‹ La divine comédie traduite et commentéeChapitre 164 sur 314 · Le troisième Cercle, celui des Colères · texte numérisé non relu

Le troisième Cercle, celui des Colères

13. Trois visions successives vont montrer à Dante des exemples de modération mis en opposition avec des traits de colère (péché puni dans ce Cercle) que le poète verra au chant XVII. Le premier de ces exemples est emprunté à la vie de la Vierge et relatif à l'épisode de Jésus au milieu des docteurs (p).

14. Celle ville est Athènes. Allusion à la querelle de Neptune et de Minerve pour lui donner un nom (E).

15. Ce trait de la vie de Pisistrate (tyran d'Athènes, 612-527) est emprunté à Valère Maxime.

16. C'est le supplice de Saint Étienne, premier martyr, lapidé neuf mois après la mort de N.-S. Dante traduit ce passage des Acles des Apôtres en termes également magnifiques. (F).

17. Var. : Je compris, par ces excmples, mes véritables cr-eurs. ‘G}).

LE PurGATOIRE XV 329

« Depuis plus d'une demi-lieue, tu marches en te voilant les yeux, « et tes jambes fléchissent comme amollies par le vin ou le som- « meil? >»

« O mon doux Père, — répondis-je — si tu m’écoutes, je te racon- « terai les visions qui m'’apparaissaient, alors que mes jambes « étaient tremblantes. »

« Aurais-tu cent masques sur le visage, ils ne me cacheraient pas la « moindre de tes pensées.

« Ces visions avaient pour but de te rendre inexcusable si tu « n’ouvres pas ton cœur aux eaux de paix que répand la source éter- « nelle.

« Je t'ai demandé, il est vrai: qu'as-tu? mais ce n'était point là « une de ces questions que posent ceux dont le regard jaillit d'un « œil qui s'éteint dès que le corps s'inanime.

« Je voulais seulement, par cet appel donner de la force à tes « pieds, comme on stimule les paresseux, lents à employer la vigueur que leur rend le réveil. »

Nos regards attentifs se portaient en avant de nos pas, aussi loin qu'ils pouvaient atteindre dans la lueur ardente des rayons crépusculaires...,

et voici que peu à peu s'élève au-devant de nous une fumée, obscure comme la nuit,

inévitable, aveuglante, suffocante.

NOTES COMPLÉMENTAIRES

(A) La, — c'est-à-dire sur le mont du Purgatoire — c'éjait le soir, 3 heures après-midi ; ici — c'est-à-dire en Ilalic,où Dante écrit — il était minuit. La sphère sans cesse agilée comme un enfant joueur, c’est, non pas la Terre, mais le Soleil, ou plutôt son orbite — aujourd'hui l'écliptique (d'après Ptolémée) — dont le tracé sinueux a fourni à Dante l'image de l'indépendance d'un enfant joueur qui s'éloigne à chaque instant du sentier naturel. Quant à la différence de longitude qui existe entre l'heure du Purgatoire, antipode de Jérusalem, et l'heure d'Italie, Dante l'indique par un écart de trois heures, ce qui n’est pas exact; l'écart n'est que de une heure et demie, puisqu'il n’est causé que par vingt-trois degrés, et que le Soleil en parcourt quinze par heure. Donc, s'il était 3 heures du soir au Purgataire, il était 4h. 30 du soir en Italie, ou, s’il était minuit en Italie, il était 10 h. 30 du soir au Purgatoire. |

(8) Les deux poètes sont encore orientés presque comme ils l’étaient en commençant leur ascension du Purgatoire, c'est-à-dire qu'ils ont le levant derrière eux (un peu moins À droile} et le couchant en face. En effet, Dante a dit en entrant dans l’Antépurgatoire (la veille du jour où nous sommes) : le Soleil flamboyant derrière moi (III, 16), et il parlait ainsi le matin puisque Virgile lui répond : le soir est venu à l'endroit où mon corps est enseveli (ibid. 25) c'est-à-dire aux antipodes du Purgatoire, en Italie. Nous atteignons donc ici le soir du jour suivant, qui est le mardi 29 mars, et les voyageurs, se trouvant encore sur le flanc de la montagne qui était à leur droite lorsqu'ils en commencèrent l'ascension, ont le Soleil couchant en plein visage.

(c) Comme on le voit par ce discours, que Dante met dans la bouche de Virgile, son siècle était troublé des mêmes questions que le nôtre. Il a développé, dans le chapitre III du Traité IV du Convito, cette théorie de l'iniquité des richesses ; du mauvais fruit des héritages ; des calamités et des vices causés par les biens matériels que l'homme accapare tant quil peut, convoite sans cesse et refuse de plus en plus de partager. « On n’a rien « inventé contre les torts du capital que Dante n'eût déjà dit et qu'on n’eùût « dit bien avant lui. » Ainsi parlait Ozanam à ses auditeurs de Sorbonne en 1847. Et il ajoutait: « La supériorité de Dante est d'avoir connu le remède, « de l'avoir cherché, non dans le matérialisme, mais dans le spiritualisme, «non dans les choses terrestres qui se partagent, mais dans les biens impar- « tageables », ou plutôt, comme l'explique si clairement l'Alighieri, dans ces biens qui, non seulement ne diminuent pas en étant partagés, mais augmentent au contraire, pour chacun, en raison de leur nombre.

Cette doctrine dantesque est d'ailleurs tout simplement la doctrine chrétienne : on n'a pas encore trouvé mieux ; malheureusement, comme Dante va le dire plus loin (XIV, 66. 97): Lo mondo è cieco. Le leggi son, ma chi pon mano ad esse ?

(o) Et post triduum invenerunt illum in templo, sedentem in medio doctorum..., et dixit mater ejus ad illum: Fili, quid fecisti nobis sic ? Ecce pater

tuus et ego dolentes quærebamus te.

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