‹ La divine comédie traduite et commentéeChapitre 161 sur 314 · Paroles de Caïn après le meurtre d’Abel. (Gen. IV · texte numérisé non relu

Paroles de Caïn après le meurtre d’Abel. (Gen. IV

29. Aglaure, fille d'Erechté, ou de Cécrops, roi d'Athènes, avait promis à Mercure, moyennantrécompense.de favoriser sa passion pour Hersé, sœur d'Aglaure ; mais Pallas, indignée, inspira au contraire une telle jalousie. à Aglaure que celle-ci traversa de tout son pouvoir les rendez-vous de Mercure avec Hersé. Mercure impatienté, — cela se comprend ! — eut l'idée ingénieuse de changer Aglaure en rocher. Elle s'était tuée, pour tout dire, possédée des Furies. Ces paroles de Caïn et d'Aglaure montrent aux pécheurs où conduit l'Envie et forment opposition avec les paroles de charité entendues comme exemples au chant précédent (35, 40, 43-44) : ce sont ces paroles de Caïn et d’'Aglaure qui forment le frein annoncé à Dante par Virgile (Ch. XII.) Il faut remarquer avec quel art tout particulier sont conçus et écrits le début du chant XIIIet la fin duchent XIV: le modèle à imiter; le mauvais exemple à éviter.

Dès que l'air fut partout apaisé, Virgile me dit: « Cette voix est le « frein vigoureux qui devrait retenir l'homme dans les limites du « juste.

« Mais vous mordez à l'appât jeté par l'antique adversaire pour « vous attirer à lui, et le frein devenu impuissant ne peut plus vous « retenir.

« Le Ciel vous appelle, tourne autour de vous, vous dévoile ses « beautés éternelles, mais vos yeux restent fixés vers la terre.

« Voilà pourquoi vous êtes châtiés par Celui qui voit tout ! »

NOTES COMPLÉMENTAIRES

(A). Dante maltraite violemment l'Arno dans ce chant. Ici, il le traite de petit fleuve; plus loin il l'appellera fleuve sauvage (78-59), et déclarera son lit fatal et maudit (63-614). Il n'est pas toujours si dédaigneux ni si sévère pour le fleuve qui arrose Florence : « Je suis né, dit-il ailleurs (£nf., XXIII, 94-95), et j'ai grandi sur les bords du grend fleuve l'Arno, dans la grande ville. » C'est qu'ici le vieux Gibelin se laisse emporter par un débordement de bile dont il ne faut pas nous plaindre puisqu'il nous vaut un des plus superbes chants de la Commedia. Notons en passant la coutumière exactitude du poète qui dit « qu'un cours de cent milles n'épuise pas l'Arno », dont le cours est de 150 milles.

(8) L'idée d'aller chercher le Pélore en Sicile à propos de la source de l'Arno peut paraître far-fetched, comme disent les Anglais ; mais il ne faut pas oublier que Dante avait sans cesse à l'esprit l'Enéïde aussi bien que la Bible, et que, de plus, il voulait faire de son poème une sorte d'Encyclopédie des connaissances de son temps. Or, ayant trouvé dans Virgile un vers qui déclare que la Sicile faisait jadis partie de la presqu'ile italienne et que, par conséquent, ses montagnes avaient été détachées de la chaine des Apennins, il profite de cette occasion pour noter ce fait scientifique, d’ailleurs exact à propos de l'Arno, qui prend sa source dans les Apennins. Voici le passage de Virgile en question :

Aæc loca, vi quondam et vasta convulsa ruina (Tantum œvi longinqua valet mutare vetustas !) Dissiluisse ferunt, cum protinus utraque lellus : Una foret... Eneid. 11H, 414-417.

(c) On sait que Guelfe signifie loup (Welf, Wulf. Wolf). Mais comme, en Italien, le mot Volpo signitie renard, et va ètre employé un peu plus loin dans ce sens par Dante, il est probable que cette étymologie germanique n'est pour rien dans ce passage.

(p) 1l est difficile de s'expliquer le motif des discussions soulevées par ce passage, discussions telles que l'édition de la Crusca, par pure conjecture, a proposé un texte différent. Voici les deux vers :

O gente umana, perchiè poni il core Là v'è mestier di consorlo divielo ?

En place de diconsorlodivielo, c'est-à-dire : exclusion de compagnon, la Crusca suggère di consorlo o divieto, c'est-à-dire : compagnon ou exclusion. Le sens que j'ai adopté et que confirmera l'explication annoncée pour le chant eui-

Le Purcatoire XIV 328

vant, v. 45, me semble tellement l'emporter comme clarté et comme logique qu'il me paraît oiseux d'entrer à mon tour dans la discussion.

(E) La désignation de la Romagne n'a ici de vague qu'en ce qui concerne le PÔ, car au-delà du Panare, ce n'est plus la Romagne mais Modène. Les limites sont donc celles-ci : du Panare au nord à l'Apennin au sud-ouest; du Reno au nord-ouest de l’Adriatique à l’est.

(Fr) Voici la tersine de Dante :

Le donne e i cavalier, gli affanni egli agi, Che ne’ nvogliava emore e cortesia, Là dove i cuor son fatli si malvagi.

et voici le début du Roland Furieux :

Le donne, i cavalier, l'arme, gli amori, Le cortesie, l'audace imprese io canto.

11 n’est pas surprenant que l'Arioste ait été séduit par ces vers délicieux et que, tout en s'en appropriant le ton et le mouvement, il en ait fait comme un délicat hommage à son illustre devancier, inscrit en tête de cet admirable Orlando. Quel début triomphal que ia strophe entière ! Quel charme d'enchantement, quel bonheur d'expression nuancé d'une teinte de mélancolie!

{1G) Non seulement les seigneurs de Brettinaro —les del Duca — maisencore tous ses habitants, avaient une réputation de libéralité et d’hospitalité restée légendaire. Grangier rapporte l’anecdote suivante en parlant de ce « fort « chasteau, sis à une montaigne dessus Forly » : « 11 y avaitautrefois plusieurs « seigneurs d'une telle libéralité, que souuent desbat estait parmy eux, « quand des estrangiers arriuoyent, pour ce q'vn chascun les uoulait loger « en sa maison. Pour ce, du consentement de tous, fut dressé une colonne « en la place, autour de laquelle furent mis autant d'anneaux qu'il y auait « de pères de famille, et chascun auait le sien, et lorsque venait vn estran- « gier, il liait son cheual à l'un de ces anneaux, et soudain, celui de qui « estait l'anneau, menait l'estrangier en sa maison, et le traitait magnifique- « ment. »

CHANT XV

Deuxième Cercle: les Envieux (fin). — Troisième Cercle: les Colères.

de

ARGUMENT. — Passage du 2° au 3° Cercle. — Entretien sur les paroles de Guido del Duca (chant précédent). — Vision de Dante : Jésus parmi les Docteurs; Pisistrate ; Saint Étienne. — Les deux poètes reprennent leur route. — Épaisse fumée.

Autant la sphère, sans cesse agitée comme un enfant joueur ‘, a de chemin à parcourir entre la fin de la troisième heure de nuit et le commencement du jour,

autant elle semblait avoir encore à franchir de son cours vers la nuit ; 1à2, c'était le soir ; ici, il était minuit ;

et ses rayons nous frappaient en plein visage, car déjà nous avions un peu tourné la montagne, et marchions droit vers le couchant $.

Je sentis alors mes yeux fléchir sous le poids d’un grand redoublement de lumière ; surpris par de si nouveaux spectacles,

je portai les mains à mes sourcils pour tamiser l'excès de clarté.

La science et l'expérience nous enseignent qu’un rayon, réfléchi par l'eau ou par un miroir,

remonte comme il est descendu, en s’éloignant d'autant de la ligne tracée par la chute d’une pierre *.

Telle me sembla réfléchie la lumière qui frappa mes yeux et fit fuir mon regard.

« O mon doux Père — demandé-je — d'où vient cet éclat dont je ne « puis parvenir à garantir mes yeux? et qui donc s'avance vers « nous ? »

Page 1