États (sens du latin respublica
3. Les Jarces et les moralités constituent, avec les sotties, le théâtre comique du Moyen Age. On remarquera que du Bellay, qui ne mentionne ni les miracles ni les mystères — dont la représentation avait été d'ailleurs interdite par l'arrêt du Parlement de
Paris du 17 novembre i5i8, — considère les moralités comme faisant alors office de tragédies. C'était déjà l'opinion de Sibilet, qui dit dans son Art Poétique, II, viii, f» 62 V» : « La moralité françoise représente en quelque chose la tragédie gréque et latine, singulièrement en ce qu'elle traitte fais graves et prlncipaus... Car en la moralité nous traittons, comme lés Grecz et Latins en leurs tragédies, narrations de fais illustres, magnanimes et vertueus, ou vrays, ou au moins vraysemblables. » Naturellement, du Bellay n'accepte pas une pareille assimilation. Il demande qu'on substitue à l'ancienne moralité la véritable tragédie, conçue d'après l'antique, comme il veut qu'on remplace les farces antérieures par de vraies comédies. Le Quintil dit à ce propos : « De comédies françoises en vers, certes je n'en sa y point : mais des tragédies assez, et de bonnes, si tu les seusses cognoistre. Sur lesquelles ne usurpe rien la farce, ne la moralité (comme tu estimes), ains sont autres poëmes à part. » Mais c'est ici Guillaume des Autelz, dans l'opuscule indiqué ci-dessus (p. 195, n. 2), qui s'est fait contre du Bellay le défenseur le plus ardent de la moralité : « De no2 poésies purement françoises encor est celle que Ion appelle moralité : laquelle je ne m'esbahis estre mesprisee des doctes gens, veu le desordre que par ignorance y commettent ceux, lesquelz indignement, et (comme Ion dit) sans laver les mains, la veulent manier : mais Ion ne peult faire que je n'estime la chose, comme elle est, sainte et vénérable. Laquelle souvent me fait souvenir de l'antique sainteté et gravité de mœurs de noz Gaulois, qui en leurs jeux n'ont voulu suivre la vanité gregoise des comédies et tragédies, mais ont eslu ce divin genre de poème, pour proposer aux yeux du peuple l'institution de la bonne vie. Il n'y ha point de faute que noz Gaulois ont tousjours, plus que tous les autres peuples, voulu démontrer les choses intelligibles et occultes par les sensibles et manifestes... Or, que la moralité (je la nommeray ainsi jusqucs à ce qu'elle ayt trouvé un autre nom) soit plus profitable que ny la comédie ny la tragédie, il en appert, pource que ces deux tendent plus à la corruption que à la bonne information des mœurs, l'une proposant tout exemple de lascivité, l'autre de cruauté et tyrannie. Pource est il que François Patrice les estime non seulement inutiles, mais aussi pernicieuses aux bonnes mœurs, et pource ne les veult recevoir au théâtre de sa republique. » Suit une défense des personnages allégoriques de la moralité. Puis des Autelz conclut : « Au demeurant, nous y mettrons tout l'artifice nécessaire qui est le plus autour du décore des circonstances, l'enrichirons de diverse érudition, toutefois facilement declairee, laborerons sus tout à mouvoir les affections, et illustrerons fréquemment noz propos de sentences populaires. Croyez que ce poëme tel que je le veux, encor qu'il ne soit tant amlgnardi de curieuses figures que les autres, pour n'estre obscur au peuple, devant lequel il est proposé, ne devra point estre
je seroy' bien d'opinion que tu t'y employasses *, et si tu le veux faire pour Tornement de ta langue, lu scais ou tu en doibs trouver les archétypes '.