LES CONFÉRENCES DE CONSTANTINOPLE
Les deux gouvernements désignèrent comme plénipotentiaires des diplomates éminents et des jurisconsultes de valeur, versés dans Tétude des délicates questions sur lesquelles ils étaient chargés de préparer une entente. C'étaient, pour la Grèce : MM. le Prince Mavrocordato, envoyé extraordinaire el ministre plénipotentiaire auprès de la Sublime Porte, Denis Sléphanos, ancien ministre de la justice et des affaires étrangères du Royaume, Michel Durulti, préfet des iles Cyclades, et Alexandre Naoum, premier drogman ad intérim de la légation royale hellénique à Constantinople ; et, pour la Turquie : Hassan Fehmi Pacha, Président de la Cour des comptes, Ibrahim Hakky Bey, Conseiller légiste de la Sublime Porte, Noury Bey, secrétaire général du ministère impérial des affaires étrangères, et Gabriel Effendi Noradounghian, Conseiller légiste de la Sublime Porte (1).
• Après une réunion préliminaire (2), tenue le 24 mars 1898 sous la présidence de Tewfik-Pacha, ministre des affaires étrangères, dans laquelle un projet de convention consulaire élaboré par la Sublime Porte fut communiqué aux représentants de la Grèce, ces plénipotentiaires, assemblés en Conférence au ministère des affaires étrangères à Constantinople, commencèrent leurs travaux le 19 nïai 1898. Ils tinrent d'abord trentetrois séances, dans lesquelles leurs délibérations portèrent sur le projet ottoman précité. A la 33* séance, tenue le 6 avril 1899, on constata que sur 55 articles que comportait ce projet, deux avaient été supprimés d'un commun accord ; quatorze avaient été adoptés, dont deux partielle-
(1) De ces huit plénipotentiaires, six seulement, trois de chaque côté, ont pris une part continue aux travaux des Conférences de Constantinople. En eiïet, Noury fiey a été très souvent en congé ou chargé d'autres missions et M. Michel Durutti, appelé, dans Tété de 1898, aux fonctions de Commissaire royal près de la Commission internationale du contrôle sar les finances helléniques, n'a pu assister qu'aux quinze premières séances.
{%) Nous disons qu'il n'y a eu qu'une seule réunion préliminaire, bien que les délégués fiellènes aient affirmé qu'il y en a eu plusieurs. Mais leurs affirmations, — d'ailleurs contradictoires, puisque dans le PrO'Memoria A communiqué par le gouvernement hellénique aux ministères des affaires étrangères des grandes puissances en avril 1899 (Livre blanc, Négociations pour la conclusion de la convention consulaire helléno-lurque^ pièce n» 4, p. 6) il est dit qu'il y a eu trois séances préliminaires, alors que la Réponse des délégués du gouvernement hellénique aux Mémoires des délégués de la Sublime Porte (p. 9) n'en signale que deux — ont reçu un démenti formel de la part des délégués ottomans qui, dans leur Réplique (p. 26), assurent quil n'y a eu qu'une seule séance préliminaire.
menl; deux autres avaient été réservés et le reste avait donné lieu à un desaccord. Sur quoi, le premier délégué de la Grèce ayant exprimé le désir de demander à son gouvernement des instructions complément ta ires, la Conférence s'est ajournée. Elle reprit ses travaux le 2 octobre 1899 et tint vingt nouvelles séances au cours desquelles la discussion porta sur un second projet ottoman auquel les plénipotentiaires hellènes opposèrent un contre-projet. Chacun de ces documents contenait des propositions irréductibles, ne comportant dans Tespril de leurs auteurs aucune espèce de transaction. Aussi bien la discussion fut stérile et n'aboutit à aucun résultat bien appréciable. Convaincus que, toute en* tente amiable sur les points qui les séparaient étant impossible, il deve* nait désormais nécessaire de recourir à l'arbitrage prévu par les accords de 1897, les plénipotentiaires mirent fin à leurs travaux le 30 avril 1900#
Les négociations gréco-turques se divisent ainsi en deux périodes* pendant la première, qui dure environ sept mois, de mai 1898 à avril 1899, avec une interruption de près de quatre mois, d'août à novembre^ après une discussion générale sur les principes à propos desquels s'af** firme le premier dissentiment, on arrive à épuiser la liste des questions sur lesquelles un accord est possible. Pendant la seconde, qui dure environ trois mois, d'octobre 1899 à avril 1900, avec une mterruption de plus de trois mois, de décembre à mars, le dissentiment de principes s'accuse davantage et se traduit en divergences profondes et définitives sur les matières les plus importantes. Nous allons serrer les négociations de plus près, en montrant les résultats positifs et négatifs auxquels elles ont abouti.
Mais auparavant il convient de dire quelques mots de la question des procès-verbaux relatant le détail des discussions qui ont eu lieu dans les Conférences de Constanlinople.
Dès le début des Conférences proprement dites, le gouvernement ottoman adjoignit à ses représentants un secrétaire, Hérante Bey Abro, chargé de la rédaction des procès-verbaux des séances. Le 19 mai 1898, les plénipotentiaires ottomans proposèrent de donner lecture du procès-verbal de la première séance, tenue ce même jour. Mais les plénipotentiaires hellènes déclarèrent qu'en ce qui les concernait, ils ne voyaient pas la nécessité de tenir des procès -verbaux officiels communs.