‹ La divine comédie traduite et commentéeChapitre 191 sur 314 · Les grues.Cf. Enf., V, 46-47, et Par., XVIII · texte numérisé non relu

Les grues.Cf. Enf., V, 46-47, et Par., XVIII

ee Dante écrivait ces vers après quinze ans d'exil, en 1315 ; d'où leur accent mélancolique.

148. Forese fait ici allusion à la mort de son frère Corso Donali, chef des Noirs, en 1307. Cité par le peuple et condamné, son palais fut assailli. Les secours promis par Uguccione del la Faggiola — chez qui était Dante, à Lucques, en 1314 — lui ayant manqué, il s'enfuit à cheval, mais son pied s'embarrassa dans l'étrier et il tomba. Trainé par sa monture, il fut rejoint par des soldats catalans qui l'achevèrent près de Saint-Salvi, à un mille de Florence, le 6 octobre (8).

Le Punrcatoine XXIV 323

tel s'élança Forese. Et tandis qu'il s'éloignait de moi et des deux esprits qui, dans le monde, furent de si grands maitres,

mon regard suivait son ombre, en même temps que ma pensée scrutait l'énigme de ses paroles ; mais je distinguais de moins en moins l'une et l'autre.

Alors, détournant la tête, je vis, non loin de moi, les branches d’un deuxième arbre verdoyant et chargé de fruits.

Au dehors, une foule d’âmes levait les mains en criant comme des enfants qui implorent en vain et insistent d'autant plus qu'on leur montre ce qu’on refuse à leur désir surexcité.

Cette multitude s’en alla bientôt, déçue dans son espoir ; et nous atteignimes ce grand àrbre, refusé à tant de prières et de larmes.

« Poursuivez votre chemin ! Plus haut vous trouverez l'arbre dont « Eve a mordu le fruit : celui-ci a été levé du même plant ‘?.

Ces paroles échappées des branches nous firent passer outre, Virgile, Stace et moi, et nous suivimes le côté de la route qui longe la montagne.

La même voix ajouta : « Souvenez-vous de ces maudits à double « poitrine, engendrés dans les nuées, et qui, gorgés de vin, ont com- « battu contre Thésée ?. ;

« Souvenez-vous des Hébreux, chassés par Gédéon, lorsqu'il descen- « dait les collines vers Madian, pour s'être montrés trop avides de « boire !.»

Ainsi, tout en longeant la paroi de la montagne, nous entendions rappeler des exemples de cette gourmandise qui cause tant de misères!

La route redevenue libre, nous ffmes plus de mille pas en regardant les pécheurs sans leur parler.

« Où allez-vous seuls tous les trois en réfléchissant ainsi ?....» dit tout à coup une voix qui me fit sursauter comme un cheval paresseux qu'on effraye.

Je levai la tète pour voir qui parlait ainsi... non, jamais, dans aucune fournaise, je ne vis émail ni métal briller d'un rouge aussi éclatant.

« Si vous désirez monter plus haut c'est ici qu'il faut tourner, car « ce passage conduit au séjour de paix. »

Ébloui par cette apparition, je me tournai à ces mots pour suivre mes maîtres. |

Comme la brise de mai, messagère de l'Aurore, nous arrive toute imprégnée de senteurs d'herbes et de fleurs ; ainsi je sentis mon

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