‹ La divine comédie traduite et commentéeChapitre 246 sur 314 · Cette mer, c'est la Méditerranée (c · texte numérisé non relu

Cette mer, c'est la Méditerranée (c

Le Paranis IX 483

« Entre l'Ebre et la Magra — dont le cours borné sépare les Gêénois « des Toscans —

« j'habitais une ville qui a presque le mème couchant et le même « levant que Bougie ?. Cette ville a déjà rougi de son sang l'eau de son « port?!.

« Sous le nom de Foulque ? j'y étais bien connu, et le Ciel où nous « sommes s'éclaire de ma flamme, comme jadis, malgré ma jeunesse, « j'ai subi l'influence de la sienne *; |

« car, ni la fille de Bélus — qui offensa les ombres et de Sichée et « de Créuse ; — ni Rhodopée — trahie par Démophon; « ni Alcide — alors qu'lole remplissait son cœur, ne brûlèrent d'une ardeur plus vive que la mienne.

« Mais ici, le repentir ne saurait exister, puisque les fautes sont « oubliées: on n'a qu'à se réjouir de l'ordre voulu et prévu par la « Toute-Puissance,

« car on admire l'œuvre divine et ses merveilleux résultats, et l'on « comprend le bien produit par l'action du monde d'en haut qui meut le monde d’en bas ?{.

« Mais, pour satisfaire pleinement la curiosité qui t’amène dans cette sphère, il faut que je t'en dise plus long. « Tu veux connaître cette lumière qui brille près de moi comme un rayon de soleil dans une eau limpide ?

C'est Raab #. Heureuse et tranquille, elle ajoute l'ornement de son éclat au plus haut degré de notre ordre.

« Après le triomphe du Christ, elle fut reçue avant toute autre dans ce Ciel où porte la pointe de l'ombre formée par votre monde #6. « Ilétait bien juste de lui accorder, comme palme triomphale, le séjour dans une des sphères du Paradis, en signe do la haute victoire remportée par l'une et l'autre main ?.

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90. La ville désignée ici est Marseille, située à peu près à égale distance de l'Ebre espagnol (Cf. Purg., 3) et de la Magra italienne (Cf. Enf., XXIV, 145-148, et Purg., VIII, 116), et dont le méridien est à peu près le même que celui de Bougie en Algérie.

21. Allusion au siège de Marseille. (Voy. Purg., XVILI,102.) 11 faut avouer que cette sinueuse circonlocution pour indiquer tout bonnement Marseille est terriblement pédante et alambiquée.

22. Celui qui parle ici est Foülque de Marseille, célèbre trouvère. Fils d'un riche marchand, il composa nombre de poësies amoureuses ct mena d'abord joyeuse vie; puis il se fit moine, devint abbé de Torontet en Provence,et mourut évêque de Toulouse, vers 1213.

23. Il veut dire qu'il contribue à la lumière du Ciel de Vénus après avoir subi sur Terre son influence amoureuse avec tant de force qu'il prétend avoir surpassé en passion trois exemples fameux, ceux de Didon, de Rhodopée et d'Hercule (D).

2%. Ce passage explique la pensée contenue plus hout. page 481, note 7.

25. Raab, la femme qui fut cause de la prise de Jéricho. Lorsque le Christ revint triomphant des Limbes avec les âmes délivrées, Raab fut placée au plus haut degré de béatitude. (Voyv. Josué IF) (E).

26. D’après Ptolémée, l'ombre conique de la Terre porte sa pointe jusqu'au Ciel de Vénus.

27. Cette haule victoire remportée par l'une et l'autre main, c'est la prise de Jéricho, efel d'une simple invocation avec élévation rituelle des mains par Josué. sous l'inspiration du chef des armées de l'Eternel. On a voulu voir dans cette victoire la Rédenption acquise par les muins du Christ clouées sur la croix, mais c'est à tort.

481 La DivixE COMÉDIE

« N'est-ce pas elle, en effet, qui favorisa la première conquête de « Josué dans cette Terre Sainte, dont le Pape ne se soucie guère ?

« Ta ville, fondée par le premier qui, en trahissant son Créateur, a « causé tant de maux;

« ta ville, comme une plante détestable, produit et propage la fleur « qui fourvoie agneaux et brebis, pour les livrer au berger devenu « loup *

« Pour cette fleur, maudite, on délaisse l'Evangile et les grands « Docteurs et l’on n’étudie plus que les Décrétales : comme on le voit « bien à leurs marges *? !

« C'est là ce qui absorbe la pensée du Pape et des Cardinaux, et la « détourne de Nazareth, où l'Ange Gabriel déploya ses ailes #1

« Mais le Vatican et autres lieux sacrés de Rome, où repose la « milice qui suivit Pierre,

« seront bientôt délivrés de cet infâme adultère 3! ! »

NOTES COMPLÉMENTAIRES

(A) On ne saura jamais à quel titre cette Cunizza — qui fut notoirement une gourgandine fieffée — figure au Paradis, même à un rang inférieur. Évidemment il y a une raison, mais elle ne nous est point parvenue. Cette raison est d'autant plus mystérieuse qu'Azzolino, son frère, est plongé sans merci, quoique Gibelin, dans le rang des Violents, première enceinte du septième Cercle de l'Enfer (Ch. XII). Peut-être Dante n'a-t-il pas trouvé de meilleur moyen pour annoncer les défaites guelfes que de les mettre, sous forme de prédiction dans la bouche d'une sœur d'Azzolino III, un des plus féroces ennemis du parti guelfe. En tout cas, Dante s'est rendu compte de l'inconvenance qu'il commettait, car dans les trois vers suivants il présente une sorte d'excuse, d'ailleurs embrouillée, à sa paradisalion intempestive de la belle Cunizza.

(8) De ces trois victoires gibelines, la troisième fut la plus meurtrière pour les Padouans. Comme elle date de 1318, on infère de ce passage que Dante écrivait celte partie du Paradis en 1318 ou plus tard. Cependant cette preuve n'est pas concluante, car il n'a peut-être pu viser que les deux précédentes. En 1314 et en 1318, les Gibelins avaient à leur tête Can Grande della Scala (Voy. Enf., L, 101). En 1314, Jacques de Carrara, podestat de Padoue, chef des Guelfes, fut fait prisonnier.

(c) En disant que l'horizon de la Méditerranée devient méridien, il va

28. Ta ville, c'est-à-dire Florence, fondée par le Démon. La fleur emblématique, c'est le lys jaune, armes de cette ville, qui égare les troupeaux et les livre au loup, c'est-àdire au Pape. Par cette fleur il faut entendre aussi l'amour de l'or qui corrompt la cœur de Rome au moyen des florins d'or à l'effigie du lys, frappés à Florence, à partir de 1252.

29. Les Décrétales servent surtout à fournir les Hernenrs moyens de tirer bénéfice des choses sacrées (Fr).

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