Pour cette forme, v. ci-dessus, p. 59, n
3. Brehaigne = stérile. Vieux mot, d'origine inconnue, fréquent chez Baïf et Ronsard (v. Marty- La veaux. Langue de la Pléiade, I, 234 ). — Nous retrouvons ici l'idée qu'a déjà mise en avant du Bellay, dans le chapitre qui précède, sur la permanence des forces de la nature: cf. p. 115, n. 2 et p. 118, n. 1.
i. Tout ce passage est très curieux et très hardi, venant d'un
ment affectons plus d'estre veuz ^ scavans que de Testre, ne consumons pas seulement nostre jeunesse en ce vain exercice : maïs comme nous repenlans d'avoir
1. de estre (84, 92) — Yenz (57, 62, 80), veus (61, etc.) — scavans (57, 62, 75, 80), scavans (61, etc.).
humaniste aussi fervent que du Bellay. La chose est piquante, de voir cet admirateur des anciens regretter le temps qu'on dépense à s'assimUer leur idiome, afin d'entrer en possession de leurs secrets, et proclamer si franchement que l'étude des langues mortes, où se consume notre jeunesse, est le principal obstacle aux progrès de la philosophie et des sciences. — Antoine Foclin a fait entendre des regrets analogues dans l'épitre dédicatoire de sa Rhétorique Françoise (1555) « à tresillustre princesse Madame Marie, royne d'Ecosse » : « Je desireroi fort ( madame ) qu'au lieu de si grand nombre d'histoires fabuleuses, nos devanciers eussent employé une partie de leur loysir à traiter en leur langue les sciences et disciplines, et que, comme les bons jardiniers, qui pour peupler et embellir leurs vergers y transportent de greffes et entes de toutes partz, ilz eussent transféré des langues étrangères en leur vulgaire les préceptes des ars liberaus. Nous pourrions maintenant aveq bien peu de travail parvenir à la parfaite conoissance des choses, à la quelle, pour passer la meilleure part de notre vie aus langues étrangères, nous ne pouvons ataindre par aucune assiduité de labeur. Nous aurions maintenant en notre republique des Socrates et Platons en divinité de tout sçavoir, des Aristotes et Zenons en subtilité d'esprit etasseurance de bon jugement, des Demosthenes et Cicerons en éloquence et perfection de bien dire. Mais pourcc que la sotte superstition et commune ignorance du tens passé à fait que noz ancêtres nous ayent envié un tel bonheur, et méprisé un si grand honneur et avancement de leur langue : quel moyen plus honéte et plus profitable se pourroit présenter, pour nous recommander à la postérité, que de traduire les ars en notre langue vulgaire et tellement abréger le chemin à ceus qui viendront après nous, qu'aveq le lait de leurs noiu'isses ilz en puissent susser les premiers principes et elementz ? » ( Bibl. Nat. — Rés. X. 2534. ) — Rapprocher de ce passage d'Antoine Foclin ce qu'avait déjà dit Etienne Pasquicr, en 1552, dans sa Lettre à Turnèbe ( édit. de 1723, II, col. 6).
1. Es/re vcaz = paraître. Latinisme (videri). Cf. plus bas, II. II, 189 : « Je diray ( afin de n'estre veu examiner les choses si rigoreuscment sans cause)... » — Ronsard a dit de même, dans une . ode de 1551 :
Commo on void une estoile esmeue.
Qui tombe, ou qui tomber est veue...
(Édit. Blanchemain, II, 312.)
laissé le berseau et d'estre devenuz hommes, retournons encor'en enfance, et par l'espace de xx ou xxxans ne faisons autre chose qu'apprendre à parler, qui grec, qui latin, qui hébreu '. Les quelz ans finiz, et finie avecques eux ceste vigueur et promptitude qui naturel- 5 lement règne en l'esprit des jeunes hommes, alors nous procurons estre faictz phylosophes '*, quand pour les maladies, troubles d'afaires domestiques, et autres empeschementz qu'ameine le tens, nous ne sommes plus aptes à la spéculation des choses ^. Et bien sou- lo vent étonnez de la diCBculté et longueur d'apprendre des motz seulement, nous laissons tout par desespoir,
1. berseaa (57, 62, 80), berceau (61, etc.) — devenuz (57, 62, 80), devenus (61, etc.).