‹ La divine comédie traduite et commentéeChapitre 213 sur 314 · Vox faucibus hæsit. (Enéide, 1II · texte numérisé non relu

Vox faucibus hæsit. (Enéide, 1II

3. Voy. dans le ch. V de l'Enfer, ces mêmes mots : à quoi penses-tu? aussi pathétiquement adressés par Virgile à Dante, v. 111.

#. L'eau du Léthé, où Dante va tout à l'heure être plongé. (Voy. XXVIE, 127-132.)

Alors elle ajouta © : e Pour suivre mes désirs qui t’enseignaient « l'amour du Bien, — au-delà duquel on n'aspire plus à rien, —

« quelles traverses, quels précipices, quelles chaines as-tu donc « rencontrés pour abandonner ainsi toute espérance ?

« Et de quelles séductions, de quels avantages les autres biens « sont-ils parvenus à parer leurs promesses, au point de t'attarder « auprès d'eux ? »

Après avoir poussé un soupir amer et profond, péniblement, d'une voix faible, et avec un effort des lèvres,

je répondis en pleurant : « Dès que votre visage me fut caché, de « faux plaisirs, offerts par les objets qui m'entouraient, ont détourné « mes pas. »

« Avouées ou cachées — reprit-clle — tes fautes n’en auraient pas « moins été connues du Juge suprême ;

« mais à notre divin tribunal, lorsqu'un pécheur s'accuse lui-même, « la meule émousse le fil du jugement.

« Toutefois, pour que tu aies encore plus honte de ton erreur, et « pour que tu sois désormais plus fort contre le chant des sirènes,

« taris la source de tes larmes et écoute moi : tu comprendras com- < ment mon corps enseveli aurait dû te diriger dans une direction

— «contraire. |

« Ni l'art ni la nature ne te procurèrent jamais autant de joie que « les belles formes dont j'étais enveloppée et qui ne sont plus main- « tenant que poussières dispersées.

« Or, lorsque ma mort t'a ravi ce bonheur, quel objet mortel aurait « dù posséder le pouvoir d'attirer tes désirs ?

« Est-ce que, au contraire, après avoir été, une première fois, déçu « par de trompeuses réalités, tu ne devais pas t'élever à ma suite, alors « que je m'en étais dégagée ?

« Est-ce que tu devais abaisser tes ailes pour t'exposer à de nouveaux « coups de la part d'une fillette ou de quelque autre passagère

« vanité 7?

« Un oiselet ne fuit un piège que la deuxième ou troisième fois qu'il « le voit; mais un oiseau qui porte tout son plumage s'envole dès « qu'il l'aperçoit et sait éviter une flèche 8. »

J'étais comme un enfant qui, debout et les yeux baissés, écoute, muet, honteux et repentant, les fautes qu'on lui reproche et qu'il avoue.

« Puisque mes paroles t'ont touché, — reprit Béatrice — lève ta « barbe et tu sentiras redoubler ta douleur. »

8. Ici. plus que jamais, Béatrice aymbolise la Science divine. ou Théologie, et tout ce qu'elle dit doit être pris au figuré. (Voy. chant précèd., dernière note.)

6. On ne saurait trop admirer et le fond et la forme du grand enseignement contenu dans les cinq tersines qui suivent.

7. Cette fillette, dont parle ici Dante par la bouche de Béatrice, et qu'il désigne par le mot pargolella, n'est probablement qu'uue allégorie, comme probablement aussi, Gentucca. (Voy. chant XXIV, note A) (ai.

8. Comparaison biblique: Frustra… jacitur rete ante oculos pennatorum. (Procerb.i, 17.)

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