‹ La divine comédie traduite et commentéeChapitre 299 sur 314 · Halo. Cf. Purg.. XX1IX, 78; Par., X · texte numérisé non relu

Halo. Cf. Purg.. XX1IX, 78; Par., X

3. L'envoyé de Junon, J'arc-en-ciel. (Cf. Purg., XXE, 50; XXIX, 78 ; Par., XII, 10-12, XXXIIL, 118.)

Le Paranis XXVIII 583

Enfin le huitième et le neuvième étaient aussi de moins en moins rapides, et de plus en plus éloignés du point central.

Quant à leur clarté, elle était brillante en raison de leur proximité de la pure lumière, ce qui me parut naturel, puisque plus une lumière est près, plus elle pénètre ce qu'elle éclaire *.

Mais comme je ne pouvais me rendre compte de l’autre phénomène, Béatrice répondit à ma vive curiosité “, en me disant: « De ce Point « dépendent le Ciel et la nature entière f.

« Regarde le cercle le plus près du Point : c’est l'ardeur de l'amour

« dont il est aiguillonné qui le rend si rapide. »

« Si j'avais vu — répondis-je — l'univers disposé dans l’ordre que « voilà ; ou si la rotation des roues que je contemple ici était soumise « à la même loi que les sphères divines,

« dont la rapidité augmente en raison de Îcur éloignement du cen- « tre commun, je n'aurais pas eu besoin d'autre explication.

« Si, au milieu des merveilles de ce monde angélique, qui n'a pour « confins qu'amour et lumière, mon désir peut être accompli,

« apprends moi donc comment il se fait que le modèle et l'image « ne s'accordent pas, car, par moi-même, je ne saurais m'en rendre

« compte ? ».

« Nul n'ayant tenté — me répondit Béatrice — de délier un tel « nœud, il s'est trop resserré pour ne pas résister à tes doigts;

« mais si tu m'écoutes avec attention tu comprendras.

« Les cercles matériels 8 sont plus ou moins amples, en raison du « plus ou moins de vertu répandue en toutes leurs parties.

« Or, l'influence se proportionnant, tout ensemble, à la grandeur et

« à la qualité,

« il s'ensuit que le Ciel où nous sommes, communiquant son mou- « vement à tout le Paradis, correspond à celui des cercles angéliques « où il y a le plus d'amour et le plus de savoir.

&. Cette théorie que la lumière éclaire en raison de sa proximité est pousste plus avant dans la Lettre à l'Italie, où Dante dit, en parlant de Henri VII : « C'est celui-là que Clément V éclaire de sa bénédiction apostolique, afin que, lorsque le rayon de l'Ésprit ne suffit plus, brille une moindre lumière. (Voy. Vie de Dante, page 36, note 2.)

5. Dante n'est pas surpris de voir que les cercles les plus voisins du point central qui les éclaire sont les plus lumineux, mais il ne peut s'expliquer que leur rotation — à l'inverse de ce qui a lieu sur Terre — soit plus rapide près de leur centre commun, et de moins en moins, à mesure que leur circonférence grandit. Béatrice va lui expliquer ce mystère. Ne pas oublier que ce Point n'est entouré qu'en apparence, ainsi que l'observera Dante dans le chant XXX, 11-12.

6. De ce Principe dépendent le ciel et la nature — dit Aristote (Métaph. XII, 7).

7. Dante prend, comme toujours, la Terre pour point central, et, ayant vu, en parconrant les neuf Cieux du Paradis, que, conformément à la loi physique terrestre, plus une sphère est éloignée de son centre de rotation plus sa marche est rapide, il s'étonne de constater un effet contraire, dans la rotation des cercles qui entourent le Point lumineux. Il s'en élonne d'autant plus que la rapidité lui ayant été donnée comme expression de béatitude, il s'est habitué à cette idée que plus on monte vers Dieu dans les sphères de plus en plus rapides, plus on se divinise. Pourquoi maintenant qu'on approche du Point divin, serait-ce le contraire ? Béatrice va lui fournir l'explication désirée.

8. Les cercles matériels, c'est-à-dire les neuf Cercles du Paradis, où sont les âmes heureuses, par opposilion aux neuf Cercles angéliques en présence desquels Dante se trouve maintenant, et qui sont le séjour des anges (8).

581 La Divine CoMÉnIE

« Mesure donc attentivement, non pas l'apparence de ces substances ? que tu vois sous forme de cercles, mais la vertu qui les compose,

<et tu comprendras l'admirable et rationnelle régularité symétri- « que qui fait exactement correspondre chaque Ciel avec l’Intelligence « dont il dépend ‘°.»

Lorsque Borée souffle de celle de ses deux joues qui donne le vent le plus doux, il chasse de notre hémisphère les nuages qui l’obscurcissaient ‘!,

l'atmosphère s'éclaircit, le firmament redevient pur, et le Ciel retrouve le rayonnant sourire des innombrables beautés que lui ramène son merveilleux cortège.

La réponse si claire de Béatrice me produisit un effet semblable, et comme on voit briller une étoile, je distinguai la vérité.

A ses paroles, tous les Cercles répondirent par des éclairs plus étincelants que fer en fusion ;

et l'incendie se propagea par mille étincelles, chacune en enflammant mille autres multipliées aussi rapidement qu'un nombre redouble de case en case sur un échiquier.

Puis, de chœur en chœur, dans tous les Cercles un hosanna s'éleva à la gloire du Point fixe, qui les maintient à leur place immuable dans l'éternité.

Et celle qui lit les doutes jusqu'au fond de ma pensée, me dit: Les deux premiers Çercles‘* t'ont montré les Séraphins et les Chéru- « bins.

« Leur rotation tend à les assimiler au Point, avec toute la puissance que leur donne leur grande proximité.

« Autour d'eux viennent immédiatement les Trônes de la Divine « Face, qui terminent le premier ternaire.

« Tu dois savoir que tous puisent leur jouissance dans la profondeur relative de leur pénétration au sein de la Vérité, où toute intelligence trouve son repos. |

« D'où cette conclusion que leur béatitude a pour base, non pas l'Amour — qui ne vient qu’en second lieu — mais la vision.

« Et cette vision est méritée et obtenue par les bonnes volontés, que favorise la Grâce Divine.

« Le second ternaire fleurit dans l'éternel printemps que le noc- « turne Bélier ne vient jamais dépouiller ‘3.

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9. Ces Substances sontles Cercles angéliques contemplés ici par notre poète.

10. Ciel, c'est-à-dire l'un des neuf Cieux du Parodis ; /ntelligence, l'un des neuf Cercles angéliques (c).

11. C'est la joue droite de Borée qui envoie le vent de nord-ouest ou mistral (tramontano-maestrale) qui esten effetle plus doux pour l'Ilalie (b). À propos du cortège astral du Ciel, cf. XX XIII, 26-27.

12. Les deux premiers Cercles qui tournent autour du Point lumineux. Voir pour la hiérarchie angélique, que va décrire ici Béatrice, le préambule du Paradis, page 434. et, à propos des Séraphins, VIII, 98.

13. Le Bélier, où le Soleil entre au printemps, est visible pendant les nuits d'automne (et d'hiver) qui amènent sur notre hémisphère le dépouillement des arbres, tandis qu'au Paradis règne un élernel printemps.

LE Paranis XXVIII 585

« Les trois ordres qui le composent chantent en trois chœurs un « éternel hosanna, sur la mélodie spéciale à chacun d’eux.

« Dans cette hiérarchie sont trois sortes de divinités angéliques : « d’abord, les Dominations, ensuite les Vertus, enfin les Puissances.

« Les Principautés et les Archanges trépident leur joie dans les « deux cercles pénultièmes ; et le dernier de tous est rempli par la « fête des Anges joyeux.

« Tous ces ordres dirigent leur regard au-dessus d'eux, tandis que « leur influence s'exerce au-dessous : Dieu les attire à lui, et leur « puissance attire à eux toutes les puissances inférieures ‘{.

« Denis a mis tant de zèle à les contempler et à les connaître qu'il « les énumère et les distingue comme je viens de le faire ‘*.

« Cependant Grégoire, croyant reconnaîlre un ordre différent, se « sépara de Denis ; mais dès qu'il arriva parmi nous, dans ce ciel, ses « yeux s ouvrirent, et il se moqua de sa propre erreur ‘.

« Ne sois pas surpris qu'un mortel ait fait connaître sur Terre une « si mystérieuse et si profonde vérité : elle lui avait été révélée par « celui qui l’a contemplée ici-même, |

« et qui relativement à ces chœurs, en enseigna bien d'autres, pui- « sées à la même source ‘’, »

NOTES COMPLÉMENTAIRES

(A) La Lumière divine — cujus centrum est ubique, circumferentia nusquam — est un poin!, hors du temps et de l’espace; son unité fixe et absolue échappe à toute condition matérielle, à toute comparaison, et comprend le passé, le présent et l'avenir. Il se reflète dans les yeux de Béatrice — comme Dante l'indique au début de ce chant — parce que Béatrice est la Théologie ou Science divine. (Voy. XVII, 17-18.)

(8) Dante expose ici la correspondance entre les neuf sphères du Paradis qu'il vient de visiter et les neuf cercles des anges, qu'il arrive maintenant à contempler, et que seuls peuvent habiter des anges qui n'ont jamais été liés à des corps mortels; tandis que les premiers sont, relativement matériels, comme servant d'habitat à des âmes qui ont été liées à des corps mortels. 1ls sont, aussi, visibles aux yeux des mortels vivants, sous la forme des planètes.

(c) Chacun des neuf Cieux du Paradis correspond à l'un des neuf Cercles angéliques. Or les anges du rang le plus élevé étant le plus rapprochés de Dieu, il en résulte nécessairement que leur Cercle entoure Dieu d'une circonférence plus étroite. Ce Cercle, le plus près de Dieu, et le plus petit — où sont les “iii ou: — se trouve donc ètre le moteur spécial du Ciel du

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