‹ La deffence et illustration de la langue francoyseChapitre 5 sur 449 · PRÉFACE VII · texte numérisé non relu

PRÉFACE VII

pas le choix : ce texte s'imposait. L'apparition de la Dejfence au mois d'avril 4549 est, dans notre histoire littéraire, une date essentielle, un véritable événement, puisque ce manifeste fonde le classicisme. L'édition publiée alors est d'ailleurs la seule que du Bellay ait donnée et revue lui-même. Cette double considération fait comprendre de suite combien grande est Terreur de ceux qui se sont attachés à rééditer la Dejfence d'après les textes de 15G9, de 1575 ou de 1597. Ce n'est pas à dire que l'édition princeps soit irréprochable. Il s'en faut de beaucoup. Le petit volume, sorti de la « bouticque » d'Arnoul l'Angelier, se présente assez mal : l'impression est grossière ; les caractères sont empâtés, et les fautes ne sont pas rares. Les lettres ornées qui commencent les chapitres ne suffisent pas à donner à l'œuvre un cachet artistique. Si négligée qu'elle soit, cette édition est capitale, et j'ai tenu, par scrupule d'éditeur, à la reproduire orthographiquement avec plus de rigueur encore et plus de minutie que ceux qui m'ont précédé. Je ne me suis permis de modifier le texte que lorsque j'étais en présence de fautes manifestes, d'erreurs patentes * : et dans ce cas, le lecteur est prévenu par l'appareil critique, et quelquefois même par le commentaire.

1. Exemples : proférés pour préférés (p. 51)) ; grande pour grande (p. 67 ) ; est pour et (p. 88, 112, 118) ; passey -pour passer (p. 89); Enuie pour Ennie (p. 108); Schytes pour Scythes (p. 138); il s'attendoint pour Hz s'attendoint (p. 152) ; parvanture pour paravanture (p. 157) ; qu'ayid à pour quand à (p. 172) ; aptes pour après (p. IDO); fonde pour sonde (p. 199); aujeus pour aux jeu z (p. 244); incor^rupti bile pour incorruptible (p. 246) ; avoit pour avoir (p. 250) ; si ont pour si on (p. 272) ; quelque manières pour quelques manières (p. 281) ; taictent pour traictent (p. 309) ; à pour a et inversement {passim).

vin PRÉFACE

Toutefois, je n'ai pas cru que rexactitude me fit un devoir de conserver ici certaines particularités bizarres de rédition originale. A l'exemple d'Ackermann, je me suis abstenu de garder dans mon texte ces majuscules arbitraires dont se parent capricieusement, dans le volume de 1549, substantifs, adjectifs et pronoms. Je n'ai pas maintenu davantage le système suranné des abréviations paléographiques ^ J ai substitué résolument une ponctuation logique à la ponctuation fantaisiste de TAngelier, qui sème les virgules à tort et à travers. Enfin, suivant un principe admis couramment et dont la clarté n'a qu'à s'applaudir, j'ai distingué partout le j de Vi et le v de l'a. Sous ces réserves, le texte de cette édition, je crois pouvoir le dire, est d'une entière fidélité.

II. L'appareil critique. — Ce texte est complété par un appareil critique, qui relève les variantes de toutes les éditions du xvi* siècle. On peut classer ces éditions en trois groupes distincts :

1° Les éditions données par les Angeliers, Arnoul et Charles, et par leur successeur, Lucas Breyer, « tenant sa boutique au second pillier de la grand'salle du Pallais » (1557, 1562, 1580). Parmi ces éditions, qui ne sont guère plus luxueuses que l'édition prmceps, il y aurait lieu de tirer du pair celle de 1557, puisque c'est la seconde — et aussi la dernière — publiée du vivant de l'auteur, si l'on était certain qu'elle a passé sous ses yeux. Rien n'est moins sûr : il se pourrait

1. Exemple : c Barbares anciencment etoint nommez ceux % leptemSt {loint grec. »

PRÉFACE I3t

(et j'incline pour ma part à le croire) qu'elle ait vu le jour, sinon à son insu, du moins en son absence, avant son retour d'Italie. L'édition de 1580 est, de toutes les éditions posthumes, celle qui se rapproche le plus du texte primitif, dont elle est séparée par trente an» d'intervalle. Pourtant elle fait des emprunts, et pas toujours heureux, à celle de 1557. Quanta l'édition de 1562, — un vol. in-4 en lettres italiques, — c'est avant tout de celle de 1557 qu'elle procède, mais elle adopte un certain nombre de corrections orthographiques innovées par Morel l'année précédente, et sur quelques points elle innove elle-même.

2® Les éditions données par Fédéric Morel (1561, 1569, 1573). Ce sont les plus soignées. On sait la place de Morel dans la corporation des imprimeurs parisiens et le soin diligent qu'il prenait des livres confiés à ses presses ^ L'édition in-4 de 1561, qui se trouve être la première édition posthume de la Deffence, est la plus belle de toutes. L'exécution typographique est remarquable : c'est plaisir de lire un vieux texte dans un pareil volume. De format plus petit et de caractères plus fins, les éditions de 1569 et de 1573 ne plaisent pas moins par leur correction et leur netteté. Sans doute, Fédéric Morel, d'accord avec les anciens amis du poêle, a, pour le goût du temps et les vœux du public, rajeuni l'orthographe de la Deffence ; mais il l'a fait presque toujours avec une méthode, un discernement, et même une unité de vues, qu'on ne saurait

1. Cf. Joseph Dumoulin, Vie et œuvres de Fédéric Morel, imprimeur à Paris depuis 1557 jusqu'à 1583. Paris, J. Dumoulin et A. Picard,

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