dîner fait chez Cherbonnet lorsqu'on travaillait au dit essai : 48 sols.
» ... A Bourgneuf qui avait mesuré le blé de l'essai, pour bailler au meunier qui l'aurait chargé et pour le dîner qui en aurait coûté : 13 sols, 7 deniers ».
» ... Au boulanger qui travaillait au deuxième essai : 1 pain blanc, 1 pinte de vin dit poiré, 1 sol de beurre, le tout : 3 sols, 3 deniers.
»... Pour le diner, a été dépensé tant pour le boulanger faisant l'essai que pour les trois maîtres jurés qui y assistaient, le sergent, et autres maîtres : 3 pots de vin, 2 petites miches, 1 petit pain blanc, 2 salades de betteraves valant 6 sols : 23 sols.
» ... Au goûter dudit jour : 4 pintes de vin pour les susdits, 1 petite miche, 1 petit pain blanc et un sol de raiforts : 13 sols.
» ... Pour le souper du dit jour : 48 sols pour : 6 pintes de
vin, 1 petite miche, 1 pain blanc, 1 brochet, de la morue, des poissons fricassés, 1 potage (1).
(( ... Pour le déjeuné du lendemain, de MM. les députés qui avaient assisté à voir faire : 37 sols, 6 deniers ».
L'essai du pain noir coûta aussi quelques dîners à la caisse conjmune des boulangers :
« Déjeuner des travailleurs de l'essai : 3 pintes de vin, 7 sols 6 den., en viande, 6 sols : 13 sols 6 deniers.
» Dîner : 3 pots de vin 11 sols 3 deniers, viande et dessert 9 sols 9 den. ; une pinte de vin, au compagnon qui travaillait à l'essai, valant 2 sols, 6 den. le tout 23 sols 8 d.
» ... Le 20 septembre 1633, jour que le blé du 3« essai a été moulu, dépenses avec les députés présents à voir moudre chez Barillet : 4 livres y. Évidemment il s'agit là de dépenses de bouche.
« ... Au Conte, pâtissier, pour dépense faite, le jour que le blé du 3e essai fut criblé, pour MM. les députés.
» ... Au souper pour les officiers du dernier essai, pour une couple de pigeonneaux, 5 sols,
un gigot de mouton 6 sols,
un hutault (2) 11 sols,
pain et vin 12 sols.
«... Le 7 octobre 1633 pour le diner de Messieurs qui assistaient au dernier essai, fourni par Cherbonnet qui avait baillé des vivres : 9 livres, 5 sols ». On acheta aussi pour huit sols de perches chez Yvon, pendant que le blé se moulait au Gué-de-Maulny.
Toutes ces dépenses semblaient légitimes ; aux puritains qui y trouveraient à redire, nous rappellerions les banquets à vingt-cinq francs par tête que nos conseillers municipaux d' à-présent organisent aux frais des contribuables. Les travailleurs et les commissaires de l'essai devaient avoir chaud
(1) C'est un menu de repas en maigre ; peut-être celui du vendredi 17 juillet.
(2) Un poulet (?) Le hutaiideau était un gros poulet.
d'ailleurs devant le four où cuisait le pain ; du moulin du Gué-de-Maulny à l'abbaye de la Couture et au quartier Saint- Vincent où ils durent se transporter il y avait, comme ils auraient pu dire, une bonne « trotte ».
On était convaincu que toute peine mérite salaire et voilà pourquoi l'essai du pain obligeait à offrir des dîners et même des cadeaux.
Quelques particuliers reçoivent une couple de grands pigeonneaux d'une valeur de 50 sols ; « à un quidam qui avait fait prêter 300 livres pour être employées audit essai » il est accordé 68 sols ; on paie « quelques honnêtetés » 32 sols ; 1 pour présents taits à quelques particuliers : 4 livres » ; à Couret qui a prêté son four où a été fait l'etsai : 3 sols ; présents à quelques particuliers, 67 sols ».
Lorsqu'il s'agit du règlement des comptes de l'essai, plusieurs boulangers, nonobstant une ordonnance du bailli de la prévôté, refusèrent de payer leur taxe ; il fallut recourir à l'huissier Bourgouing pour les y contraindre. Cette ordonnance de la prévôté portait a pouvoir de resserrer, sur chaque maître-boulanger du dit métier, soixante sols pour employer aux affaires de l'essai ».
La note totale à payer atteignit un beau chiffre ; qu'on en juge!
Dépense de l'essai. . . . 436 1. 13 s. 7 d.
Non compris les vacations (1) de MM. les lieutenant - général, particulier, bailli de la prévôté et députés... revenant à. . . . 1,200 1. »» s. » d.
Plus les 2 Voyages des boulangers à Paris 250 1. »)) s. » d.
Total. . 1,886 1. 13 s. 7 d.
(1) Avant de payer les « vacations », les boulangers dépensèrent 6 sols « pour une consultation faite à l'eflet de savoir s'il était à propos de bailler argent aux juges et députés pour l'essai, attendu l'appel que les boulangers avaient interjeté au-dit procès-verbal et si tel paiement leur préj udicierait ». Nous ignorons le résultat de cette consultation.
Article ¥. — Le tarif de i64i.
En 1637, l'affaire de l'essai était encore pendante en Parlement. Enfin, le siège de la prévôté dressa un « Tableau pour les boulangers de la ville du Mans, servant à l'instruction pour savoir le prix du pain à raison de la valeur du blé, conformément à V arrêt de la Cour du 19 juin 1638, en conséquence de l'essai qui en a été fait ès-années 1633 et 1634.
« Le prix du pain blanc sera imposé sur le prix et à la raison de quarante-deux douzaines de petit pain blanc du poids de huit onces, par charge de froment, qui sera exploitée par les boulangers de cette ville du Mans, auxquels avons taxé la somme de quarante-huit sols pour leurs salaires, impenses et droits de commerce, d'exploiter chacune charge de blé froment, en outre le profit du rebelut qui leur demeurera, sans que le pain puisse hausser ni diminuer, sinon que la charge de blé froment hau^^se ou diminue du moins de quarante sols, à laquelle raison :
» Lorsque la charge de blé froment vaudra dix livres d'achats, y ajoutant ladite somme de quarante-huit sols pour les frais et salaires, ledit pain blanc du poids de huit onces vaudra six deniers ; le grand pain blanc de seize onces, douze deniers. (Suivent plusieurs prix établis sur ce tarif).
» ... Et ainsi en ascendant, lorsque la charge de froment haussera de quarante sols, le petit pain blanc de huit onces haussera toujours d'un denier... »,
« El pour le regard du pain bis, le prix y sera aussi imposé à raison de trente-six pains de chacun douze livres pesant, par charge de blé seigle qui sera aussi exploitée par lesdits boulangers, auxquels avons taxé la somme de trente sols pour leurs salaires, impenses et droit de commerce, outre le prix du son qui leur demeurera, sans que le prix dudit pain puisse être haussé ou diminué, sinon que la charge de seigle hausse ou diminue du moins de vingt sols ; à laquelle raison :
Lorsque la charge de blé seigle vaudra huit hvres d'achapt;
y ajoutant ladite somme de trente sols pour droit de cuisse (cuisson) et de commerce, le grand pain de douze livres vaudra cinq sols quatre deniers : celui de six livres, deux sols huit deniers ; celui de quatre livres, vingt-deux deniers et celui de deux livres, onze deniers... »
« Et ainsi en ascendant ; lorsque la charge de blé seigle haussera de vingt sols, le pain de douze deniers haussera toujours de sept deniers, et les autres pains à proportion ; comme à semblable, lorsque la charge de blé seigle diminuera de vingt sols le prix du pain baissera à la même raison (1).
» Nous ouï le procureur du Roi : ordonnons que le contenu ci-dessus sera gravé en une table d'airain, et mis en la chambre du Conseil de ce siège, pour y avoir recours quand besoin sera, et ce à la diligence de Guillaume Senaut, Gilles Gasnot et Antoine Lasne, maîtres jurés boulangers.
» Donné au Mans par devant nous Antoine Pousset, conseiller du Roy, bailly, prévôt et juge ordinaire, civil, criminel et de pohce de la prévôté, ville et quinte du dit lieu, le huitième jour d'avril 1641. » — Signés: Pousset et Gallois.
Il faut supposer que ce tarif satisfit la corporation car il fut « imprimé à la diligence de François Leblaye, Nicolas Rardon et Pierre Rigot, maîtres jurés et gardes des boulangers ».