Passage de l'Antenora à la Tolomea
45. L'origine de ce vent est expliquée dans le chant suiv. (50-51).
L'Enrer XXXIII 233
le cœur, afin de me soulager un instant avant que de nouvelles larmes viennent glacer de nouveau mes yeux. » « Tu veux que je te soulage ? Dis moi donc qui tu es, et si ensuite je ne te dégage, puissé-je aller aussi au fond de cette glace!» Il reprit : « Je suis Frère Alberigo, celui des fruits du mauvais jar- « din #; et je reçois ici datte pour figue ‘. »
€ Oh! — lui dis-je — tu es donc déjà mort? » 11 reprit : « Ce que « devient mon corps dans le monde, je n'en sais rien.
< Mais tel est le privilège de cette Tolomea : souvent on y tombe « avant même qu'Atropos vous y envoie #8.
« Et comme j'ai hâte que tu enlèves de inon visage ces larmes gla- « cées, sache quel est le résultat d'une trahison comme la mienne :
« tandis qu'un démon fait agir le corps sur la terre, pendant le « temps qu'il lui reste à vivre,
« l'âme tombe dans ce glacier que tu vois. Peut-être que le corps de « l'ombre qui gèle là derrière moi est encore là-haut.
« Si tu viens seulement de descendre ici, tu dois le savoir : c'est Ser « Branca d'Oria ‘. Voilà plusieurs annécs qu’il est figé ici. »
« Je crois — répartis-je — que tu me trompes, car Branca d'Oria « n'est pas mort le moins du monde : il mange, dort, boit et s'habille. »
« Lorsque Branca laissa dans son corps un diable à sa place — « reprit ce damné — Michel Zanche n'était pas encore arrivé dans la « fosse des Malebranche ?,
« où bout la poix tenace. Un de ses parents, qui fut complice de sa « trahison, a partagé le mème sort.
« Et maintenant, étends la main, ct ouvre moi les yeux. » Mais je « me gardai bien de les lui ouvrir, et je fus courtois en lui étant « discourtois.*
Ah ! Génois! Hommes grossiers et vicieux, que n'êtes-vous bannis du monde |
J'ai vu l'homme le plus pervers de toute la Romagne, et, auprès de lui, c'est un de vous que j'ai trouvé, l'âme plongée dans le Cocyte, tandis que là-haut, sur Terre, son corps paraît encore vivant.
AR
16. Frère Alberigo, de la famille Manfredi de Faenza, s'élait fait frère godente. (Voy. Enf., XXIII.)
Un de ses cousins lui donna un soufflet qu'il feignit de pardonner, et.pour compléter la réconciliation, il invita ce cousin à un repas somptueux. « Qu'on apporte les fruits!» sécria-t-il au dessert. Cette phrase élail un signal convenu avec des assassins qui sortirent de leur cachette et tuèrent le cousin d'Alberigo ainsi que son fils. C'est de là que vient la locution : goûter les fruits du frère Albéric.
17. Recevoir datte pour figue, prov. ital. qui signifie : ètre payé avec usure,