‹ La divine comédie traduite et commentéeChapitre 11 sur 314 · Francesco da Buti. Mem. della vita di Dante, parag · texte numérisé non relu

Francesco da Buti. Mem. della vita di Dante, parag

Dante dans sa carrière politique. Cette Gemma est-elle la jeune femme dont la tendre sympathie avait ému et attiré Dante quelques mois auparavant? Noble, belle et sage, elle semble répondre au portrait qu'en avait fait le poète. Il est donc plus que probable que c'est cette douce et compatissante personne, qui lui avait apporté une première consolation au milieu de son chagrin, qui lui procura bientôt les joies du foyer, qu'il devait perdre si vite et pour jamais.

On peut donc dès à présent comprendre le culte que Dante voue à Béatrice. D'abord, sa beauté le frappe et le captive, sans qu'il se rende compte lui-même de ce qu'il éprouve pour elle. Son imagination s’exalte et fait de la fille de Portinari une femme au-dessus de toutes les autres, l’idéal de ses rêves. Son admiration augmente et devient telle, que sa seule faveur, le seul bonheur auxquels il ose aspirer, c'est de l’adorer et de célébrer ses vertus et sa grâce. Ce culte absorbe ses pensées et étouffe tout sentiment d'amour humain, comme il le dit lui-même. C'est le poète qui voit ce que crée son génie. Béatrice meurt. Dante reste accablé, et à ce moment, mais à ce court moment seulement, il confond, dans sa douleur, la femme aimée et l'idéal rêvé: les pleurs qu'il verse sont bien d'un amant, car la nature a repris ses droits (Dante a vingt-six ans). C'est l'homme qui pleure sa maîtresse autant que le poète son idéal. Mais une autre femme s'empare de son cœur et de ses sens et vient sécher ses larmes, tandis que son esprit, ses aspirations montent vers Béatrice et vont chercher son âme heureuse dans le paradis où il la devine et la divinise. Il épouse Gemma et se plonge de nouveau dans l'étude pour devenir digne de parler plus tard de Béatrice « comme on n'aura jamais parlé d'aucune femme ». Il annonce ce projet à la fin de la Vie Nouvelle, et l'on ne peut assez admirer la modestie de cet homme qui, doué d'un génie qui l'avait déjà placé au premier rang parmi les poètes et lui avait attiré l'admiration de tous-ses contemporains, instruit dans toutes les connaissances de son temps, sachant tout ce que les plus doctes savaient à cette époque, avoue n'être pas encore digne d'écrire comme il ambitionne de le faire et déclare qu'il va se remettre ardemment au travail avant de reprendre la plume. Désormais, Béatrice n'existe plus que dans l'esprit du poète : c'est lui qui l'imagine el la voit dans ses aspirations vers un autre monde.

Boccace prétend que la femme de Dante était d'humeur acariâtre et maussade et que c'est son caractère désagréable qui fut cause de leur séparation. Mais rien n'autorise cette accusation, et, dans ce passage de sa Vie de Dante comme dans plusieurs autres, l'auteur du Décaméron s'est avancé bien légèrement. Au contraire, comme l'a dit un spirituel écrivain, il est probable que les deux époux

vécurent assez bien ensemble, puisqu'ils eurent sept enfants. Quant à leur séparation, l'exil la rendait inévitable; car dans ses douloureuses et pénibles pérégrinations, Dante ne pouvait emmener sa famille, qui, d'ailleurs, trouvait protection à Florence, grâce à l'appui de Corso Donati, alors très influent.

Gemma semble même s'être intéressée vivement aux travaux de son mari, puisque, lors de la confiscation de ses biens, c'est elle qui sauva les sept premiers chants de l'Enfer, avec d'autres papiers importants et quelques objets précieux. Ce fait prouve que Dante, avant d'être exilé, avait déjà travaillé à /a Divine Comédie :.

En 1291, année probable du mariage de Dante, avait lieu le priorat de Giano della Bella. Les prieurs, magistrats créés en 1282 par les corporations des arts, alors toutes-puissantes à Florence, étaient au nombre de six. Nobles ou vilains, ils ne pouvaient être élus que s'ils étaient inscrits sur les registres de quelque art; leur autorité durait deux mois.

Giano della Bella était de famille noble, mais ses opinions, tout à fait démocratiques, l'avaient fait chef du parti populaire. Son passage au pouvoir fut marqué par des règlements nouveaux, qui tous avaient pour but de diminuer les prérogatives de la noblesse et d'établir l'égalité parmi tous les citoyens de Florence. Il divisa la ville en vingt compagnies, dirigées chacune par un gonfalonier et réunies sous la présidence d'un gonfalonier suprême. Ces compagnies devaient seconder la justice contre les nobles, qui s'y soustrayaient fréquemment les armes à la main. On connaît cette organisation sous le nom d'Ordinamento di justizia.

Giano della Bella fit plus; il exclut de toute fonction publique les nobles qui ne se feraient pas inscrire dans quelque corps de métier, Dante, qui était noble par son aïeul le chevalier Cacciaguida, se soumit à cette ordonnance, car il tenait à honneur de servir sa patrie par les conseils aussi bien que par les armes. Il sc fit inscrire sous le matricule de l’art des physiciens, c'est-à-dire des médecins et des pharmaciens, sixième art majeur “, où l’on voit celte désignation (1295): DANTE ALIGHIERI, poela fiorentino*.

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