Réponse confirmative à la première tersine de ce chant
5. Comparaison fortexacte empruntée au mécanisme de la vue: les images où se fixent les resards sont réflcchics sur la rétine comme sur une plaque photographique.
LE Paranis XXI 541
La douce joie d'obéir à ma céleste compagne vint remplacer celle que me causait la vue de son bienheureux visage ;
pour évaluer cette divine joie, il faudrait connaître aussi l’autre, qui seule peut la contrepeser f,
Dans ce cristal qui tourne autour du monde, et porte le nom du bon prince sous le règne duquel toute malice gisait morte ?,
je vis une échelle d'or, translucide au rayon du Soleil, dressée si haut que le sommet échappait à mes regards.
Sur ses degrés, d'innombrables et rayonnantes lumières descendaient comme un ruissellement de toutes les étoiles du Ciel À.
Et de même qu'au lever du jour, les corneilles s'agitent d’abord toutes ensemble pour réchauffer leurs plumes,
puis se séparent — celles-ci partant sans retour, celles-là revenant au nid, les autres tournoyant sans s'éloigner ? —;
ainsi ces clartés étincelantes descendaient de compagnie jusqu’à un certain degré;
mais l’une d'elles, arrêtée plus près de nous, devint si brillante que je discernai bien l'amour qui l’attirait vers moi.
Cependant, celle de qui j'attends, et l’ordre de parler ou de me taire, et l'indication de ce que je dois dire, restant muette, je crus sage de suspendre la question que j'aurais voulu poser.
Alors, comme Béatrice voyait Celui qui voit tout, elle vit ainsi ‘ Ie désir que je n'osais exprimer, et me dit : « Satisfais ton ardente curio- « sité. »
« Mon mérite, il est vrai, — dis-je à cet esprit — est insuffisant pour me rendre digne dune réponse de toi; mais c'est au nom de Celle qui m'autorise à te questionner,
« que je te prie — âme heureuse, cachée dans ta joie ! — de m'apprendre le motif de ta venue si près de moi;
« dis moi aussi pourquoi la douce symphonie du Paradis — dont les pieux accords enchantent les Sphères précédentes —- se tait dans celle-ci? » |
« Mortel, — me répondit-il — pour nos chants et pour le sourire dont rayonne ici Béatrice, tu as la vue et l'ouïe trop faibles encore ‘!.
« Si je suis descendu jusqu'à ce degré de l'échelle sacrée, ce n'est point que j'aie été mû et hâté par un plus grand amour :
& RAR
Par Miroir, Dante désigne la planète Saturne, comme il a désigné le Soleil (Purg., IV, 62), les Anges (Par... IX, 61), etc.
6. Si la joie d'ohéir à Dieu est la plus grande de toutes, combhien grande devait être celle de contempler ici Béatrice, puisque seul un pareil contrepoids — summum — pouvait la dépasser.
7. Ce cristal, la planète Saturne, que Dante vient d'appeler élernel miroir (18). — Ce bon prince, Saturne, à qui les poctes attribuent le règne de l'Age d'or.
8. Cette échelle d'or, c'est l'échelle de Jacob, dont il sera de nouveau question au chant suivant (8).