À propys des taches dans la Lune. vos. En’.. XX
19. R-pouse à la fsineuse théorie : nihil est in inteliectu quod non prius fuerit ir sens.
11. Dante met ici dans sa propre bouche une opinion quil avait eue en effet. cari l'avait développée dans le Conc:lo. C'est sans doute apres en avoir reconnu ia fausseté quil la reporte ici pour que Beatrice ia refute a}.
Le Parapis II 445
« Écoute bien ma réfutation, et tu te rendras certainement compte de ta profonde erreur :
« Il y a, dans la huitième Sphère ‘?, de nombreuses lumières, dont l'aspect varie suivant leur éclat et leur grandeur.
« Si le plus ou moins de densité était la cause de cette diversité d'aspect, toutes ces étoiles seraient douées d’une même vertu proportionnée à leur seul volume ‘3.
« Mais, puisque des vertus diverses sont toujours dues à de formels principes, ta solution, en Iles détruisant tous, n'en maintiendrait qu'un seul, le tien.
« En outre, si ces taches étaient dues au manque de densité, de deux choses l'une : ou cette planète serait percée à jour,
« ou elle serait composée de matières différentes ou inégales, comme le gras et le maigre dans le corps d’un animal, ou comme les pages blanches et les pages noires d'un livre.
« Dans le premier cas, au moment d'une éclipse de Soleil, les rayons de cet astre traverseraient ces points de la Lune comme ils traversent tout endroit vide.
« Or, cela n’a pas lieu. Passons donc à la seconde hypothèse. Si je parviens à la réfuter, j'aurai démontré la fausseté de ton opinion. « Les rayons ne traversant pas ces endroits peu denses, c'est qu'ils se heurtent au contraire contre un excès de densité.
« Alors ils seront reflétés comme un objet dont l'image se reproduit sur un verre derrière lequel le plomb se cachet.
« Peut-être objecteras-tu que si la lumière semble plus obscure là qu'ailleurs c'est parce qu'elle est réfléchie en arrière.
« Mais l'expérience — cette source des ruisseaux qui alimentent vos arts — te délivrera quand tu voudras de cette instance ‘5.
« Prends trois miroirs. Place les deux premiers à égale distance de toi, et le troisième, entreles deux premiers, mais plus éloigné de tes yeux. « Place une lumière derrière ton dos, puis, tourne-toi vers ces trois miroirs de façon à ce que le reflet de cette lumière soit visible à tes yeux dans les trois miroirs.
« Bien qu'un objetparaisse d'autant pluspetit qu’il est pluséloigné, tu verras cependant cettelumière briller également danslestrois miroirs. « De même que la neige frappée par la chaleur retire aux objets qu'elle revêtait la couleur glaciale qu'elle leur avait communiquée et les laisse à découvert ;
« de même je veux darder sur ton intelligence, que je viens de dépouiller, une lumière dont l'éclat t'éblouisse.
« Dans le Ciel de la divine paix ‘f, se meut un corps dont la vertu possède l'être de tout ce qu'il contient. 12. La huitième sphère ou Ciel des Etoiles Fixes. 13. Nouvelle allusion à l'influence des astres, plusieurs fois affirmée (8). 14. Cf. Enf., XXII, 35.
15. Instance, terme d'école : réplique contre la réponse à l'objection. 16. Le Ciel de la divine paix, c'est l'Empyrée, séjour de Dieu, qui contient le Cris-
tallin, ou Premier Mobile.
446 LA Divine CoMÉvDtE
« Le Ciel suivant‘, tout constellé, partage cet ètre en diverses essences, distinctes de lui et contenues en lui.
« Les autres Cieux emploient, de diverses manières, la vertu particulière qu'ils possèdent, pour leur propre but et selon leur propre influence.
« Et — comme tu le vois — ces organes vont ainsi, de degré en degré, recevant d'en haut et transmettant en bas.
« Remarque bien comment et par où je marche vers la vérité, afin que tu puisses ensuite tenir seul le gué !
« Le mouvement et la puissance des Cercles saints dépendent de leur moteur comme le marteau dépend du forgeron ;
« et le Ciel, embelli par tant de si brillantes étoiles, devient l'image et l'empreinte de la profonde Intelligence qui le meut.
« De même que l'âme se répand, suivant vos diverses facultés dans « les différents membres dont se compose votre poussière ;
« de même, l'Intelligence multiplie et développe sa vertu parmi les « étoiles évoluant dans sa propre unité;
«< et cette vertu, diversifiée, forme plusieurs lois avec les précieux « corps qu'elle anime'# et auxquels elle est liée comme la vie est liée en vous.
« La Nature bienheureuse, d'où elle descend, fait briller cette puis- « sance, répandue dans leur corps, comme la joie dans un œil vif et limpide.
« C'est donc enfin cette Nature qui donne un aspect varié, non pas à des degrés différents de densité, mais à deux lumières distinctes ; « c'est elle le principe formel qui produit,
« conformément à sa bonté, le sombre et le clair. »
RAR A
NOTES COMPLÉMENTAIRES
(a) Voici le curieux passage en question : « … Si l'on observe bien la « Lune, on reconnaît deux phénomènes que ne présentent pas les autres « étoiles ; l’un est l'ombre que l’on voit sur elle, et qui n’est autre chose que « le peu de densité de sa matière qui empêche les rayons du Soleil de s'y « refléter comme ailleurs. »
(8) Malgré les qualités de style, malgré la noblesse de la forme poétique, toute cette fin du chant II est glacée — il y est d'ailleurs question de neige ! — par de pédants termes d'école, par des dissertations scientifiques, aujourd'hui sans intérêt aucun, qui coupent les ailes au génie de Dante. Les croyances astrologiques sur l'influence des astres s'y heurtent à des théories aujourd'hui surannées. — D'après l’enseignement de l'époque, la matière première était semblable dans tous les corps, dont la diversité d'espèce et de vertu n'était due qu'au principe formel ou forme substantielle.
17. Le Ciel suivant, c'est celui des Etoiles Fixes, ou 8° Ciel, qui vient après le’ Cristallin, en commençant par le 10° ou Empyrée. (Voy. Préambule du Paradis.)
18. Les corps qu'elle anime : Mens agitat molem. (Enéide VI, 721.) Dante reviendra sur l'explication de tout ce système dans les chants XXVIII, 129 et XXIX, 41-86.
CHANT III
Premier Ciel, la Lune : les Vierges dont les vœux furent violés malgré elles, 11.
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ARGUMENT. == Piccarda, — Constance.
Ce Soleil, qui jadis m'avait enflammé d'abord d’un premier amour, venait, par preuves et réfutations, de me révéler le doux aspect de la vérité t,
Alors, voulant me déclarer moi-même désabusé et convaincu, je levai la tête pour parler.
Mais ce que je vis captiva tellement mon attention que j'en oubliai mon aveu à,
Dans une glace transparente et pure 3%, ou dans une eau limpide, tranquille, et assez peu profonde pour rester claire,
nos traits se reproduisent si vagues et si indécis qu'ils ne ressortent pas plus à nos yeux qu’une perle sur un front blanc.
Telles m'apparurent plusieurs ombres dont l'expression du visage indiquait le désir de parler... et je tombai dans l'erreur contraire à celle qui rendit un homme amoureux d’une fontaine :
les prenant pour des reflets je me retournai pour voir leur sujet { : mais il n’y en avait pas.
Alors, ramenant mon regard droit dans les yeux de mon doux Guide, je les vis éclairés d’un sourire rayonnant de sainteté.
« Ne sois pas surpris — me dit-elle — si je souris de ta puérile illu- « sion : ton pied, encore mal affermi sur le vrai,
1. Ce Soleil, c'est d’abord Béatrtce, objet du premier amour de Dante : c'est ensuite la Théologie, objet de son second amour, qui vient d'expliquer la nature destaches de la Lune (chant précéd.).