‹ La divine comédie traduite et commentéeChapitre 247 sur 314 · Allusion à l'Annonciation · texte numérisé non relu

Allusion à l'Annonciation

31. Le Pape étant l'époux de l'Eglise, commet un adultère en la trahissant. (Voy. Enf., XIX, 1-4; Purg., XXXII, 148, ad finem.) (Voy. aussi la Lettre aux Cardinaux italiens, chap. VI1), écrite dans le même sens par Dante en 1314, c'est-à-dire avant quil eût écrit ce chant du Paradis. La fin de ce chant prédit à l'Italie, ainsi qu'à l'Eglise... un sauveur. Celui qu'il avait en vue était probablement Can Grande, le Lévrier du premier chant de l'Enfer (G).

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sans dire que Dante parle approximativement, car de Gibraltar à la Palestine il n'y a pas mème la moitié des 90 degrés nécessaires pour que l'horizon devienne méridien. — L'expression enguirlander la Terre, appliquée à l'Océan, est empruntée à la Somme; et l'idée des peuples divers — discordants — que baigne la Méditerranée, à l'Enéide : Litora liloribus contraria (IV).

(p) Les amours de Didon et d'Enée offensaient à la fois l'ombre de Sichée, époux de Didon, et celle de Créuse, épouse d'Enée. — Phillis, fille de Lycurgue, reine de Thrace, était appelée Rhodopée, du nom du mont Rhodope où elle naquit. Elle aima Démophon, fils de Thésée, qui lui avait promis de l'épouser à son retour de Crète. Celui-ci ne revenant pas, elle se pendit et fut métamorphosée en amanadier. (Ovide, Héroïd. Il.,) — Hercule aimait [ole, fille d’Eurytus, roi d'Etolie, lequel lui avait promis sa main mais refusa ensuite de tenir sa promesse. Hercule tua Iphite, frère d'Iole et enleva celle-ci. Il allait l’épouser quand la jalouse Déjanire lui envoya la tunique de Nessus. (Voy. Enf., XXV, 32 et XII, 68.)

(E) Raab avait fait signe, au moyen d'un drapeau rouge placé à sa fenètre, aux espions envoyés par Josué dans Jéricho. Elle les cacha dans sa maison, ce qui détermina la chute de Jéricho. (Voy. Josué, II et VI; Saint Paul, Hébr., Il, 21.)

(Fr) Les Décrétales forment un recueil des lois canoniques, dont les cinq premiers livres furent réunis et publiés en 1234 par Grégoire IX, ou plutôt, sur l'ordre de ce Pape, par Saint Raymond de Pennaforte (1227-1241), et le sixième par Boniface VIII (1294-1303). Ces lois posent les principes les plus favorables à l'omnipotence pontificale. (Cf. XII, 82-83.)

(G) La prédiction qui termine le chant IX reste vague. Il est assez probable qu'ici le poète appelle tout bonnement un sauveur ou un vengeur indéterminé, dû à l'intervention divine en faveur de la bonne cause. En tous cas, si le génie dantesque s'abandonne ainsi une fois de plus à un de ces débordements de bile dont il est coutumier et dont la virulence est fort déplacée en plein Paradis; si ce neuvième chant contient en outre d'autres taches que nous avons signalées, il le fait suivre, par un de ces admirables contrastes qu'il sait si habilement disposer, d'un dixième chant tout entier consacré aux traits les plus fins, aux peintures les plus délicates dont les Pères de l'Église lui fournissent les pieux modèles et qu'il reconslitue en une suite de portraits magistralement traités par un pinceau plein de charme et d'onction.

CHANT X

Quatrième Ciel, le Soleil : les Pères de l'Eglise, 1.

fe

ARGUMENT. — Premier Cercle des Bienheureux. — Saint Thomas d'Aquin : Albert le Grand, Gratien, Pierre Lombard, Salomon, Saint Denis l'Aréopa-

gite, etc.

En fixant sur son Fils un regard rempli de l'Amour éternel qui les anime l’un et l'autre, la première et ineffable Valeur

créa l'ensemble de tout ce qui peut être embrassé par notre intelligence et par nos yeux, dans un ordre si parfait que le contempler suffit pour éprouver une perpétuelle joie *.

Admire avec moi, lecteur, l'art du Maître qui se retrouve dans son Œuvre, la chérit, et n’en détourne jamais son regard.

Lève les yeux vers ces hautes sphères, et dirige les sur ce point, où deux mouvements se heurtent l’un et l'autre ? :

tu verras obliquer le cercle qui porte les planètes au monde qui les réclame $.

S'il ne suivait pas ce chemin tortueux, une grande partie des influences célestes resterait vaine et presque toute puissance serait morte sur la Terre.

Bien plus, si ce chemin ondulait plus, ou moins, l’ordre universel serait rompu, aussi bien là-haut qu'ici-bas {.

Et maintenant, assis sur ton banc, entreméle ta lecture de réflexions, afin d'éviter une lassitude pouvantte priver des nouvelles et sublimes joies qui t'attendent et dont tu ne peux avoir qu'un avant-goût.

Par moi la table est mise : à toi de te servir seul, car le sujet dont je suis le narrateur réclame tous mes soins 5.

1. Théologiquement, la Création est l'œuvre, non pas de Dieu seul, mais de la Trinité dont les trois personnes sont appelées ici : Première Valeur, Fils et Amour (4).

2. Le point d'intersection des lignes du zodiaque et de l'équateur (8). . Ce Cercle, c'est le zodiaque. Ici encore Dante attribue aux astres une influence sur a Terre.

4. N'y a ici uue allégorie appliquée aux pouvoirs religicux et politique. Tout ce passage est basé sur le système de Ptolémée et sur les indications d'Aristote (c).

5. Dante avertit le lecteur que les sublimités qu'il va décrire absorberont trop tous

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Le plus puissant agent de la nature, qui transmet du Ciel au monde le mouvement, la lumière et le temps,

suivait cette partie de la spirale qui le fait paraître plus tôt chaque matin, et touchait au point que je viens d'indiquer 6.

Je venais de l’attcindre sans m'être aperçu comment j'y avais été transporté par Béatrice, :

par Béatrice, qui fait passer au mieux si rapidement qu'on ne se rend pas compte du temps dépensé.

Comment peindre l'éclat de la rayonnante clarté qui la rendait brillante, même au sein du Soleil où j'étais entré avec elle ?

En vain, j'appellerais à mon aide poésie, art, expérience, jamais je ne parviendrais à décrire ce que j'ai vu. mais, croyez moi, dirigez vos aspirations vers la jouissance d'un tel spectacle !

Quoi d'étonnant à ce que notre imagination soit impuissante à s'élever jusqu'à de tels sommets, puisque jamais œil humain ne dépassa le Soleil ?

Ainsi j'arrivai dans la quatrième famille du Père Suprême qui la rassasie sans cesse par la vue de son Fils et de son Amour*.

Alors Béatrice:;« Rends grâce, — dit-elle — rends grâce au Soleil des « Anges qui t'accorde la faveur de t'élever jusqu'à ce Soleil sen- « sible®. »

Jamais cœur mortel ne fut plus disposé à se dévouer et à s'élancer vers Lui, plein de reconnaissance et de zèle,

que le mien en entendant ces paroles. Mon amour tout entier se plaça si complétement en Lui, que Béatrice en fut éclipsée dans l'oubli.

Mais, loin d'en éprouver aucun déplaisir, elle s'en montra, au contraire, si joyeuse, que l'éclat de ses yeux riants répandit sur diverses choses mon attention, concentrée auparavant en Dieu.

Et cela me permit de voir plusieurs lumières formant une couronne autour de nous: leur voix était plus douce encore que brillante leur clarté.

Ainsi voit-on parfois, à travers l'air humide, la fille de Latone ajuster sa ceinture ‘?.

Dans la cour céleste d'où je reviens, se trouvent de nombreuses gemmes, rares et merveilleuses, qu'on ne peut sortir du royaume ‘.

ses soins pour lui permettre d'entrer dans leur explication, et que, par conséquent, il faut que le lecteur apporte toute son attention à en pénétrer par lui-mème le sens, afin d'en apprécier l'avant-yoût, en attendant qu'il en éprouve la juuissance, s'il doit gagner le Paradis.

6. Le Soleil était près de l’équinoxe du printemps, dans le signe du Bélier, car nous sommes au {°r avril.

7. La Théologie fait progresser si rapidement et si sûrement dans la voice de la vérité, que la question du temps passé est nulle.

8. Dans le 4 Cicl, où les âmes jouissent de la vue de la Trinité entière.

9. Le Suleil des Anges, Dicu, par opposition au Soleil sensible,ou physique.

10. Quelle élégante et gracieuse comparaison empruntée au halo lunaire! (Cf. Purg., XXIX, 78.)

11. Dante appelle souvent les âmes du Paradis des pierres précieuses (gioie, joyaux,

Aussi admirable était leur chant... mais si tes ailes ne sont pas assez fortes pour te porter jusque-là, renonce à t'en faire une idée : autant vaudrait en demander la description à un sourd-muet.

Trois fois ces astres resplendissants tournèrent autour de nous en chantant, ainsi que des étoiles voisines d’un pôle fixe.

Puis, comme des danseuses s'arrêtent pour entendre un nouveau couplet, ils suspendirent leur ronde,

et l’un d'eux me dit : « Puisque le rayon de la Grâce où s'enflamme « l'Amour vrai — qui grandit en aimant —

« te prodigue sa splendeur et te permet de gravir ces degrés que « seuls peuvent descendre ceux quiles peuvent remonter ‘*,

« comment, à moins d’être aussi peu libre que l'eau, forcée de se « jeter dans la mer, te refuser le breuvage dont tu as soif?

« Tu désires connaître les fleurs de cette guirlande, ravie de contem- « pler la belle Dame à qui tu dois d'être monté au ciel ‘3 ?

« Je suis un des agneaux du saint troupeau, guidé par Dominique « dans un chemin où l'on se fortifie à souhait, pourvu qu’on sache « résister aux vanités '{.

« Voici, immédiatement à ma droite, mon frère et mon maître, Albert « de Cologne ; et moi, je suis Thomas d'Aquin ‘.

« Si tu veux connaître tous les autres, écoute mes indications, pen- « dant que ton regard fera le tour de notre heureuse couronne.

« Cet autre foyer de lumière émane du sourire de Gratien, si utile «< dans l’un et l’autre Droit, que son œuvre est agréable au Paradis‘.

« Ensuite, voici Pierre, autre ornement de notre chœur : comme la « pauvre veuve, il offrit son trésor à la Sainte Eglise ‘.

« La cinquième lumière, — la plus belle lumière d'entre nous, — <rayonne d'un tel amour, que la Terre entière est anxieuse d'avoir « de ses nouvelles.

joies). Il fait de plus allusion ici à certains pays de production où l'exportation d'objets de grand prix était interdite. Encore aujourd'hui, la loi italienne défend l'exportation des objets d'art de valeur importante. Il est fâcheux qu'il n'en soit pas de méme en France, d'où partent, surtout pour l'Amérique, tant d'œuvres que nous devrions précieusement conserver.

12. Ces degrés sont les Sphères du Paradis que seuls les Anges peuvent descendre et monter, comme du reste les Cercles de l'Enfer et les Girons du Purgstoire.

13. Celle guirlande est une des randes formées d'un petit nombre de bienheureux présidés, pour ainsi dire, par un esprit encore plus marquant que les autres. Celle-ci est conduite par Saint Thomas d'Aquin, et c'est lui qui parle et indique ses compagnons. Voy. Par., XH, 3, note A.)

14. C'est-à-dire : « j'étais dominicain, ordre excellent mais qui expose à l'ambition. » Le chemin où l'on se fortifie sera expliqué par Saint Thomas au chant suivant.

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