‹ La deffence et illustration de la langue francoyseChapitre 258 sur 449 · Theocpit (57-80), Theocrite · texte numérisé non relu

Theocpit (57-80), Theocrite

latine en France, pource qu*il nous fait bien esbahyr de ces gros et estranges motz, strophe et antistrophe*. Car jamais (paraventure) nous n'en ouysmes parler. Jamais nous n'avons leu Pindar. Mais ce pendant il crespe * les Muses bien peignées, et les arme d'un arc, comme nymphes de Diane, et du sien arc vise à frapper les princes *. Gardez le coup. Certes à la vérité vous estes quelque nombre tous forbeuz de ccste faulse persuasion de vous mesmes, de laquelle (procédant l'eage avec le jugement) vous aurez grande honte en voz consciences. £t en vous armant de noms empruntez et escorchez, et de facture (bonne certes, mais commune et facile) contrefaites des poètes lyriques et des magistri nostri de lyra en poésie, ou gardez que ne soyez poètes leriques, àirb to-j Xtipciv *. Car qui demanderoit au plus savant de vous quel instrument est et fut lyra, et la manière d'en sonner ou jouer, et la forme d'icelle, nombre de cordes et accordz, et la manière de chanter les vers dessus, ou sur la fluste, je croy que le plus habille se trouveroit moindre en cela que un petit rebequet et flusteur de vilage. Pource n'abaissez point la poésie à la menestrerie, violcrie et flageolerie. Car les poètes lyriques du passé, ne ceux du présent, ne chaqtoient, ne sonnoient, ne chantent, ne sonnent leurs vers (si ce n'est, comme le cytharin aspendien, pour eux et pour les Muses « ) mais les composoient et composent en beaux vers mesurez, qui puys après par les musiciens estoient et sont mis en musique, et de la musique es instrumens. Ce que bien donne à entendre Horace disant :

Le menostrier qui de fluste harmonique Sonne les vers du beau jeu pythonique, Premièrement, avant que de tel estre, Apprins il a, et révéré son maistre i.

Ou l'on peut veoir, que le joueur instrumentaire sonnoit es lieux et sacrifices d'Apollon les vers pythiques, que long temps par avant Pindar avoit composez. Esquelz vers appert que les Pythies, vers lyriques de Pindar, estoient jouez et sonnez par autres, et que sont deux lyrici et lyricines, comme comici et comœdL Et si vous autres me mettez en avant un Mellin, Monsieur de Saint

a. Préf. des Odes, 1550 (ëdit. Blanchemain, II, 10-13).

b. 1555 et 1556 donnent erete, qui ne si^ifle rien. J'sîdopte une ingénieuse conjecture de M. Laumonier.

c. Ode sur « la victoire do François de Bourbon, conte d*Anguien, à Cerisolet », sntistr. i (édit. Blanchemain, II, 53).

d. ATjpeîv, bavarder, radoter, divaguer.

e. Proverbe antique : allusion au cithariste d'Aspendos (Pamphylie), qui ne jouait que pour lui, sans se soucier d'dtre entendu de Tauditoire. Cf. Cicéron, II Yerr, l, xz, 58.

f . Epiêt. ad Pis. 414^15.

DE L\ L^lNGUE FRA^NCOYSE 227

l'exemple de Sennazar S gentilhomme nëapolitain. Quepleust aux Muses, qu'en toutes les espèces de poësie que j'ay nommées, nous eussions beaucoup de telles im-

1. gentilhomme (57, 62, 80, 92), gentil-homme (61, etc.) — nëapolitain (57-97J.

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