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AVANTAGES DU RÉGIME MIXTE BIEN COMPRIS

Le régime mixte est celui qui est habituellement adopté clans notre société actuelle. C’est celui que nous recommanderons, mais en ajoutant quelques réflexions sur la manière dont il convient de le pratiquer. Notons d’abord que le régime mixte des classes aisées, en France , a pris d'une manière beaucoup trop prononcée le type animal. Beaucoup de causes ont contribué à cet état de choses.

Il y a d’abord la place prépondérante que, sous l’influence des idées de Liebig, l’aliment « viande » a pris dans les préoccupations des médecins et du public. Sans doute cet aliment a une importance capitale, mais nous montrerons plus loin qu'on ne peut lui demander qu'une fraction de ce qui est nécessaire pour satisfaire nos besoins (v. p. 61) et qu’il ne peut suffire, pour être bien nourri, de manger beaucoup de viande. Au contraire, on court ainsi au-devant de deux dangers, dont le premier est d’être insuffisamment alimenté en dépit de cet abus de viande, et dont le second est l’ensemble des prédispositions morbides que crée, nous l'avons vu, le régime carné exclusif.

Ajoutons à cela que le public est d’autant plus tenté d’abuser de la viande que les médecins font à cet aliment une place de plus en plus grande dans le traitement de beaucoup d’entre les maladies que la vie de plus en plus enfiévrée de la société moderne tend à multiplier sans cesse. L’anémie, l’épuisement général, la tuberculose sont utilement combattues par la viande sous toutes ses formes. Comment les gens bien portants ne donneraient-ils pas sur leur table une place prépondérante à un aliment si précieux pour tant de malades?

De plus, la viande, avec les formes si multiples sous lesquelles elle s’offre à nous, viandes de boucherie, abats divers, gibier, volailles, poisson, conserves, pfités, etc., est certainement l’aliment qui contribue le plus à introduire de la variété dans notre régime. Enfin, c’est aussi celui qui se prête aux préparations

LES ALIMENTS

culinaires les plus rapides. Quoi de plus promptement improvisé qu'un déjeuner dans lequel succède à une couple d’œufs une viande grillée quelconque, suivie d’un morceau de fromage ! Combien plus fastidieuse et plus longue est la préparation de légumes variés, de fruits cuits! Pour préparer un plat d’épinards suffisant pour quelques personnes, il faut un travail d’épluchage de plusieurs heures, et ce n’est pas là une des moindres causes des résistances que rencontre, non pas dans les ménages, mais dans les cuisines, le régime végétarien. Môme pour obtenir un régime mixte abondamment pourvu de plats d’origine végétale il faut, du moins dans les grandes villes, la persévérante intervention de la maîtresse de maison, et là où celte action fait défaut, et où la cuisinière est abandonnée à elle-même, on remarque que peu à peu le régime prend un type de plus en plus animal.

Ajoutons enfin que les hommes acceptent cet état de choses d’autant plus aisément que ce sont eux qui fournissent le plus de clients à un alcoolisme plus ou moins discret, et que les palais émoussés par l’abus des apéritifs et des boissons fortes ont peu de goût pour les légumes et les fruits sucrés, et recherchent plutôt les plats de viande fortement épicés ou les conserves salées (v. p. 10). C’est là un fait bien connu. D’ailleurs ce régime, par le faible volume des aliments qui le constituent, est celui qui encombre le moins le tube digestif. La sensation de plénitude et l'inaptitude au travail intellectuel qui suivent le repas sont donc de courte durée.

Pour toutes ces causes le régime mixte habituel des classes aisées a pris de plus en plus un type animal prédominant, dont l’expression la plus complète nous est fournie par le dîner d'apparat. Et à une certaine époque de l’année, combien de gens font par semaine plusieurs dîners de ce genre! Là, entre une longue série de plats de viande, se glisse, comme honteux et se faisant tout petit, un plat de légumes. Chaque convive en prend la valeur d’une cuillerée, et s il y ajoute encore à la fin du repas quelques grains de raisin ou un petit quartier de pomme, il croira en avoir fait assez.

Un tel régime n est plus mixte que de nom et offre tous les inconvénients du régime animal, tel qu on vient de les exposer. On notera que la partie dite « maigre » de nos repas n est pas un correctif à ces inconvénients. Tel qui déjeune de deux œufs, d’une viande grillée et d'un morceau de fromage se dit qu’il na mangé quwn plat de viande sur trois, et il ne s’aperçoit pas qu’au point de vue des inconvénients qu’on vient de rappeler ces trois plats se valent et ajoutent leurs effets, puisque aucun d’eux n'est d'origine végétale.

Il faut donc réagir contre cette tendance et mieux équilibrer dans notre régime la partie animale et la partie végétale. La partie animale, très riche, peu volumineuse et pauvre en matériaux alcalins, sera corrigée et complétée heureusement par un appoint végétal suffisant, qui apportera, outre sa part d’aliments, non négligeable à coup sûr, le volume et les bases alcalines nécessaires. Et ainsi on constituera une ration mixte qui sera assez riche, tout en n’atteignant pas un volume excessif, qui sera néanmoins assez volumineuse pour exciter convenablement les contractions de l'intestin, et dont la partie végétale sera assez abondante pour qu’elle puisse neutraliser par ses matériaux alcalins les acides qui prennent naissance par la combustion de nos aliments.

Pour atteindre ce résultat on peut se guider d’après les proportions relatives d’albumine végétale et d albumine animale. Soit une ration devant contenir 100 grammes d’albumine en vingt-quatre heures. On admet en général que la partie végétale de la ration doit fournir tout au plus les deux tiers de l’albumine totale, soit dans l’espèce 66 grammes, la partie animale fournissant le reste. Ainsi constituée, la ration présente un volume qui, bien que n’étant pas excessif, est

encore assez considérable. Aussi demande-t-on plus souvent à l’albumine animale à peu près la moitié et môme les deux tiers de l'albumine totale. On diminue ainsi notablement le volume de la ration, mais il ne faudrait pas dépasser cette limite. Les médecins qui ont étudié spécialement cette question estiment en général que la santé est menacée lorsque la viande arrive à couvrir quotidiennement les trois quarts du besoin d’albumine.

Nous donnerons plus loin, avec menus détaillés à l’appui, des exemples numériques de ces divers cas. Pour l’instant disons simplement que l’on devra veiller à ce que dans chacun des principaux repas les aliments végétaux soient représentés, et non pas uniquement par le pain ou des pâtes comme le macaroni ou l’éternelle pomme de terre, mais aussi autant que possible par des légumes verts, des fruits cuits ou même crus. Sans doute, il y a des époques de l’année où ce programme devient plus difficile à remplir, mais quand on veut s’y conformer, on y parvient toujours.

Tels sont les principes généraux qui doivent nous guider dans le choix et la constitution du régime. Voyons maintenant, en faisant intervenir la considération des quantités des divers aliments, comment on établit une ration.

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