‹ La divine comédie traduite et commentéeChapitre 14 sur 314 · LES IDÉES POLITIQUES DE DANTE. SA CONDAMNATION. SA RUINE · texte numérisé non relu

LES IDÉES POLITIQUES DE DANTE. SA CONDAMNATION. SA RUINE

On a dit et répété que Dante, de Guelfe qu'il était, comme toute sa famille, s'était fait Gibelin, et qu'ainsi ses idées poliliques

s'étaient transformées du tout au tout. C'est lui faire injure que l'accuser d'un changement si subit et si radical, et, quoiqu'il y ait un peu de vrai dans celte assertion, elle est fausse en somme : car, s’il a semblé changer de parti, ce n’est pas parce qu'il avait modifié ses vues politiques, mais parce que, au contraire, ses vues politiques, restées les mêmes, ne s'accordaient plus avec la nouvelle conduite des Guelfes et s'accordaient mieux avec celle des Gibebns.

De ce qu'on a certaines idées conformes à celles d'un parti, il ne s'ensuit pas toujours qu'on appartienne à ce parti, et de ce qu'on fait, à un moment donné, cause commune avec lui, il ne s’ensuil pas qu'on en embrasse tous les principes et qu’on en approuve tous les actes. Dante ne s'est jamais déclaré nettement ni Guelfe, ni Gibelin ; il s’est fait un parti à lui seul !. Le système de gouvernement qu'il regarde comme seul possible pour assurer la prospérité des peuples est clairement défini par lui dans son Traité de la Monarchie, et ce système n'a jamais cessé d’être le sien ; un Empereur tenant dans ses mains les rênes du pouvoir temporel et chargé de juger les différends qui viendraient à s'élever entre les cités se gouvernant librement ; un Pape ayant le pouvoir spirituel et renonçant à tout droit temporel, sauf sur Rome seule. Telle est la politique de Dante ?.

Cet Empereur, rêvé par le poète, n'était autre chose, à ses yeux, qu'un grand justicier pacificateur, un paciere, un podestat comme il y en avait un dans chaque ville italienne, qui, toujours étranger, rendait la justice aux citoyens qui l'avaient appelé. Son pouvoir ne devait nullement dépendre du Pape *. Mais si le podestat outrepassait ses droits, on pouvait le changer; tandis que cet Empereur,

1. Dans les prédictions que Dante, au Paradis, se fait adresser par son aïeul Cacciaguida, cette phrase suffit pour prouver ce que nous avançons ici : « Tu seras digne de louange car lu le feras un parti à toi seul.» (XVII, 67-70.) Déjà, dans l'Enfer, Brunctto Latini lui avait adressé ces mots, qui expriment la même idée : « La Fortune te réserve tant d'honneur, que l’un et l'autre partis auront faim de foi; mais l'herbe est loin de la bouche. » (XV, 70-72.)

2. Voyez, dans le Trailé de la Monarchie, avec quelle force de raisonnement Dante, s'appuyant sur Aristote, Pythagore et N. S. Jésus-Christ, soutient cette thèse que la direction suprème du monde doit se partager en deux pouvoirs distincts, le spirituel ct le temporel, ct que ces deux pouvoirs doivent appartenir à la papauté d'une part, à l'empire romain de l'autre. « C'est là, dit-il, ce qui doit nous procurer cette perfection suprême à laquelle doit aspirer le genre humain : la paix universelle (I, 17); telle est la double voie qui doit conduire notre double nature à sa double fin, ici-bas et là-haut. » (IT, 15).

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