Arelino, Vila di Danic
2, Lettre du frère Ilario.
Vers le même temps, Dante écrivit en italien le Conuito (le Banquel) qu'il laissa inachevé. C’est un ouvrage philosophique dont le but est d'enseigner la sagesse et de faire connaître la vérité. Inspiré et guidé par Boëce (Consolalion), il convie à son festin tous les malheureux, tous les persécutés. Trois canzone sont commentées dans cet ouvrage, qui devait en contenir seize et ne forme que quatre livres au lieu de sept. On trouve dans /e Convito des explicalions précieuses pour comprendre /a Divine Comédie et le système poétique et philosophique de Dante.
La Lunégiane, où sa mission l'avait conduit, offrit à Dante une retraite solitaire, où il resta longtemps, occupé de ses ouvrages et surtout de son grand poème. Il quitta un instant ce pays pour accompagner les Blancs-Gibelins dans une nouvelle tentative contre Florence, faite avec l'aide du Pape Clément V (Avignon). Mais l'insuccès de cette expédition lui permit bientôt de retourner dans la Lunégiane, dont la solitude pittoresque lui plaisait et favorisait ses travaux.
L'anecdote suivante trouve sa place ici. Nous laissons la parole à Villemain, qui l'a racontée dans une leçon sur l’auteur de la Divine Comédie. « Un jour,un pèlerin était entré dans le monastère « del Corvo ‘ et se tenait en silence devant les religieux ; un d'eux « lui demanda ce qu'il voulait et ce qu'il était venu chercher ; « l'étranger, sans répondre, contemplait les arcades et les colonnes « du cloître. Le religieux lui demanda de nouveau cequ'ilcherchait; « alors 1l tourna lentement la tête et, regardant le religieux et ses « frères, 1l répondit : « La paix ! » — Frappé de ce langage, le reli- « gieux le prit à l'écart et comprit à quelques mots que c'était « Dante, et, comme il en était tout ému, Dante, tirant un livre de « Son sein, le lui remit, et dit : « Frère, voici une partie de mon « ouvrage que peut-êlre vous ne connaissez pas ; je vous laisse ce a souvenir. » Ce livre était le manuscrit de l'Enfer.
Dante quitta la retraite paisible que les monts de la Lunégiane et les bords du golfe de Gènes lui avaient offerte, pour se rendre à Paris, dont la célèbre Université l'attirait. La philosophie, la théologie y étaient alors enseignées avec un éclat sans égal. Il eut pour compagnon de voyage son ami Giotto, qui, de la cour de Clément V, à Avignon, où il était alors, suivit à Paris l'illustre exilé et habita même avec lui 2.
1. C'était le monastère de Santa Croce (Camaldules), comme l'a prouvé Branchi dans le journal le Poliziano 18359.) — Fraticelli, Stor. d. v. di Dante, chap. dernier.