De Monarchia, TI
que Dante voulait trouver en Allemagne, ne pouvait être dépossédé ; de sorte que Dante, quoique cette pensée fût bien loin de son esprit, exposait son pays à Lomber dans les mains d'un despote étranger, au lieu de prendre pour pacificateur, comme il l'espérait, un prince désintéressé. Ce n'élait donc qu'une utopie que rêvait l'auteur de /a Divine Comédie.
Les Guelfes ne se rontrèrent que de pauvres et peu sincères imitateurs des républicains de l'ancienne Rome, et Danlie s'aperçut bien vite que leurs erreurs conduiraient infailliblement sa patrie à l'anarchie el, ce qui la touche, au despotisme : Charles de Valois ne l’a que trop prouvé. Aussi le grand poète se sépara-t-il du parti des Guelfes, auquel avait toujours appartenu sa famille. Et comment l'en blâmer, quand on se rappelle dans quel état le frère de Phihppe le Bel mit la malheureuse Florence ‘?
Les Gibelins voulaient un maitre, et, repoussant toute égalité entre les vilains et les nobles, asservissant les uns aux autres, ils entendaient rétablir l'aristocratie, la féodalité. Aussi Dante n'entrat-il pas en complète communion d'idées avec eux et tout en reconnaissant la nécessité d'un chef suprême qui guidât l'Italie vers la gloire dont elle élait digne, gloire qu'elle ne pouvait atteindre sans être une, il voulait que les lois fussent établies pour les cités, les consuls pour les citoyens, le Roi pour la nation, le législateur pour les administrés, et non les cités pour les lois, les citoyens pour les consuls, la nation pour le Roi, les administrés pour le législateur 2.
Dante n’a donc été ni Guelfe ni Gibelin : il a élevé son esprit et son patriotisme au-dessus de mesquines rivalités de partis, et, porlant son regard vers un avenir de gloire et d'unité, que l'aveuglement des haines privées empéchait ses concitoyens d'apercevoir et reculait encore de plusieurs siècles, il marcha seul vers ce but. Mais il ne put l'atteindre, soit qu'il se fût trompé de route, soit parce qu'il ne fut ni secondé par les hommes, ni favorisé par les circonstances.
Le 4 novembre 1301, Charles de Valois fit son entrée à Florence avec deux mille cavaliers franco-italiens. Corso Donali triomphait. Cante de Gabrielli d'Agubbio, créature de Charles, fut nommé podestat et, pendant les cinq mois que dura son pouvoir, Florence fut mise à feu et à sang. Les Blancs et les Gibelins furent proscrits en masse, leurs biens pillés et dévastés, et beaucoup d’entre eux exécutés.
1. Machiavel, st. fior., II. — Dino Compagni, Aém. 2. De Monarchia, I, 14, d'après la Politique d'Aristote.
30 La DivixE COMÉDIE
Lorsque Dante apprit ces désastreuses nouvelles, il quitta Rome immédiatement pour courir au secours de sa patrie; mais à peine en route, il reçut à Sienne l'arrêt de sa condamnation : on l’accusait de s'être opposé comme Gibelin à la venue de Charles de Valois. Tous ses biens avaient été pillés, sa famille était sans asile. Cante de Gabrielli, l'accusant en outre de s'être approprié les deniers publics et d'avoir vendu les charges de l’État, l'avait fait condamner, ainsi que trois de ses collègues {le 27 janvier 1302), à une amende de cinq mille florins ! et à deux ans d'exil. Deux mois plus tard (le 10 mars), Dante n'avait pas comparu. Le podestat, regardant son absence comme un aveu de culpabilité, le condamna à un exil perpétuel et à être brûlé vif s’il rentrait sur le territoire de la république. Quatorze de ses collègues furent condamnés à la même peine ?. Plus de sept cents Blancs et Gibelins quittèrent Florence, proscrits par les partisans de Charles de Valois *.
Ce fut alors que Dante se joignit aux Blancs et aux Gibelins : ils avaient désormais un but commun : le retour dans leur patrie. Mais cette réunion, causée par le malheur, ne l'empêcha pas de garder les opinions personnelles par lesquelles il se distinguait fortement de ses compagnons d'exil. Du reste, parmi les bannis eux-mêmes deux partis se formèrent (tant il est vrai que partout où des Italiens, et surtout des Florentins, se trouvent réunis, ne fussent-ils que trois, deux partis doivent nécessairement se former); les uns étaient partisans de l'aristocratie, les autres tenaient à leurs idées démocratiques pures. Les premiers furent appelés les Secs, et les autres les Verts (Secchi et Verdi). Dante était de ces derniers.
GOUYERNEMENT D'ÂREZZO. EFFORTS VERS FLORENCE (1302-1305).
Les exilés se réunirent bientôt pour agir en commun, dans l'espoir de rentrer à Florence. Ce fut dans un château appelé Gargonza, situé à moitié route entre Sienne et Arezzo, et appartenant à la famille des Uberlini, qu’eut lieu leur première conférence. Là, ils décidèrent de rassembler les Gibelins de la Toscane et de la