Ottokar Il et son fils Wenceslas IV, rois de Bohème (c
16. Celui qui a un nez camard, c'est Philippe le Hardi, surnommé aussi le Camus, mort de douleur à Perpignan, pour avoir été réduit à fuir en « déflorant les lys » de France. Son voisin, c'est Henri le Gros, roi de Navarre, beau-père de Philippe le Bel, « fléau de la France »,comme il va l'appeler (b)... qui fait de sa main un lit pour sa tête, dit Dante. (Voy. XIT, 15.)
17. Celui qui est « de forte corpulence, c'est Pierre II1 le Grand, roi d'Aragon (6). —
Le PurGAToOIRE VII 277
« Si le jeune prince, assis derrière lui, avait régné plus longtemps, « la valeur de leur race aurait été bien transmise de vase en vase “.
« Malheureusement on ne peut en dire autant de ses autres héritiers, « car Jacques et Frédéric possèdent ses royaumes, mais non pas le « meilleur de l'héritage ‘®.
« Car il est rare que les vertus humaines se reproduisent dans les « rameaux : Celui qui les dispense le veut ainsi, afin qu'elles lui soient « demandées.
« Ce que je dis s'applique aussi bien à celui qui a un grand nez qu'à « celui qui chante avec lui — et qui est Pierre — puisque déjà la Pouille « et la Provence se plaignent de son successeur 2°.
« Autant la plante produite par sa semence est au-dessous de sa « vertu, autant Béatrice et Marguerite sont moins heureuses en mariage « que Constance ?!.
« Enfin, seul, assis un peu plus bas, voilà le Roi à la vie simple, « Henri d'Angleterre”. Lui au moins est plus heureux dans ses « rameaux;
«et, encore au-dessous, assis sur le gazon et les yeux levés, vous « voyez le marquis Guillaume #3, cause de la guerre d'Alexandrie
« qui fit pleurer Montferrat et le Canavese ».
NOTES COMPLÉMENTAIRES
(A) Lombardi a découvert, dans une certaine Vie de Virgile, attribuée à Donatus Aelius ou Claudius Tiberius vers le IV- siècle — et, du reste, fourmillant d'inexactitudes —, la phrase suivante qui est peut-être la source du vers de Dante : « Translata jussu Augusti Virgilii ossa Neapolim fuere sepultaque. »
(8) C'est l'expression biblique qu'emploie Dante en disant : « revélu des « vertus » : « Et secondum 8e weslitit illum virtute. » (Ecclés., XVII, 2.)
(c) C'est d’après Villani que Dante place Rodolphe parmiles Négligents.
L'homme au grand nez » est Charles [+, roi de Sicile (Pr). Dante leur fait accorder ensemble leurs deux voix, bien qu'ils aient été ennemis farouches sur la Terre; c'est pour indiquer qu'une fois là toute haine s'éteint et les âmes s'unissent pour chanter les louanges de Dieu et aspirer à la purification.
18. « Le jeune prince » c'est Alphonse Lil, roi d'Aragon, fils aîné et successeur de Pierre LIF. 11 mourut à 29 ans, sans enfants, après sept ans de règne (G).
49. Jacques II, deuxième fils de Pierre III, roi d'Aragon; Frédéric I*, troisième fils de Pierre III, roi de Sicile (G bis).
20. La Pouille et la Provence furent mal gouvernées par Charles Il, fils et successeur de Charles [+ « au grand nez. » (4).
21. Constance, fille de Manfred, encore vivante en 1300, avait eu un meilleur mari (Pierre III) que Béatrice, fille de Raymond Bérenger, et Marguerite, fille d'Eudes duc de Bourgogne, qui toutes deux épousèrent successivement Charles I d'Anjou. (H bis).
22. Ilenri III, roi d'Angleterre. Dante le loue ici surtout à cause de sa vie simple, vertu rare sur le trône, et le félicite au sujet de son fiis et successeur Edouord I*.
23. C'est le marquis Guillaume de Montferrat, qui n'étant pas roi, est assis plus bas que les autres, « par terre » dit Dante. Sous le nom de Guillaume IV, il régna sur Île Montferrat (Piémont) et fut surnommé le Grand. Captif à Alexandrie della Paglia (duché de Milan), il mourut enfermé dans une cage de fer, ce qui suscita une guerre vengeresse dirigée par son fils Jean avec l'aide des habitants du Canavese (dans le Montferral).
278 LA Divine ComÉpye
« S'il avait voulu — dit cet historien — passer en Italie, rien ne l'en aurait empêché » (VII, 64}. (Voy. chant précédent, note Fr). Rodolphe comte de Habsbourg avait d'abord fait partie de la suite de Premislas, Ottokar II, roi de Bohême: c'est lui que Dante voit ici. Mais Ottokar ayant refusé de le reconnaître comme empereur (1273), Rodolphe lui déclara deux fois la guerre (1276, 1278) et le tua près de Vienne. Il lui prit l'Autriche, la Styrie, etc., et transforma la maison de Habsbourg en maison d'Autriche. De mœurs simples et parcimonieuses, il reçut le roi de Bohème, vêtu d'un pourpoint gris rapiécé aux coudes et assis sur une mauvaise chaise placée dans un grand chemin. — Wenceslas IV (comme duc, II comme roi) succéda à son père Ottokar II, et reçut le surnom de Vieux, quoiqu'il mourut à 35 ans, à cause de sa vie molle, oisive et débauchée.
(D) Henri 1°" le Gros, roi de Navarre (Henri III, comme comte de Champagne) avait marié sa fille Jeanne 1°", reine de Navarre, à Philippe le Bel. Celui-ci est justement stygmatisé par Dante, au point de vue général, mais en particulier, en raison de ses démélés avec Boniface Villet de sa conduite vis-à-vis des Templiers, qu'il fit supprimer par Clément V, et dont il pilla les richesses après les avoir envoyés au bûcher. Dans le chant XX du Paradis, Dante blâmera avec plus de détails la conduite des envoyés de Philippe le Bel avec Boniface VIII, à Avignon. A ce propos, il faut remarquer ce trait caractéristique de l'équité de Dante. En effet, à plusieurs reprises il accable ce pape d’accusations et de menaces (Enf., XIX, 53; XXVII, 70 et suiv. Par., XII, 90 ; XXII, 49 et suiv. etc.); cependant il parle avec indignation — parce qu'il les trouve injustes — des mauvais traitements infligés à Boniface VIII par les satellites de Philippe le Bel. (Par., XX, 87). — La défaite qui causa la mort de Philippe le Hardi, à laquelle Dante fait allusion en disant qu'elle « déflora les lys » de France, fut la bataille navale livrée contre Ruggieri Doria, amiral de Pierre 1II d'Aragon (que Dante va remarquer ci-après). Philippe le Hardi avait engagé cette guerre à la suite du massacre des Vêpres Siciliennes, dont Picrre III avait été l'instigateur. Né en 1245, roi en 1270, il mourut en 1285.
(E) Pierre III, le Grand, roi d'Aragon (Pierre ]J* comme roi de Sicile), né en 1239, roi en 1276, mort en 1285, dont il est déjà question dans la note précédente, se fit reconnaitre roi de Sicile après les Véêpres Siciliennes. Il se croyait des droits sur ce royaume par sa femme Constance, fille de Manfred, roi des Deux-Siciles. (Sur ces deux noms, voy. Purg., III, 112-115, 142- 144; VIII 127-130). Le pape Martin IV l'excommunia et donna ses États à Charles de Valois. (Voy. Enf., VI, 69: Purg., XX, 71'et suiv.) Il était grand et robuste. Quant à l'expression, « il (Pierre II) se ceignit la corde de toule verlu », elle constitue encore un de ces passages qui ont le plus exercé la patience des commentateurs et des traducteurs; et cependant il suffit d’un peu de mémoire et de réflexion pour en pénétrer le sens, à la fois général et particulier. Cette expression, se ceindre, s'entourer de vertu, se trouve fréquemment dans la Bible. Dante a déjà employé cette « corde » dans le même sens, mais en précisant davantage lorsqu'il dit: « J'avais une corde ceinte autour de moi avec laquelle j'avais pensé pren- « dre la panthère à la peau bigarrée » (Enf.. XVI, 106-108). Cette corde, soit qu'on la considère comme la ceinture des Franciscains, soit qu'on en fasse une image plus générale, symbolise une vertu spéciale, — la chasteté — ou la vertu en général. Dans le même sens, il est question d'une ceinture allégorique au chant I du Purgaloire (v. 94-96 et 133), lorsqu'il s’agit de purifier Danie avant d'atteindre la montagne. Voici quelques-uns des passages