usurpée (57-97 sauf 75) — farses
1. Le conseil que donne ici du Bellay sur rintroduction de l'hendécasyllabe est bien étrange et bien obscur. L'hcndécasyllabe n'est pas en effet un genre poétique, comme l'élcgie ou Téglogue ; c'est simplement une forme rythmique, tout comme le sonnet d'ailleurs. Ainsi conçu, quelles chances pouvait avoir de s'acclimater le nouveau mètre ? Suivant la juste remarque de G. Plotz {Étude sur Joachim du Bellay et son rôle dans la réforme de Ronsard, p. 40, Berlin, Herbig, 1874), cette innovation était «si contraire aux lois naturelles de l'harmonie, qu'elle ne fut pas môme comprise », ainsi qu'en témoigne l'apostrophe duQuintil{\, ci>dessus, p. 229, n. i ). Et de fait, le conseil formulé dans la Deffence resta lettre morte, ou peu s'en faut : à peine cite-t-on la tentative de Charles Toutain, auteur d'une tragédie d'Agamemnon,' pour faire des phaleuces rimes (cf. Vauquelin de la Fresnaye, Art Poétique, II, 840, édit. G. Pellissier, p. 108), et les deux essais de Ronsard pour nous doter de la strophe sapphique (édit. Blanchemain, II, 376 et 377). Etienne Pasquier, dans un passage de ses Recherches de la France (Vil, xi), exprime une opinion qu'on peut rapprocher du précepte de Joachim : « Si nous avions à transplanter en nostre vulgaire quelques vers latins, il faudroit que ce fussent principalement ceux qui sont d'unze syllabes, que nous appelions tantost phaleuces, tantost saphiques. Il n'y a rien de si mignard que tels vers. Chose que l'Italien reconnoissant, a formé toute sa poésie sur eux. » (Édit. de 4723, I, col. 733. ) Mais dans un autre endroit du même ouvrage (Vil, vu), après avoir noté que l'ennéasyllabe présente en français « je ne sçay quelle discordance de voix, qui ne peut estre mesnagée par nous », il constate que l'hendécasyllabe n'est pas plus supportable à l'oreille, et il ajoute : « Combien que la beauté de la poésie italienne gise en ces vers empruntez des hendecasyllabes latins,... toutesfois nous n'en avons jamais peu faire nostre profit en France. » ( Même édit., I, col. 741.)