‹ La deffence et illustration de la langue francoyseChapitre 76 sur 449 · tant d'autre figures (49), tant de autres · texte numérisé non relu

tant d'autre figures (49), tant de autres

i. « Accorde ce lieu. Car une mesme chose n'est en deux subjetz contraires comme sont motz propres et figures. D'avantage, si éloquence gist ou tu la couches, elle' n'est pas logée chés toy, qui presque par tout uses de motz impropres, non receuz en commun usage de parler, et desquelz aussi on n'a que faire : comme en cest endroit mesme, contrevenant à ton enseignement, tu dis aliènes pour esiranges, escorchant là, et par tout, ce pouvre latin, sans aucune pytié. » (Q. H.) — Si du Bellay « écorche le latin >i (aliénas) en usant ô^aliéne au sens d'étranger, d'autres l'ont écorche avant lui. Ce mot, sous les formes alien, allien, aliène, n'est pas rare au Moyen Age : Godefroy en cite sept exemples (dont ce vers du Saint-Alexis, xio s. : « Filz, fies deduiz par aliènes terres »). Je l'ai rencontré d'autre part dans Bonav. des Périers, Lysis : «Lesquelles choses... nous seroient aliènes et estranges. » (Édit. L. Lacour, I, 20 : cf. un autre exemple, I, 44.) Ce qui peut-être (?) est propre à du Bellay, c'est la construction du mot avec un régime (aliène de = étranger à). En tout cas, Godefroy qui, de cette construction, rapporte trois exemples postérieurs à la Z)ejO'V?wce(Amyot, d'Ossat, Monet), n'en mentionne aucun d'antérieur. Du Bellay s'est servi plusieurs fois du mot aliène dans son ouvrage (cf. plus bas, II, IV, 219 : « Je te veux estre aliène de mal dire » ; — 11, vu, 263 : « La rythme de notre poète sera... propre, non aliène » ; — II, XI, 316 : « Tant d'exccllens ouvraiges... aliènes de ce genre d'écrire » ). Ce mot, bien que déjà proscrit du bel usage, n'avait pas tout à fait encore disparu de la langue au milieu du xviic siècle, puisque Bouhours croyait devoir le condamner : « Aliène n'a aucun bon sens en notre langue... et c'est parler latin en françoisquede dire : Je n'en suis pas aliène. Aussi pour l'ordinaire ceux qui le disent, savent plus de latin que de françois. » (Cité par Godefroy.)

2. Sur les diverses figures dont il est ici question, v. Gicéron, De Orat. III, xxxviii-xliii, et surtout Quintilien, Inst. Oral. VIII, vi.

3. Figure de rhétorique, qu'il n'est pas bien aisé de définir exactement. Ce mot d'énergie peut désigner en effet : — !• la figure qu'Aristotc appelle ivépyeia (Rhet. III, xi, 2-4), et qui consiste à rendre les choses, pour ainsi dire, animées et vivantes par un style tout en action. Cf. Quintilien, Inst. Orat. VIII, m. 89 : « èvépyeia... (est enim ab agendo dicta)... cujus propria sit virtus, non esse, quae dicuntur, otiosa » ; — 2" la figure que Denys d'Halicarnasse appelle èvàpreia (Jug. sur Lys. 7), et qui consiste à

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et omemens, sans les quelz tout oraison et poëme sont nudz, manques et débiles * : je ne croyray jamais qu'on puisse bien apprendre tout cela des traducteurs, pour ce qu'il est impossible de le rendre avecques la mesme grâce ^ dont l'autheur en a usé ^ : d'autant que cha-

1. ornements (62) — les quelz (57, 80), les quels (62), lesquclz (61, 69, 73), lesquels (75, etc.) — tout oraison (49, 57, 80), toute oraison (61, etc.)

— poème (57, 62, 80), poëme (61, ete.).

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