‹ La divine comédie traduite et commentéeChapitre 251 sur 314 · Saint Francois entra dans les ordres malgré son père · texte numérisé non relu

Saint Francois entra dans les ordres malgré son père

16. Allusion à l'anecdote, rapportée par Lucain, au sujet de César frappant la nuit à la porte de la cabanc du pauvre pécheur Amvclas (b).

17. Bernard de Quintavalle. d'Assise, premier disciple de Saint François (E).

48. Gilles, troisième disciple de Saint François, envoré en Afrique et que Saint François appelait « notre héros ». — Sylvestre, prètre, qui s'attacha aussi à Saint François. — Ne pas oublier qu'ici l'épouse veut toujours dire la Pauvreté. Sa famille veut dire ses disciples.

19. L'ordre des Franciscains a ëlé approuvé d'abord par Innocent JIT en 1214.

20. La seconde et plus solennelle approbation papale fut accordée par Honorius II, en 1223 (F).

L C'est probablement le Soudan d'Egypte ou de Numidie qui est désigné ici. (Voy.

nf. V,60.).

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Christ le dernier sceau, et ses membres le portèrent pendant deux « années ?2.

« Enfin quand il plut à Celui qui l'avait choisi pour unsi grand rôle « de l'appeler à la récompense méritée par son humilité,

« François recommanda son épouse si chère à ses frères et dignes « héritiers, en leur enjoignant de l'aimer fidèlement.

«et cette noble âme, s'envolant du sein de l'épouse bien aimée, « retourna dans son royaume, ne voulant pour son corps d'autre enve- « loppe que la terre #.

« Et maintenant, pense s’il devait être grand celui qui est considéré « comme son digne émule pour bien diriger sur la haute mer la barque « de Saint Pierre !

« Ce fut notre patriarche. En suivant ses instructions, on n'em- « barque, comme tu peux t'en rendre compte, que de bonne mar- « chandise *{.

« Mais son troupeau est devenu si avide d’une pâture différente « qu'il s'égare fatalement dans de mauvais sentiers ;

« et plus ses brebis vagabondent loin de lui, moins elles rapportent « de bon lait au bercail.

« Il y en a bien qui redoutent le péril et se serrent autour de lui, « mais elles sont si peu nombreuses qu'il ne faut guère de drap pour « les fournir de capes!

« Si mes paroles n'ont pas été obscures, si tu les a bien écoutées et « si tu te les rappelles bien,

« un de tes doutes est éclairci. Tu vois de quel arbre je t'ai débité « le bois. Tous ceux que ceint la courroie comprendront le sens de « cette phrase : |

« on se fortifie à souhait, pourvu qu'on sache résisier aux vanilés *. »

NOTES COMPLÉMENTAIRES

(A) J'ai dégagé des douze adinirables premiers vers de ce chant les termes scolastiques qui les obscurcissent, tels que: APHORISME, employé comme allusion aux Aphorismes d'Hippocrate, et défini ainsi par Galien:

22. Ce dernier sceau, c'est-à-dire les stigmates que Saint François reçut sur le mont Alvernisa (6)et qu'il porta deux ans, jusqu'à sa mort (4 octobre 1226).

23. 11 mourut comme un pauvre et voulut que son corps fût déposé dans le terrain des suppliciès. (Muratori : Antiq. Ital., t. 4.)

Spiritus redeat ad Deum qui dedit illum (Hcclés., XII, 7).

24. L'éloge de Saint François d'Assise est fait ici par Saint Thomas d'Aquin, dominicoin. En parlant de nolre patriarche, c'est donc de Saint Dominique que parle incidemment Saint Thomas. Quant à l'éloge de Saint Dominique, il sera fait par Saint Bonaventure dans le chant suivant. Ce rapprochement, cette assimilation des rôles de Saint François et de Saint Dominique concourant tous deux à une mème œuvre, se rapportent à la fameuxe vision d’innocent III, qui lui montra Saint-Jean-de-Latran — maler et caput Ecclesiarum — menaçant ruine, mais soutenu et raffermi par Saint Françoisd'Assise et Saint Dominique.

25. Toute la fin de ce chant s'applique, non plus à Saint François, mais à Saint Dominique et aux Dominicains : « Tu vois — dit Saint Thomas — de quelle doctrine je « t'ai débité les sentences, et désormais tu es en mesure, comme si tu étais toi-même

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grandis senlenlia breui oralione comprehensa; SYLLOGISME; SOPHISME; NÉGoO- CIATION CIVILE, souvenir de cette phrase de Saint Paul : implicat se negoliis sæcularibus.

(B) « Ceux qui contemplent la lumière ‘éternelle — a dit Saint Augustin — « resplendissent comme le soleil. » (Conf. 1V.) — L'un — Saint François — fut doué de la Charité des Séraphins; l'autre — Saint Dominique — éclairé des lumières de la Science par les Chérubins. L'Amour et la Sagesse sont les vertus fondamentales de l'Église autrement dit, la Charité et la Doctrine. Les Séraphins sont les premiers de la première hiérarchie céleste, et les Chérubins les seconds. (Voy. Préambule du Paradis, page 434). Saint Thomas dit dans la Somme: « Le Chérubin interprète la Science et le « Séraphin l'Ardeur ou Inflammation. » En disant que l'Épouse. c'est-à-dire l'Église, doit suivre sûrement (sicura) le Bienaimé, Dante se souvient de ces paroles de Saint Paul: « Car je suis assuré que ni la mort, ni la vie, ni les Anges ni les Principautés... ne pourra nous séparer de l'amour que Dieu nous a montré en Jésus-Christ, Notre Seigneur. » (Rom. VIII, 38-39.)

(c) Saint François d'Assise naquit à Assise, en Ombrie, en 1182. Baptisé sous le prénom de Jean, sa facilité à apprendre le français lui valut le surnom de François. Son père, Bernardone, riche marchand de laine, voulait en faire un commerçant, mais son irrésistible vocation le fit entrer dans Îles ordres. Il fonda l'ordre des Franciscains. Dans sa Vie de Saint François d'Assise, Saint Bonaventure applique à ce saint les paroles suivantes de l'Apocalypse qui ont fourni à Dante les termes de sa brillante apologie : « Vidi alterum angelum ascendentem ab ortu solis, habentem signum Dei vivi. » (VII, 2.) — A propos du jeu de mots sur Assise, comme celui de Dante est intraduisible j'ai tâché de lui trouver un équivalent. Dans le texte, Dante propose de ne plus dire Assise (Ascesi signifie je m'élevai) mais Orient, puisque c'est là — à Assise — que s'est élevé ce Soleil humain.

(bp) Lucain raconte, dans la Pharsale, que Jules César, ayant frappé, au milieu de la nuit et tandis que tout fuyait à son approche, à la porte de la cabane du pauvre pêcheur Amyclas, l'appel de cette voix qui faisait trembler le monde n'effraya pas ce dernier et ne troubla pas la tranquillité dont il jouissait avec sa compagne, la Pauvreté. Cet Amyclas transporta César de Durazzo (Cf. Par., VI, 65) en Italie. (Voy. Convilo, IV, 13.)

. « Quisnam mea naufragus, inquit, Tecta petit, et quem nostræ fortuna coegit Auxilium sperare casæ ? »

César s'écria :

O vitæ tuta facultas pauperis angustique lares, O munera nondum intellecta Deum !

(E) Bernardo da Quintavalle était un des principaux citoyens d'Assise. Résolu à quitter le monde, il consulta Saint François. « C'est à Dieu — répondit celui-ci — qu'il faut demander conseil... » etils entrèrent tous

« dominicain, c'est-à-dire ceint de la courroie, de comprendre la phrase que je t'ai déjà « deux fois dite Ch. X, %6. el XI, 25),et que je répète ici encore : on se forlifie, elc. » A propos de courroie, il faut remarquer que Dante se souvient, dans ce passage, que s'il n’a pas ceint la courroie dominicaine, il a ceint la corde franciscaine. (Voy. Enf., XVI, 106-108.) Il y a dans le texte, non pas ceint de la courroie, mais corroyer (correggier), comme on dit cordelier (cordiglier, Enf., XXVII, 67) en parlant de l’ordre franciscain.

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deux dans l'église de Saint-Nicolas. Après avoir prié, François ouvrit une première fois le livre des Évangiles, et lut : « Si vous voulez ètre parfait, «a vendez ce que vous possédez. » La deuxième fois, il trouva ces paroles : « N'emportez rien en voyage. » Entin la troisième fois : « Que celui qui veu « venir à moirenonce à soi-même : qu'il porte ma croix et me suive. » Telle est — ajouta ce saint homme — ma règle et celle de ceux qui voudront se joindre à moi.

François envoya d'abord Bernard prècher avec Picrre en Romagne, puis avec Gilles dans la Marche d'Ancone (Abrégé de l'Hist. Ecclés., t. V, p. 546-7.)

Dans le texte de Dante, le mot que j'ai traduit par se déchaussa est scalzäà. Ce motest pris au propre, et non, comme on pourrait le croire — en pensant aux Carmes déchaussés — au figuré. Le verbe italien scalzarsi, se déchausser, signifie, por assinulation, se faire moine (déchaussé ou non), faire vœu de pauvrelé. Saint Luc dit de mème: « Lorsque je vous « envoyai sans bourse, sac, ni souliers, avez-vous manqué de quelque chose ? — 11s répondirent : « de rien ».

(F) Dante dit que le pape Honorius lIT fut inspiré par l'Espril éternel en accordant cette seconde approbation parce qu'on rapporte que le Saint Esprit lui avait montré en songe la vaste destinée de l'ordre naissant. — Archimandrite est le titre donné par l'Église grecque aux abbés de monastère, et que Dante emploie ici par analogie. Dans son traité De Monarchia, Dante appelle ainsi Saint Pierre. Le mot est d'ailleurs bien approprié puisqu'il signifie chef de bercail.

{G) L'Alvernia est siluée près de Bibbiena, dans le Casentin. Sur cet abrupt rocher un couvent a été bâti. On ÿ montre encore l'endroit où Saint François reçut les stigmates. La vuc qu'on découvre de ce lieu est merveilleuse et s'étend jusqu'à la Méditerranée d'un côté, et de l'autre, jusqu'à l'Adriatique. La fète des Stigmates se célèbre toujours au monastère de l'Alvernia, et y attire de nombreux pèlerins, qui recoivent, par centaines, hommes et femmes, l'hospitalité des bons moines franciscains.

CHANT XII

Quatrième Ciel, le Soleil : les Pères de l'Église, 111.

ske

ARGUMENT. — Second cercle de Bienheureux : Saint Bonaventure, franciscain, fait l'éloge de Saint Dominique. Le Cardinal d’Ostie, Taddeo, Casal, etc.

Dès que cette flamme bénie! eut prononcé sa dernière parole, la sainte meule ? se remit à tourner. ;

Mais avant d’avoir achevé un tour, un second cercle l'enveloppa, réglant son mouvement et son chant sur les siens.

Autant le rayon réfléchi pâlit auprès du rayon incident, autant nos muses et nos sirènes sont vaincues par ces doux et purs gosiers 3.

Lorsque la servante de Junon { paraît au ciel, on voit deux arcs parallèles, semblablement colorés, tracer dans la brume légère leurs courbes successives, qui rappellent aux hommes que Dieu a promis à Noé de ne plus submerger le monde.

De ces deux arcs, l’externe n'est qu'un reflet de celui qu'il entoure, de même que la voix de cette nymphe que l’amour consuma comme le Soleil dévore une vapeur.

Telles tournaient autour de nous les deux guirlandes de roses éternclles, dont la plus éloignée répondait à celle qu'elle contenait.

Après danse, chant, rayonnement mutuel et autres fêtes joyeuses,

elles s'arrètèrent ensemble, d’un commun accord, au même instant, comme nos deux yeux, qu'une seule volonté ouvre ou ferme à la fois.

ï Celle flamme bénie, Saint Thomas, dont le discours s'est terminé avec le chant précédent.

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