L'observation a détruit cette opinion erronte. (a
2. Ce nuage de fumée, qui s'est élevé à la fin du chant XV el, pendant tout le chant XVL, aveugle les Colères, punis dans ce troisieme Cercle, d'où les deux poctes vont sortir. Nous sommes au mardi soir 29 mars,
3. Le bas de la montagne est déjà dons l'ombre du soleil couchant dont les ravons éclairent encore la partie plus élevée — environ le milieu — où se trouvent les deux poëtes. Nous verrons, plus loin, l'ombre gasner le haut de la montaune i70-72;.
+. Dante suit ici une théorie théologique (uv). Au lieu de formée, il y à informée, terme d'école. (Voy. Pur. VII 1:35.)
5. Les visions que Dante va nous décrire sont différentes des précédentes en ce quelles lui sont survenues en élat de veille; c'est pourquoi il les prépare en parlant de limagination. (c) Cf. Par., 11, 7-9. Ce passage. comme eelui du Paradis auquel nous renvovonsle lecteur. est imilé de Virgile : « oùsluluque hœrel dejixus, in uño (Enéid. 1 300.
Je vis d'abord la femme que son impiété métamorphosa en celui des oiseaux qui se plaît le plus à chanter.
Puis ma vision surnaturelle changea : un crucifié m'apparut, resté, jusqu’à la mort, superbe et farouche.
Près de lui étaient le grand Assuerus, Esther son épouse et le juste Mardochée, aussi intègre en action qu'en paroles’.
Cette image s'étant dissipée d'elle-mème, comme crève une bulle d'eau quand l’eau qui l'avait formée vient à lui manquer,
une jeune fille surgit dans ma vision. Elle pleurait amèrement et disait : « O Reine, pourquoi, dans ta colère, as-tu voulu te détruire ?
« Pour ne pas perdre ta Lavinia, tu L’es tuée, mais cela ne m'a pas « sauvée, car maintenant je te pleure, et bientôt je pleurerai la mort « d’un autre encore* ! »
De même qu’une soudaine clarté frappant nos yeux clos, rompt le sommeil, l’agite et le dissipe;
ainsi une lumière, bien plus vive que celle qui nous éclaire de coutume, vint me frapper au visage et suspendre mes visions.
Comme je me tournais pour reconnaître d’où elle venait, j'entendis une voix qui me disait : « C'est par ici qu'on monte »; aussitôt toute autre pensée en moi s’effaça,
et cette voix m'inspira un si pressant désir de voir celui qui m'avait parlé que rien en dehors de l’objet même de ce désir n'aurait pu m'en distraire. |
Mais cet effet — le même que celui que produit le Soleil lorsque l'excès de son éclat éblouit et paralyse la vue — m'ôtait toute force.
« La voix que tu viens d'entendre — dit alors mon Maitre — est « celle de l'Esprit Divin : sans être prié, il nous indique la montée et « se cache lui-même dans sa propre lumière.
« Ilagit avec nous, comme nous agissons avec nous-mêmes : en effet, « constater un besoin, mais attendre une prière, serait se disposer à « un coupable refus de secours”®.
« Répondons à ce divin appel et tâchons de monter avant la nuit, < car il nous faudrait attendre le retour du jour‘. »
Nous dirigeimes donc tous deux nos pas vers un escalier... À peine avais-je mis le pied sur le premier degré,
je sentis comme le souffle d'un battement d'ailes effleurer mon
6. Il s’agit encore ici de la fable de Philomèle et Progné. Ici c'est Progné que voit Dante, Progné, coupable par vengeance et métamorphosée en rossignol (D).
7. Le crucifié, c'est le perfide Aman, qui subit le supplice qu'il destinait à Mardochée. (E).
8. Lavinia, fille du roi Lalinus, avait été promise à Turnus. Sa mère, la reine Amata, sur la fausse nouvelle que Turnus avait été lué par Enée et que Lavinia devait appartenir au vainqueur, se tua. C'est pourquoi Lavinia s'écrie que sa mère, abusée en crovant sa fille perdue. l'a perdue réellement en se donnant la mort, mort que pleure Lavinia en attendant qu'elle ait encore à pleurer celle de Turnus. (Voy. Enéide, XIE, 593 ad finem...) Nousavons vu Lavinia, avec son père Latinus, dans les Limbes Enf.IV., 1%).
9. Observation inspirée par cette sentence de Sénèque : « Tarde velle nolentis est : qui distulit diu, noluit. » { Ben., IH 1.)
Voy., à propos de cette impossibilité de monter pendant la nuit, Purg., VII, 43-45. &°-60.
LE Purcaroire XVII 341
visage‘! et, en même temps j'enlendis ces paroles : « Beali pacifici, « exempts de coupable colère!?. »
Je me sentais si las que mes jambes se dérobaient sous moi : Ô mon courage — me dis-je tout bas — pourquoi m'abandonner ainsi ?
Parvenus au sommet de l'escalier, nous nous arrétâmes, immobiles comme des navires amarrés sur la plage.
Je prêtai d'abord l'oreille afin de saisir quelque indice sur le nouveau giron où nous nous trouvions {, mais, n'entendant rien, je me tournai vers mon Maitre et lui dis :
« Mon doux Père, quel péché s’expie dans le giron où nous voici? « Si notre marche est suspendue, que ta parole ne le soit pas! »
- « Lorsque l'amour du bien faiblit à son devoir — me répondit-il « — il commet un péché qui s’expie dans ce Cercle, car c'est ici qu'est « puni le rameur paresseux ‘{.
« Mais, pour que tu comprennes mieux encore, écoute moi bien, et « tu tireras quelque profit de cet instant de repos *.
« Tu le sais, mon cher fils, ni le Créateur ni aucune créature « n'exista sans amour, amour naturel ou amour par sélection.
« L'amour naturel ne saurait se tromper, tandis que l'amour par « sélection peut errer, soit en recherchant un objet indigne, soit en « ne poursuivant qu'avec tiédeur un objet digne d'être convoité #.
« Tant que l'amour reste, d’une part, dirigé vers les premiers biens, « de l’autre, modéré à l'égard des biens secondaires ‘, il n’a aucune « faute à redouter.
« Mais si, déviant du but, il va vers le mal: si son zèle s'affaiblit ; « si sa passion s'exagère, alors la créature agit contre le Créateur ‘#.
« D'où résulte — comme tu dois le comprendre — que l'Amour est « en vous la graine de tout bien comme de tout mal !?.
11. Cet effleurement d'un coup d'aile a élé donné par l'Ange pour effacer du front de Dante le troisième P. (Voy. IX, 112, XH, 121, XV, 43, 79-81.)
12. Beali pacifici. (Saint Matth. V, 9.) Dante ajoute aux deux premiers mots de ce verset du Discours sur la montagne, cette distinclion théologique et morale, fort juste, que seule la colère malfaisante et sans cause légitime est coupable, et non pas celle qu'excite le péché et qu'approuvent mille et mille passages des Ecritures (r). Cette Béatilude est la troisième citée par Dante. C'est la seplième dans l'ordre biblique. (Voy. XII, 110 )
13. Ce nouveau giron est le quatrieme cercle. celui des Paresseux (G).
144. C'est-à-dire qu'il ne suffit pas d'aimer le Bien, encore faut-il le pratiquer sans relâche : sur l'océan de la vie, dont le Ciel est le port, le juste doit ramer sans cesse courageusement.
45. Les deux potes ne peuvent avancer en ce moment caril fait nuit. (Voy. pl. haut.)
16. Par amour naturel Dante entend, scolasliquement, l'appétit des biens indispensables à notre conservation corporelle ; et par biens par séleclion (d'animo), les biens que nous choisissons à notre gré en vertu de notre libre arbitre, c'est-à-dire le genre de vie qui nous semble le meilleur, les actions qui nou: paraissent bonnes, etc. Les premiers étant instinctifs ne sont point sujets à erreur; les autres étant facultatifs, le sont. Cf. soif nalurelle, XXI, 1.
17. Premiers biens, c'est-à-dire Dieu, la vertu, etc.; biens secondaires, c'est-à-dire les biens terrestres.
48. Trois genres d'erreur pour les biens de sélection : ohjet indigne (recherche du mal); excès d'ardeur (envers les choses créées); manque de zèle (dons l'amour dn aux biens : amis, parents, patrie, Dieu).
19. Dante rappellera cette théorie en demandant à Virgile de la lui expliquer, ce que