Cf. Purg., XXII
8. Non mihi si centum Deus ora sonantia linguis.… tolumque Helicona dedisset, elc.
Ovide, ét. VIII.)
Aussi, lecteur, pour te faire une idée du Paradis que j'admirai, imagine qu'un fossé barre ton chemin, et que tu as à le franchir; mon pieux poème est comme ce fossé : il faut que ton esprit le dépasse, et bien au-delà!
Un sujet si sublime est d'un tel poids pour la faiblesse de mes épaules mortelles que tu ne blâmeras pas mes frayeurs.
Est-ce une petite barque qui oserait se risquer à fendre une pareille mer ? Est-ce un nocher timide qui la pourrait guider ?
« Pourquoi t'énamourer de mon visage au point de ne pas tourner « tes regards vers le jardin délicieux, fleuri par les rayons du Christ? ?
« Là est la Rose où le Verbe divin s’est incarné ‘; là sont les Lys « dont le parfum indique le bon chemin ‘!. »
Ainsi parla Béatrice ; et moi, prompt à suivre ses avis, je me hâtai de ramener au combat mes faibles regards.
Comme parfois, tandis que l'ombre abrite nos yeux, nous apercevons, à travers un nuage entr'ouvert, un rayon de soleil qui éclaire au loin une prairie en fleurs ;
ainsi, descendus d'un foyer lumineux caché, de fulgurants rayons tombaient sur une foule de splendeurs.
O bienfaisante Vertu qui les éclaires, c'est pour me permettre la contemplation de ces lumières que tu t'élevas ainsi hors de la faible portée de mes regards ‘?|
Voulant admirer la belle fleur dont j'invoque le nom matin et soir, je cherchai la plus brillante de ces lumières.
Dès que mes deux yeux m'eurent révélé la qualité et la grandeur de la vivante étoile qui triomphe là haut comme elle triompha icibas,
une flamme descendit du Ciel et l’entoura comme d'une couronne.
La plus douce, la plus émouvante mélodie, parmi toutes celles qui charment le plus ici-bas, ressemblerait au déchirement d’un nuage frappé par la foudre,
si l’on pouvait la comparer aux sons de la lyre chantant autour de ce saphir immaculé, d'un azur plus pur que le plus limpide des cieux.
« Je suis l'amour angélique; je vole autour de la sublime joie sortie « du sein qui fut l’asile de nos vœux" ;
« et ainsi continuerai-je à t’entourer de mes ailes — Ô Reine du
9. Ne pas oublier que le mot Paradis signifie enclos ou jardin en sanscrit, zend, grec, elc., comme le mot éden en hébreu.