meseures (57, 62, 80), mesures (61, etc
pièces à rimes plates ou suivies, cette règle est devenue la règle de Valternance des rimes. A partir de 1555 environ, les poètes de la Pléiade, entraînés par l'exemple de Ronsard^ ont presque toujours régulièrement appliqué cette règle, qui a fini par prévaloir comme un principe constitutif de notre versification. Mais l'alternance est antérieure à la Pléiade : on la trouve déjà formulée dans un art de rhétorique anonyme qui date de 1524 ou 1525, et dont Tauteur — un disciple de Molinet — fait un mérite à « monseigneur Crétin, père des orateurs modernes », d'en avoir usé dans ses œuvres, et notamment dans son Recueil des Cronicques de France (v. Langlois. De artibus rhetoricae rhyihmicae, p. 84 ; cf. du même auteur. Recueil d'arts de seconde rhétorique, p. 270, et ce qui est dit dans V Introduction, p. lxxvii-lxxxv). D'autre part elle est appliquée par certains rhétoriqueurs ( Octovien de Saint-Gelays, Jean Bouchet de Poitiers) et même certains marotiques (Germain Colin Bûcher, Barthélémy Aneau ). Si Tobligation de Falternance dans les rimes est devenue pour la Pléiade un des articles essentiels de sa réforme, on voit par la Deffence que cet article ne figurait pas tout d'abord dans son programme.
i . La plus ancienne édition des Psaumes de Marot, d'après Btunei {Man. du Libr., III, col. 1461), est la suivante : Psalmes de David, translatez de plusieurs autheurs, et principalkment de Clément Marot, Anvers, Ant. desGois, 1541. Elle comprenait trente psaumes. Une autre édition plus complète fut donnée à Paris en 1543 : Cinquante Pseaumes enfrancoys, par Clément Marot. — On remarquera que le xvi' siècle employait indifféremment les deux formes psalme et pseaulme (R. Ëstienne, Dict. fr.-lat., 2* édit., 4549 : «Psalme ou pseaulme, psalmùs»). D'après Palsgrave [Esclarc, édit. Génin, p. 21-2^, on écrivait p«i<me et prononçait salme. Ronsard dit psa2me, comme du Bellay [Poëmes, liv. I*', édit. Blanchemain^ VI, 126 : « et quelque psa2m« entre les meurtres chantent»). La Croix du Maine (réimpr. de 1772, I, 156) écrit encore en 1584, dans son article sur Clément Marot : « Il a traduit les Psalmes de David, selon la traduction que lui en faisoit en prose françois [sic] Melin de S. Gelays, et autres hommes doctes de ce temps-là. » — Sur les Psaumes de Marot, cf. 0. Douen, Clément Marot et le psautier huguenot, Paris, 1878-1879, 2 vol. in-4.
2. Cf. Pasquier, Rech. de la Fr. Vil, vn : « Je ne passeray soubs
se IrouveiToinl à la fin des vers ^ Je Ireuve - cete dili-
1. se trouverroint (80), se trouverroient (57, 62), se trouveroient (61, 69, 73, 84), se trouveroyent (75, 92,97) - Je trouve (69-97 sauf 80) ceste (61-97 sauf 80).
silence ce que j'ay observé en Clemenl Marot. Car aux poèmes qu'il estimoit ne devoir eslre chantez, comme epistres, élégies, dialogues, pastorales, tombeaux, epigrammes, complaintes^ traduction des deux premiers livres de la Métamorphose, il ne garda jamais Tordre de la rime masculine et féminine. Mais en ceux qu'il estimoit devoir ou pouvoir tomber soubs la musique, comme estoient ses chansons et les cinquante Pseaames de David, par luy mis en françois, il se donna bien garde d*en user de mesme façon, ains sur l'ordre par luy pris au premier couplet, tous les autres furent de mesme cadence, voire que le premier couplet estant ou tout masculin ou tout féminin, tous les autres sont aussi de mesme. » ( Édit. de 1723, I, col. 714.) — C'est la même raison musicale qui convertit Ronsard à la règle de la succession invariable des rimes masculines et féminines. Il écrit en effet dans son Art Poétique, texte de 15G5 (cdit. Blanchemain, VIT, 320): <( Après, à l'imitation de quelqu'un de ce temps [Jean Bouchet ?
— Le texte de 1567 porte : « à mon imitation »], tu feras tes vers masculins et fœminins tant qu'il te sera possible, pour estre plus propres à la musique et accord des instrumens, en faveur desquels il semble que la poésie soit née ; car la poésie sans les instrumens. ou sans la grâce d'une seule ou plusieurs voix, n'est nullement aggreable, non plus que les instrumens sans estre animez de la mélodie d'une plaisante voix. Si de fortune tu as composé les deux premiers vers masculins, tu feras les deux autres fœminins, et parachèveras de mesme mesure le reste de ton elegie ou chanson, à fin que les musiciens les puissent plus facilement accorder. » En 1507, il ajoute ce paragraphe, qui formule avec toute la rigueur possible la règle de l'alternance des rimes (édit. Marty- Laveaux, VI, 460) : « Tu feras pour une reigle infalible tes carmes masculins et fœminins achevant tousjours ton œuvre par telle mesure, estant en ton choix de commencer par les deux premiers masculins ou fœminins, et si lu commences par les deux fœminins, les deux ensuyvans seront masculins, les autres après fœminins, les autres masculins, en gardant ceste reigle jusques à la fin. »
— Sur l'observation de cette règle dans Ronsard, v. l'article cidessus mentionné de MM. Ch. Comte et P. Laumonier.
1 . Dans cette fin de phrase, qui manque de clarté, l'auteur veut dire que, si tous les couplets n'eussent pas offert exactement la même disposition rythmique, les mêmes mesures et les mêmes rimes, il eût fallu varier pour chacun d'eux le thème musical.