DEUXIEME PARTIE
avait fait faire très bonne chère, et les avait en outre régalés « d’excellentes épigrammes. »
A ces mots, la marquise fait appeler son cuisinier, et lui dit devant tout le monde : « Michelet, il me faut pour demain à mon dîner un plat d’épigrammes ».
Celui-ci salue respectueusement et se retire.
Michelet, génie culinaire, artiste même, fut fort surpris de cette demande d’un plat dont les annales de la cuisine ne faisaient aucune mention.
Ce fut en vain qu’il chercha des éclaircissements auprès des plus célèbres cuisiniers de ses amis; aucun ne put le renseigner.
Grande était sa perplexité, et son esprit à la torture cherchait en vain la formule do ce mets nouveau, lorsqu’il se souvint qu’il avait des côtelettes d’agneau à servir à son dîner.
L’idée lui vint soudainement de les accompagner des poitrines braisées, coupées en morceaux, et dressées avec les côtelettes sur une garniture. La solution était trouvée et l’épigramme créée.
Les officiers qui avaient prononcé la veille devant la marquise le mot d’épigrammes se trouvaient précisément au dîner, et à leurs questions sur ce mets nouveau qui leur était présenté, le maître d’hôtel répondit avec sang-froid : « Ce sont des épigrammes d’agneau à la Michelet. »
Tout le monde rit aux larmes de cet étrange quiproquo, et pendant un certain temps il n’y eut plus de dîner sans épigrammes.
Et voilà comment, conclut l’historien, une charmante marquise, aidée d’un cuisinier habile, se sont faits tous deux, sans s’en douter, inventeurs d’un mets nouveau qui, dans son temps, fit le bonheur des gourmets
AVRIL 221
et de 110s jours encore fait la jubilation des gastronomes.