Dans son verbe, dit Dante
3. Dante s imagine faussement que la lumière divine réfléchie vers lui par: les veux de Béatrice, comme par un miroir, comble ses désirs, c'est-à-dire lui donne la joie du Paradis; mais Béatrice corrige cette erreur. En effet, ce n'est qu'un reflel qu'on voit en Béatrice — en tant que Théologie, — un second aspect de la lumière divine, tandis que les âmes bienheurcuses, comme Cacciguida, en reçoivent le rayonnement direct.
ainsi, reportant mes regards du côté de la sainte lumière * vers laquelle Béatrice me ramenait, je lus dans sa flamme fulgurante le désir de m'entretenir davantage.
Aussitôt Cacciaguida reprit : « Dans ce cinquième étage de l'arbre « qui se nourrit par sa cime, qui produit des fruits éternels et ne perd « jamais son feuillage,
« habitent d'heureux esprits dont la gloire fut assez grande sur la « Terre pour enrichir les plus nobles Muses.
« Regarde les bras de la croix $ : pareil à l'éclair du sein dela nuée, « tu vas voir s'élancer le héros que je vais te nommer. »
Le nom de Josué? n'était pas encore prononcé, que déjà une lumière traversait la croix comme un trait.
Une autre, au nom du grand Macchabée®, se mit à tourner par l'effet de la joie, comme un sabot par l'effet du fouet °.
Puis mon regard, comme celui du fauconnier attentif au vol de son oiseau, suivit Charlemagne et Roland .
De même j'aperçus Guillaume, Rinoard ‘!, le duc Godefroid et Robert Guiscard ‘*.
Enfin l'âme de Cacciaguida reprit part au mouvement des autres lumières et me montra son talent parmi les chanteurs du Ciel.
Alors, je me tournai à droite pour demander à Béatrice de m'indiquer mon devoir par une parole ou par un signe.
Ses yeux étaient plus purs et plus joyeux que je ne les avais jamais vus, même la dernière fois ;
et de même qu'on éprouve une joie chaque jour plus grande à se sentir en progrès dans la bonne voie,
de même, la contemplation de nouvelles merveilles m'apprit que je tournais dans un Cercle plus grand sous un Ciel plus vaste ‘1.
Aussi vite que la rougeur due à la confusion disparaît du teint clair d'une femme et fait place à la pâleur,
je vis blanchir à mes yeux la sixième étoile, qui venait de m'’accueillir dans son climat tempéré ‘.
C'était la planète dédiée à Jupiter, où Je vis les signes de notre langage, figurés par les scintillements de l'amour.
Comme des oiseaux de rivière qui se mettent en lignes et en cercles
&. La sainte lumière désigne encore ici Cacciaguida.
5. Ce cinquième élage, c'est le cinquième Ciel où nous sommes; l'arbre, c'est le Paradis, qui se nourrit par sa cime, c'est-à-dire par Dieu.
6. Cette croix, c'est la croix lumineuse de Mars, décrite dans les chants XIV et XV.