Dante citera dans le Purgatoire les deux autres Parques
19. Branca d’Oria, de Gënes, assassina son beau-père Michel Zanche pour lui prendre la judicature de Logodoro, en Sardaigne, mais il ne profita pas longtemps de son crime, car cette judicature ne tarda pas à Ctre partagée entre Pise et Gênes. (Voy. Ch. XXIL, 81-90 et note 1.)
20. Cette fosse est la 5° du Cercle VIII, où bouillent dans la poix ceux qui ont trafiqué de la justice et du pouvoir, et où Dante a vu Michel Zanche (XXII, S8-Y1). Malebranche, les diabl:s de Malebolye. (Voy. XXE, 37.)
21. Manquer de parole envers un damne est une preuve de justice et de vertu (Fr).
(A) Ugolin des Gucrardeschi, comte de Donoratico, chef des Gibelins et premier magistrat de Pise d'où il avait chassé le gouverneur Nino Visconti voy. Purg., VIII, 53), ambitionnait de fonder une principauté héréditaire avec l’aide de l'archevèque Ruggieri Ubaldini, à qui il confia son projet. Mais Ruggieri, loin de le suivre dans cette voie, et tout en lui faisant un accueil hypocrite, se tourna bientôt contre Ugolin, l’accusa d’avoir trahi à la bataille de la Meloria (1276) et d'avoir livré à Florence et à Lucques les fameux chateaux de Pise, dont Dante va parler plus loin. Il excita le peuple en dévoilant les projets ambitieux du comte, et agit auprès de Guido de Montefeltro, devenu gouverneur de Pise, pour qu'il fit enfermer Ugolin avec ses trois fils et un petit-fils, d’autres disent avec deux fils et deux petits-fils, dans une tour dont la porte fut clouée et les clés jetées dans l'Arno : ceci se passait en 1288. — La famille d'Ugolin n'est pas éteinte. Elle est mème brillamment représentée, encore aujourd'hui par le comte Albert della Gherardesca, grand-maitre de la maison de Mgr. le duc d’Aoste, gentilhomme toscan qui jouit d’une grande popularité pour son intelligence, son esprit et ses manières. (Voy. Villani, liv. VII chap. 120-127, et Boccace.)
(8) La tour d'Ugolin est depuis longtemps tombée en ruines, et la prétendue Tour de la faim montrée aux étrangers est aussi peu authentique que le tombeau de Roméo et Juliette offert à la naïve crédulité des touristes el qui, naguère encore, inspirait des pages émues à un compositeur français peu au courant des histoires italiennes. Les archéologues ont cherché cette tour sur la place des Cavaliers, dans le Palais communal et ailleurs encore; mais M. Rosini croit en avoir retrouvé la base sur l'ancienne place degli Anziani, appelée aujourd'hui place des Cavaliers. Elle s'appelait autrefois la tour des Gualandi, nom d’une famille ennemie d’Ugolin, citée quelques lignes plus loin.
(c) La légende — quelle légende, si folle qu'elle soit, ne triomphe pas des faits historiques les plus authentiques, des raisonnements Îles plus logiques ? — veut qu'Ugolin ait dévoré ses enfants. Et cette légende n'a d'autre base que le vers de Dante :
Poscia, più que il dolor, potè il digiuno
Quoi de plus clair, de plus simple que cette phrase? La douleur ne m'avait pas tué, s'écrie Ugolin, c'est. la faim qui me tua ! Quel admirable cri de désespoir et d'amère et humiliante colère ! Quelle lamentable preuve que la chair l'emporte sur l'esprit, la matière sur le cœur! Il n’est hélas! que trop vrai qu’on meurt plus souvent de faim que de douleur. — Vincenzo Galileo, père du fameux Galilée, a mis en musique au seizième siècle l’épisode d'Ugolin, mais cette œuvre est tombée dans l'oubli aussi vite que la déplorable Françoise de Rimini de MM. Jules Barbier et Ambroise Thomas, jouée douze fois à l'Opéra de Paris. Un poète allemand Gerstenberg a commis un drame en cinq actes, Ugolin, qui ne vaut pas mieux. D'ailleurs lorsque Dante veut exprimer un fait, si monstrueux soit-il, il ne recule pas devant le terme cru. Témoin l'épisode de Marie, fille d'Eléazar (Purg. XXIII, 40).
(D) Dans son traité De Vulgari Eloquio, Dante établit la division de l'Europe méridionale en trois parties d'après la manière de dire oui: oc en Espagne, oi en France, si en Ilalie, et il ajoute qu'au treizième siècle on appelait langue d'oc le sud de la Loire et langue d’oil le nord.
L'Enrer XXXIII 235
(E) Si l’on ne regarde que sur une carte géographique la Capraia et la Gorgone, ces deux files, la Capraia surtout, semblent trop éloignées des bouches de l’Arno, et l’on est tenté de reprocher à Dante une image trop cherchée, et même fausse. Mais si l’on contemple ces deux petites îles du haut de la tour penchée, comme on pouvait le faire au temps de Dante, non pas de cette tour mais en se plaçant sur une des nombreuses tours élevées sur les remparts de Pise (châteaux livrés par Ugolin, 86), on comprend combien il appuie son imprécation vengeresse, son vœu terrible, sur une image juste et saisissante. En effet, on s'aperçoit alors que la Gorgone semble prête à fermer l'Arno, et la Capraia à la suivre pour former une digue contre les eaux de l'Arno, les refouler et engloutir Pise.
(Fr) On a déjà vu plusieurs fois que les damnés ne méritent que mépris et haine vigoureuse impitoyable, de la part des justes. Ici Dante va plus loin encore, puisqu'il déclare qu'il est honorable de les tromper et de leur manquer de parole. L’émotion de certains damnés n'est jamais que folérée par Virgile, qui fait semblant de ne s’en point apercevoir et ne la partage pas. Souvent même le poète latin la blâme sévèrement. Une dureté de Dante envers Philippe Argenti lui vaut les louanges attendries de Virgile : « Ame fière, lui dit-il en l'embrassant, bénie est celle qui t'enfanta! » (Chant VII, 41-45.) Un moment de pitié pour Amphiaraüs lui attire cette verte remontrance : « Es-tu aussi semblable à ces insensés ? Ici c’est quand elle est bien morte que « vit la pitié ‘piété) : est-il un plus grand crime que d'être ému de compas- « sion envers ceux qu'a frappés le jugement de Dieu ?» (Ch. XX, 27-80.)