‹ La divine comédie traduite et commentéeChapitre 170 sur 314 · Cette dissertation continue au chant suivant · texte numérisé non relu

Cette dissertation continue au chant suivant

Le PuresroinEe XVI] 14

mais par un amas de poils embroussaillés destinés à le protéger, sans l'avorgler, contre la poussière dans les travaux soulerrains de ce petit animal.

(8) Les rêves ou visions prophétiques, les révélations, viennent à l'esprit humain, soit suggérés par les sens, soit envoyés par Dieu lui-même. Dans ce dernier cas, ils sont l'effet, soit d'une grâce divine directe, soit du bon vouloir personnel qui nous les attire, soit enfin de l'influence d'esprits médiateurs.

(c) Ces nouvelles visions du poète vont lui montrer des exemples de colère, péché châtié dans ce troisième Cercle; mais il les présente sous üne forme différente de celles déjà employées. Par cette variété d'efets descriptifs la monotonie est habilement évitée. C'est ainsi qu'au chant X (v. 31 et suiv), il a décrit des bas-rcliefs; au chant XII des dessins tracés sur le sol (22 et suiv); aux chants XIII et XIV, des voix invisibles: au chant XV, des rèves qui peuplent son sommeil: enfin, ici, des sortes d'hallucinations.

(np) Dans le chant IX, 15, Dante a déjà fait allusion à cette fable, mais, contrairement à la donnée généralement reçue, il s'autorise de cerlains auteurs, entre autres Strabon, pour métamorphoser en rossignol, non pas Philomèle, mais sa sœur Progné. C'est donc Progné qui apparait au poète, Progné, qui, emprisonnée par Térée, son beau-frère, brode ou peint sur toile les supplices qu'il lui a fait endurer et la captivité qu'elle subit, puis réussit à envoyer à sa sœur l'ouvrage révélateur, Celle-ci 2ccourt an milieu d'une fête des Orgies et, secondée par une troupe de femmes, délivre la prisonnière et se venge en faisant dévorer à Térée son propre fils Tis, issu du viol de Progné. Térée fut métamorphosëé en épervier et Ilis en faisan. C'est la fureur impie dela vengeance de Progné qui est donnée ici comme mauvais exemple. Ne pas confondre Progné avec Arachné, (Enf. XVII, 16-10.)

(€) Mardochée, oncle d'Esther, ayant réussi, aidé par celle-ci, à déjouer les complots d'Aman auprès du roi de Perse Assuérus, c'est Aman qui fut supplicié. D'après la Bible, ce n’est pas la croix mais la potence qui chAtia la fureur d’Aman : « Il fut pendu à un gibet de cinquante coudées », qu'il avait, en effet, préparé pour Mardochée, sur le conseil de sa femrie Zerès. (Esther V, 14 et VII, 10.) On sait, cependant, que le Livre d'Esther est compris parmi ceux que l'on suspecte d'être apocryphes. Il est probahle qu'Assuérus n’est autre que Darius, fils d'Hystaspe, dont parlent Hérodote, Xénophon et Quinte-Curce,

(F) A propos de la réserve qu'introduit Dante relativement à la colère, dans le Beali pacifici, réserve si justifiée par la distinction qu'il convient d’établir entre une colère légitime et une injuste, Ozanam observe que « Saint « Thomas, 2, 2, 158, se range à Flopinion de Saint Jcean-Chrysostome : « celui-là est coupable qui s'irrite sans raison: mais celui qui a raison de « s'irriter n'est pas coupable, car, sans colère, il n°’v a ni progrès de la doc- « trine, ni vigueur des jugements, ni répression des crimes, » Elle devient « coupable de deux manières : quand elle est contre la raison, quand, rai- « sonnable dans son principe, elle cesse d'être soumise à la raison dans ses « excès : c'est le cas de Philomèle. » Saint Grégoire dit auxsi : « Il faut « souverainement prendre garde, que la colère, qui peut devenir l'instru- « jnoent de la vertu, domine l'intelligence. Il ne faut point qu'elle domine en « reine, mais qu'elle soit conme une servante, attachée à fa raison, toujouis « prête à la servir et à seconder 1) »...

(1) Moralia, V. ‘

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ces haines vigoureuses, Que doit donner le vice aux âmes vertueuses.

(G) Les trois premiers Cercles, ou Cercles inférieurs, étaient ceux des Orgucilleux, des Envieux et des Colères. Les trois derniers, ou Cercles supérieurs, sont ceux des Avares, des Gourmands et des Luxurieux. Dante va expliquer plus loin ces divisions, mais, pour préparer à cette lecture, il n’est pas inutile, au sujet de ce point, pour ainsi dire médial, de ce pivot du système tout entier de la Commedia, — que Dante semble marquer par un temps d'arrêt, par un moment de repos, consacré à une dissertation sur l'Amour, raison d'être, moteur et but du monde, — il n'est pas inutile, disons-nous, de citer la page suivante de Ginguené : « Ici Dante se « fait donner une longue explication métaphysique sur l'amour, passion de « la nature, toujours bonne en soi, et sur l'amour, passion de notre volonté, « qui, selon qu'elle est bien ou mal dirigée, fait naître en nous des affec- « lions aimantes ou haincuses. Celles-ci sont expiées dans les trois pre- « miers Cercles (Orgueilleux, Envieux, Colères). La négligence à pour- « suivre les effets des affections aimantes est expiée dans le quatrième « Cercle, où nous sommes (Paresseux): et les affections, poussées à l'excès, « deviennent vices punis dans les trois Cercles supérieurs (Avares, Gour- « mands, Luxurieux). » (List. Lift. Il. p. 110.)

Nous voici donc parvenus au milieu du poème entier de la Divine Comédie, composé en tout de cent chants, trente-trois pour chacun des trois cantiques, abstraction faite du premier chant de l'Enfer qui n'est qu'une sorte de prologue. Les chants XVII et XVIII du Purgatoire occupent par conséquent le me:zo del cammin — le milieu du chemin — dans le voyage imaginaire du poète. Avec cette sorte de symétrie architectonique si minutieusement conçue et établie, c'est, en mème temps, dans ces deux chants que Dante place le centre de tout le système théologique, philosophique et moral, puisé en grande partie, dans Aristote, mais rectifié, ou plutôt expliqué, éclairci, quelque peu mème redressé dans le sens chrétien, par Saint Thomas. Voy. le complément de cette note à la note À du chant suivant.

CHANT XVIII

Quatrième Cercle: les Paresseux.

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ARGUMENT. — Suite de la dissertation de Virgile sur l’Amour. — Exemples de célérité : la Sainte Vierge chez Sainte Elisabeth ; César à Marseille et à Ilerda. — Exemples de paresse : le passage du Jourdain; les Troyens en Sicile. — L'Abbé de San-Zeno. |

Le grand Docteur, ayant terminé sa démonstration, me regardait attentivement pour voir si j'étais satisfait.

Or, ma soif n’était pas encore éteinte; pourtant je gardais le silence, craignant de l'ennuyer par de nouvelles questions.

Alors, dégageant la timidité de mon désir inexprimé, ce père véridique m'invita à parler :

« Maitre — lui dis-je — tes lumières avivent tellement ma vue que « tout ce que ta raison explique et démontre, je le distingue claire- « ment.

« C'est pourquoi je te prie, doux Père chéri, de m'enseigner cet « Amour que tu m'as dit être la source de tout bien et de tout « mal!.»

« Fixe sur moi — me répondit-il — les regards pénétrants de ton « intelligence, et tu comprendras l'erreur de ces aveugles qui pré- « tendent guider les autres 2.

« Le cœur, créé pour aimer, est prêt à sc diriger vers tout ce dt « le séduit et le charme.

« Votre imagination attire l’inlention réelle, la développe en vous, « et vous tourne vers elle.

« Si alors vous inclinez du côté de cette intention, l'Amour se « révèle, et c'est un nouveau lien naturel noué par le plaisir.

14. Dante rappelle à Virgile ce que celui-ci lui a dit plus haut : « L'Amour est la graine de tout bien et de tout mal » (XVII, 104-105).

2. Réfutation de cette théorie de ceux qui prétendent que l'Amour en soi est toujours louable. Cæci sunt et duces cæcorum, dit Saint Matthieu (XV, 14) (4).

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