‹ La divine comédie traduite et commentéeChapitre 20 sur 314 · L'EMPEREUR HENRI VII · texte numérisé non relu

L'EMPEREUR HENRI VII

D'importants événements se passaient en Allemagne. Les princes de la maison de Habsbourg, en montant sur le trône après l'interrègne, avaient essayé vainement de faire cesser l'anarchie, et le règne détesté d'Albert I‘ avait achevé de ruiner leur pouvoir. La révolte envahissait l'empire ; la Suisse avait déjà reconquis vaillamment son indépendance, et l'Empereur, assassiné par son neveu, Jean le Parricide, qu'il avait dépouillé, venait de laisser le trône vacant. Sept mois après la mort d'Albert Ie" (1308), Henri VII, de la maison de Luxembourg, fut élu Empereur. Plusieurs actes de haute justice lui acquirent l’amour des peuples : d'un côté, il reconnaissait l'indépendance des trois cantons suisses, Uri, Schwitz et Unterwald; de l’autre, il punissait les assassins d'Albert. L’impartialité dont il donna plusieurs preuves de cette importance, la

libéralité de ses opinions, ses projets généreux et grandioses, réveillèrent dans le cœur de Dante l'espoir d'un sort meilleur pour sa patrie et pour lui-même. Il vit en ce nouvel Empereur le prince qu'il voulait donner comme pacificateur à l'Italie ; et lorsque Henri VII annonça le projet de rétablir en Italie l'autorité impériale, Dante, plein d'enthousiasme et de confiance, rentra dans la vie politique.

C'est à cette époque que fut écrite cette fameuse lettre adressée « à tous les princes, à tous les seigneurs, à tous les peuples de « l'Italie par l’humble Italien Dante, de Florence, injustement « exilé! ». « Voici, dit-il, l'époque favorable pour lever les ban- « nières de consolation et de paix. Un nouveau jour resplendit et « répand sa clarté rayonnante au milieu des ténèbres d'une longue « misère; les vents légers reprennent leur force. Le ciel s'éclaircit « et réconforte les peuples par d’heureux auspices. Nous allons « goûler l’allégresse attendue, après avoir erré si longtemps dans « un obscur désert ! Le Soleil de la paix va se lever, et la Justice, « languissante comme une fleur d’héliotrope privée des rayons du « soleil, comme elle aux premiers rayons de l'aurore, reverdira ! »

Après ce pompeux exorde, Dante continue en promettant un règne de bonheur et de paix à l'Italie, gouvernée par Henri VII. Il assure le pardon des injures et l'indulgence pour tous ceux qui demanderont miséricorde. Clément V, en favorisant la venue de l'Empereur d'Allemagne, fournit à Dante le dernier argument de sa lettre, qui se termine ainsi :

« N'errez donc pas comme ceux que guide la vanité des sens voi- « lés par les ténèbres, mais ouvrez les yeux de votre esprit et regar- « dez: le Maître du ciel et de la terre nous donne un monarque. « C’est celui-là que Pierre, vicaire de Dieu, nous recommande « d'honorer; c’est celui-là que Clément, aujourd’hui successeur de « Pierre, éclaire de sa bénédiction apostolique, afin que, lorsque « le rayon de l'esprit ne suffit plus, brille la splendeur d’une « moindre lumière 2. »

Page 1